L’argent fait le bonheur… des Israéliens

© Stocklib / Shabtay Emanuilov
© Stocklib / Shabtay Emanuilov

L’Israélien est un éternel optimiste ; après un an de pandémie et des confinements à répétition, il affiche un bonheur à toute épreuve.

On aurait pu croire que la crise sanitaire et le choc économique rendent l’Israélien plus morose ; il n’en fut rien. L’Israélien sort de la pandémie, plus heureux que jamais, plus confiant en l’avenir de son pays.

Pour preuve, deux rapports très différents publiés le mois dernier et qui apportent un éclairage actuel sur la question du bonheur et de l’argent en Israël : le rapport mondial du Bonheur 2020 publié sous l’égide des Nations unies et le rapport statistique 2020 de la Banque d’Israël.

Les Israéliens sont heureux

Depuis 2012, le « World Happiness Report » est une mesure du bonheur publiée tous les ans par le « Sustainable Development Solutions Network », un programme soutenu par les Nations unies.

Cette mesure est basée sur plusieurs critères comme le revenu par tête, les aides sociales, l’espérance de vie, la liberté individuelle, la générosité et le niveau de corruption.

Malgré la pandémie, Israël est arrivé en 2020 au 11e rang des pays les plus heureux du Rapport mondial sur le Bonheur ; la Finlande garde la tête du classement et la France apparaît à la 20e position.

En pleine crise sanitaire, l’Israélien a amélioré d’un rang son score international : dans les années 2017-2019, Israël arrivait à la 12e place au classement mondial du bonheur.

Si la pandémie n’a pas entamé le bonheur des Israéliens, reste à savoir pourquoi. Certes, la vaccination rapide a rendu l’Israélien plus optimiste quant à la sortie prochaine de la crise sanitaire et le retour à la normale ; mais cette explication reste partielle.

Une autre explication – plus satisfaisante – pourrait se trouver dans le rapport 2020 de la Banque d’Israël qui consacre une large place au patrimoine financier des Israéliens.

Les Israéliens sont économes

On sait que la pandémie a bouleversé les habitudes de consommation et d’épargne des Israéliens. Si en temps normal l’Israélien est un gros dépensier, 2020 aura été une année très mouvementée, notamment en raison des confinements à répétition et des pertes de revenus.

La consommation privée de l’Israélien a été la principale victime de la pandémie : elle a connu une chute exceptionnelle et brutale de 11,1% en 2020.

S’il n’a pu consommer à volonté, l’Israélien moyen est devenu économe. En 2020, il a beaucoup épargné : le taux d’épargne des ménages a bondi pour représenter 26% de leur revenu net, contre 18% en 2019 et 17% en 2018.

La majorité de l’argent épargné par les Israéliens en 2020 (238 milliards de shekels) est détenue sous la forme d’argent liquide – espèces et dépôts à court terme ; difficile de croire qu’autant d’argent disponible ne rende pas l’Israélien heureux…

Résultat de l’épargne croissant : en 2020, le patrimoine financier des Israéliens a fait un grand bond en avant. Les actifs financiers détenus par les Israéliens ont augmenté de 320 milliards de shekels, soit une hausse record de 8% en un an.

Au total, le patrimoine financier des Israéliens à la fin 2020 atteignait le montant historique de 4.400 milliards de shekels.

Et pour faire fructifier son patrimoine, l’Israélien n’hésite pas à boursicoter : 620 milliards de shekels sont investis à la bourse de Tel Aviv et 492 milliards sont placés dans des bourses étrangères.

Les Israéliens sont optimistes

En période de basse consommation, l’argent économisé par l’Israélien moyen a permis à ce dernier d’entrevoir l’avenir sereinement – ce qui contribue à accroître sa sensation de bonheur.

En fait, l’Israélien n’a donc pas manqué de raisons d’optimisme tout au long de 2020 :

  • il est heureux d’avoir été vacciné contre le Covid le plus rapidement au monde,
  • il est heureux de pouvoir passer ses vacances à Dubaï,
  • il est heureux d’avoir reçu de « l’argent hélicoptère » distribué par son gouvernement à toute la population au plus fort de la pandémie.

Certes, l’argent ne suffit pas à faire le bonheur, mais il y contribue fortement, surtout s’il est utilisé à bon escient.

Par exemple, de nombreux Israéliens ont augmenté leurs dons aux associations bénévoles qui aident les plus pauvres ; en année de pandémie, la générosité confirme qu’aider les autres rend heureux.

Les psychologues diront que l’optimisme rend les gens heureux ; en Israël, optimisme et argent sont sans doute la recette du bonheur, notamment en période de pandémie mondiale.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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