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Le 7-Octobre, c’était bien un massacre

Du sang dans une maison envahie par des terroristes du Hamas, dans le kibboutz Beeri, le 7 octobre 2023. (Crédit : Edi Israël/Flash90)
Du sang dans une maison envahie par des terroristes du Hamas, dans le kibboutz Beeri, le 7 octobre 2023. (Crédit : Edi Israël/Flash90)

On connaît la phrase d’Albert Camus : « Mal nommer les choses, c’est ajouter au malheur du monde ». C’est précisément ce que fait le gouvernement Netanyahou à propos du 7-Octobre, en refusant d’employer le mot « massacre » dans le projet de loi relatif à la commémoration de ce jour maudit.

La raison ? Le ministre de la Culture, Miki Zohar, l’a expliquée dans une interview à la chaîne publique : l’utilisation de ce terme refléterait une « culture de la victimisation ». Et d’ajouter : « L’époque où il était possible de massacrer l’État d’Israël est révolue. Malheureusement, il est possible de tuer, de blesser et d’assassiner des citoyens israéliens… ».

Dans le projet de loi, ce qui s’est passé le 7-Octobre est qualifié d’ « événements ». Un tour de passe-passe sémantique qui a de fâcheuses réminiscences : pendant longtemps les autorités françaises ont qualifié d’ « événements » ce qui se passait en Algérie et qu’il a bien fallu finir par appeler une guerre.

Comparaison n’est pas raison, mais dans le cas du 7-Octobre, on retrouve la même intention : minimiser les faits, leur dimension historique. Ce n’est pas tomber dans la victimisation que de rappeler l’horreur de l’attaque et les défaillances d’un État qui était bien absent ce jour-là à la frontière de Gaza. Des défaillances qui ont conduit à la mort de 1 200 Israéliens et à la capture de 251 d’entre eux.

Cette querelle sur la nature du 7-Octobre n’est pas isolée. Dans ses discours, Binyamin Netanyahou qualifie la guerre qui a duré deux ans de « guerre de renaissance » alors que la dénomination officielle était « épées de fer » et que pour les Israéliens c’est la « guerre du 7 octobre ». Ici aussi, l’expression retenue n’est pas neutre. Binyamin Netanyahou entend bien procéder à une véritable réécriture de l’Histoire : le 7-Octobre n’est dû qu’aux défaillances de l’armée, le gouvernement n’y est pour rien et a su réagir en engageant une « guerre de renaissance ». On observera à ce sujet qu’une majorité d’Israéliens met en doute les explications données par le Premier ministre dans les 55 pages remises au contrôleur de l’État sur ce qui s’est réellement passé avant et après le 7 octobre 2023 à 6h29.

On sait également que les deux tiers du public sont en faveur de la constitution d’une commission nationale d’enquête comme le prévoit la loi. On pourrait aussi rappeler que cette guerre qui devait conduire à une « victoire complète » et à la fin du Hamas s’est terminée sur une intervention américaine et qu’en dépit des sacrifices des soldats, elle se solde par un résultat mitigé, le groupe terroriste contrôlant encore 47 % de la bande de Gaza. On fait mieux comme « renaissance »…

En dépit de toutes les manœuvres politiciennes et de tous les glissements sémantiques, le 7-Octobre restera bien pour tous les Israéliens le jour d’un massacre, le plus grand massacre depuis la Shoah.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017), "La gauche a changé" (L'Harmattan, 2023). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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