Le bras long de Tsahal dans un contexte géostratégique nouveau

Ces jours-ci, plusieurs informations parues dans la presse arabe indiquent que Tsahal a frappé des cibles iraniennes en Irak pour la première fois depuis le spectaculaire raid contre le réacteur nucléaire « made in France » à Bagdad en juin 1981.

C’était alors la première fois dans les annales de l’Histoire contemporaine qu’un réacteur atomique était détruit par un bombardement aérien.

Depuis, la stratégie israélienne n’a pas varié : l’Etat juif ne permettra pas une suprématie militaire arabo-musulmane au Moyen-Orient, ni la possession d’arme atomique ou chimique.

Hier, l’ennemi était principalement l’Irak sunnite de Saddam Hussein, et aujourd’hui après le retrait des forces américaines, ce pays risque de basculer vers une domination chiite iranienne.

Après les guerres en Irak et en Syrie, voir l’ennemi numéro un d’Israël s’installer à ses portes est une hypothèse dangereuse et intolérable pour la stabilité de la région entière.

Nous ne pouvons permettre à l’Iran et ses milices chiites d’ouvrir d’autres fronts, d’acheminer des armes sophistiquées, et de lancer des attaques à partir du Liban et du plateau du Golan.

Donc, chaque mouvement de troupes, chaque transfert d’armes et toute planification d’attaque sont suivis à la loupe par Tsahal et les services du Renseignement. En réalité, tout ce qui « bouge » militairement au Moyen-Orient est désormais contrôlé du ciel et se trouve dans le collimateur de l’armée israélienne.

La couverture opérationnelle par des drones, missiles ou avions furtifs F-35 peut donc frapper chaque cible de l’ennemi où qu’il se trouve sur l’ensemble du Moyen-Orient. Par rapport à hier, les missions de Tsahal sont certes lointaines et plus compliquées, mais les armes nouvelles et un environnement régional favorable et plus spacieux permettent une meilleure maîtrise du ciel et du terrain.

Depuis l’intervention de l’Iran et du Hezbollah en Syrie, Tsahal a déjà mené des centaines de frappes aériennes pour justement empêcher l’Iran et ses alliés, le Hezbollah chiite et le Hamas sunnite, d’établir une présence permanente au sein de l’armée d’Assad et sur le plateau du Golan, de soutenir financièrement et militairement le Hamas, et d’acheminer des armes par voie maritime via Beyrouth, soit par des cargos transitant à l’aéroport de Damas ou par la voie terrestre.

Ces raids sont minutieusement préparés et, avant chaque lancement, tous les aspects géopolitiques sont étudiés, notamment l’étroite coopération américaine, la coordination sensible avec les Russes, et évidemment le risque des représailles de l’Iran ou de ses satellites.

Dans ce contexte, le rapprochement entre la Turquie et la Russie est inquiétant, surtout après l’accord de livraison de systèmes de défense aérienne S-400 et la décision américaine de ne pas fournir à Ankara de chasseurs F-35.

Soulignons que la Turquie est membre de l’Otan depuis 1952. Du fait de sa position géostratégique, sa base aérienne d’Incirlik sert toujours à l’armée américaine. Le rapprochement turco-russe inquiète et embarrasse les Etats-Unis et également Israël. Erdoğan pourrait éventuellement basculer vers le camp de Poutine, acheter des avions de combat russes et s’allier avec les Ayatollahs d’Iran.

Dans cette nouvelle donne dangereuse, et malgré toutes les précautions prises et le front commun sunnite contre l’Iran, nous devrions mesurer nos raids, éviter l’escalade et nous abstenir de nous vanter du bras long de Tsahal, capable, dans toutes les circonstances, de lancer des opérations spectaculaires au-delà des frontières.

En période électorale, la conduite des affaires de l’Etat devrait, plus que jamais, être appliquée avec prudence et sagesse afin d’éviter des manipulations politiques, des critiques inutiles et surtout pour pouvoir sauvegarder une dissuasion parfaite.

Cet article a été publié le 3 aout 2019 sur le site http://jcpa-lecape.org/

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 22 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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