Le bal des égos

Les ministres et les membres du Parlement israéliens dans leur fauteuil avant de voter à la Knesset, le mercredi 29 mai 2019. (AP Photo / Sebastian Scheiner)
Les ministres et les membres du Parlement israéliens dans leur fauteuil avant de voter à la Knesset, le mercredi 29 mai 2019. (AP Photo / Sebastian Scheiner)

Tristes sondages pour le centre-gauche. Le principal parti de cette mouvance, Yesh Atid, de Yaïr Lapid, est crédité d’une petite quinzaine de sièges. Ha Israelim (Les Israéliens), le nouveau parti créé par Ron Huldaï, obtiendrait une représentation minimale (quatre sièges) dans certaines enquêtes d’opinion, alors que dans d’autres il ne franchit même pas le seuil électoral (3,25 %).

Benny Gantz avec son parti Kahol-Lavan (Bleu-Blanc), ou ce qui en reste, parviendrait au même résultat. Les travaillistes et les partis Calcalit (Economiquement) de Yaron Zlika, Tnoufa (Amplitude) d’Ofer Shelah, et Telem (Le Sillon) de Moshé Yaalon n’obtiendraient aucun siège.

L’égo des leaders de ces partis n’est pas pour rien dans cet émiettement du centre-gauche. Ayant appartenu à des formations qui comptaient dans le passé, ils ont du mal à comprendre que les choses ont changé.

Deux d’entre eux particulièrement ne parviennent pas à réaliser que désormais leur influence est marginale. Benny Gantz voudrait se rapprocher du parti de Ron Houldaï ou de celui de Yaïr Lapid. Mais ceux-ci considèrent, non sans raison, que la présence de ce grand perdant pourrait exercer un effet-repoussoir sur l’électorat.

Ron Houldaï, lui, reste persuadé que sa valeur électorale va monter. Et pourtant, après une entrée en campagne plutôt réussie, ses faiblesses sont vite apparues : l’absence de personnalités connues à ses côtés ; un refus de quitter la mairie de Tel-Aviv qui fait douter de ses intentions réelles ; last but not least, son ton autoritaire et ses déclarations à l’emporte-pièce s’avèrent contre-productifs.

Dernière en date de ses initiatives, sa promesse d’ouvrir rapidement les salles de spectacles dans sa ville suscite bien des interrogations, notamment sur sa faisabilité juridique. Et, en tout état de cause, le public suivrait-il ? Il reste encore deux semaines avant le 4 février, date à laquelle les listes doivent être déposées, pour que les leaders du centre-gauche se ressaisissent et procèdent aux regroupements nécessaires.

D’autant que Binyamin Netanyahou bénéficie depuis deux semaines d’un microclimat favorable. Désormais crédité d’une petite trentaine de sièges, il dépasse son concurrent immédiat, Gideon Saar, de plus de dix mandats, et son autre rival de droite, Naftali Bennett, d’une bonne quinzaine.

De surcroît, le Premier ministre obtient un renfort appréciable avec la constitution de la liste Ha Tsionout ha Datit (Sionisme religieux) de Betzalel Smotrich qui vient de se séparer de Naftali Bennet. Ce petit parti pourrait réussir à franchir le seuil électoral, et même aller au-delà en s’alliant avec le parti de l’extrême droite kahaniste Otzma Hayeoudit (Puissance juive).

On comprend mieux pourquoi le Premier ministre affiche une mine réjouie devant les caméras de télévision chaque fois qu’il bénéficie d’une publicité gratuite en visitant un centre de vaccination.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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