L’art de la réforme

© Stocklib / zasabe
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Les réformes ne relèvent pas de l’art de l’improvisation. Le gouvernement Bennett a établi un programme de réformes ambitieux. On ne reviendra pas ici sur celle de la suppression de l’allocation « garde d’enfant » pour les familles dont un parent ne travaille pas. Cette mesure vise à encourager l’entrée ou le retour sur le marché de l’emploi.

Le projet de taxation des couverts à usage unique est également frappé au coin du bon sens : il vient rappeler aux Israéliens qu’ils font un usage abusif du plastique. Ce type de réforme marche : la facturation des sacs jetables dans les magasins avait permis d’en réduire l’usage de 74% la première année. Cela n’a tué personne et la terre ne s’en porte que mieux.

Tout autre est la portée de réformes comme celle de l’instauration d’un péage urbain. L’économiste Jacques Bendelac a démontré dans ces colonnes que cette réforme – qui n’est pas accompagnée d’une augmentation conséquente de l’offre de transports en commun en temps et en heure – pénaliserait les automobilistes les plus modestes, ceux pour qui la voiture n’est pas un luxe mais une obligation. On pourra sans doute en dire autant de nombre de projets du gouvernement qui, dans le cadre de la préparation du budget 2021-2022, envisagerait de sévères restrictions.

Ces mesures, que l’on découvrira cet été, pourront entrer en vigueur une fois le budget adopté, au plus tard en novembre, par un vote de la Knesset à la majorité relative (et non à la majorité absolue comme cela a été écrit ici par erreur). Les députés seront encore plus difficiles à convaincre que leurs électeurs.

On sait que le déficit de 2021 sera plus élevé que celui envisagé en début d’année par la Banque d’Israël : 8,2 % sur la base d’une croissance prévisionnelle de 6,3 %. Mais le premier semestre a été moins bon que prévu, et, avec le retour de la pandémie, le second pourrait être encore plus mauvais.

Le ministre des Finances, Avigdor Liberman, ne manquera pas d’arguments pour diminuer telle ou telle dépense ou accroître – en dépit des promesses – les impôts. L’augmentation de la taxe d’habitation (arnona) est déjà programmée : 1,5% de hausse par an pendant dix ans. Des prélèvements nouveaux sont envisagés, sur la consommation des énergies fossiles par exemple.

En France, une initiative de ce type avait provoqué le mouvement des gilets jaunes. Les réformes créent toujours des mécontentements. Personne n’aime bouleverser ses habitudes ni voir amputé son pouvoir d’achat. Pour atteindre leur objectif, les réformes doivent emporter un consensus relatif, ou du moins ne pas revêtir un caractère punitif. La réforme est un art difficile.

Autant le pratiquer avec discernement.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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