Le blasphème n’est pas un délit

Le chroniqueur politique français Eric Zemmour prononce un discours lors de la "Convention de la droite" à Paris le 28 septembre 2019. Photo : Sameer Al-Doumy / AFP
Le chroniqueur politique français Eric Zemmour prononce un discours lors de la "Convention de la droite" à Paris le 28 septembre 2019. Photo : Sameer Al-Doumy / AFP

Le journaliste français Eric Zemmour a participé à une « convention de la Droite », organisée à l’initiative de l’ancienne députée du Front National, Marion Maréchal. Il s’y est exprimé. Il y a critiqué l’Islam, l’a qualifié de religion totalitaire, et l’a comparé au nazisme. Il a affirmé son opposition à l’immigration et aux injustices et modifications qu’elle apporte selon lui.

Eric Zemmour fait l’objet de condamnations en provenance du monde politique, de celui des médias, perd son statut de salarié de la station RTL. Le parquet de Paris a annoncé mardi l’ouverture d’une enquête pour « injures publiques » et « provocation publique à la discrimination, la haine ou la violence ».

Que les propos de Zemmour soient contestés et débattus est normal et sain en démocratie. Pour autant, l’écoute et/ou la lecture de l’intervention de Zemmour à cette convention permet de constater qu’il critique la religion musulmane et l’immigration sans s’en prendre aux personnes.

Dans ces conditions, l’enquête du parquet ne mènera à rien sinon à s’agréger à la réprobation publique. Le tollé général prend la forme d’un malentendu de droit. En effet, à l’exception de l’Alsace et de la Moselle, départements concordataires, la France applique depuis 1905 le régime de séparation des religions et de l’Etat. Le blasphème (critique des religions) est libre et ne saurait constituer un délit quelconque. Les critiques même violentes de Zemmour sur la religion musulmane ne tombent ainsi sous le coup d’aucune peine. Quant à l’analyse de Zemmour sur l’immigration, elle concerne l’idée, le mouvement et non des immigrés.

Ces éléments pourraient paraître comme une défense des avis de Zemmour et comme des arguties de droit. Ils ne sont ni l’un ni l’autre.

Il est de la responsabilité politique, médiatique et judiciaire de respecter les faits. Le blasphème n’est pas un délit. Le massacre de Charlie Hebdo a été revendiqué par des assassins au titre de crime contre le blasphème. Transformer, faire passer le blasphème pour un délit, même d’opinion, est une malversation.

La vague contestataire et de boycott anti-Zemmour concerne, elle, au-delà des idées, une personne : celle de l’intéressé.

à propos de l'auteur
Pierre Saba
Comments