L’attente

Parlement israélien à l'occasion de l'ouverture de la 22e réunion à la Knesset, à Jérusalem, le 3 octobre 2019. Photo : Hadas Parush / Flash90
Parlement israélien à l'occasion de l'ouverture de la 22e réunion à la Knesset, à Jérusalem, le 3 octobre 2019. Photo : Hadas Parush / Flash90

Curieuse période que celle que nous vivons. D’abord parce qu’elle relève de trois calendriers : celui des fêtes, celui des négociations pour la formation du nouveau gouvernement, et celui des affaires judiciaires du Premier ministre.

Le premier calendrier est intangible et oblige seulement à ralentir les deux autres. Le second semble figé, mais pas pour longtemps, puisque les négociations se trouvant dans l’impasse, Binyamin Netanyahou devrait rapidement rendre le mandat qui lui a été confié, à charge pour le président de l’Etat de le remettre à Benny Gantz.

En fait, le déblocage de la situation pourrait bien venir du troisième calendrier, celui des affaires judiciaires : à l’issue des auditions, le conseiller juridique du gouvernement prendra une décision. Le tout est de savoir quand. Si celle-ci intervient avant la fin de la nouvelle période accordée pour la formation du gouvernement (28 jours), l’issue serait toute trouvée.

Ou les dossiers sont classés et plus rien ne s’opposerait à la formation d’un gouvernement d’union nationale dans le cadre d’un accord prévoyant une rotation à mi-mandat entre Binyamin Netanyahou et Benny Gantz ou Binyamin Netanyahou est mis en examen, et dans ce cas, il appartiendra au Likoud de décider s’il décide de promouvoir un autre candidat.

Dans cette hypothèse, Benny Gantz se trouverait dans la situation paradoxale où son sort dépendrait in fine de la décision du Likoud. Mais tout laisse à penser que l’attente pourrait bien se prolonger, la décision judiciaire intervenant après l’expiration du délai pour la formation du gouvernement.

Il resterait alors à la Knesset 21 jours pour trouver un autre candidat à la formation d’un gouvernement ou pour finir par s’auto-dissoudre. On irait alors vers une troisième élection en moins d’un an, hypothèse que tous les protagonistes disent vouloir écarter. Ils ne sont pas les seuls. Les sondages le confirment : dans leur grande majorité, les Israéliens sont favorables à la constitution d’un gouvernement d’union nationale et hostiles à une troisième consultation. Si celle-ci devait intervenir, elle signifierait d’abord une défaite pour la classe politique.

D’autant qu’une nouvelle élection pourrait tout aussi bien aboutir à une même situation de blocage. Curieusement, dans cette période d’attente, aucune voix ne se fait entendre pour demander qu’un gouvernement d’union nationale inscrive en priorité à son ordre du jour une réforme : celle du système électoral où la proportionnelle intégrale couplée à un seuil de représentativité assez bas (3,25%) aboutit à la fragmentation du paysage politique et à l’instabilité. La crise politique qui dure depuis près d’un an aurait au moins servi à quelque chose.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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