Lapid favorise la diplomatie de l’autruche 

Le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid arrivant pour une réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 5 décembre 2021. (Gil Cohen-Magen/Pool via AP)
Le ministre israélien des Affaires étrangères Yair Lapid arrivant pour une réunion hebdomadaire du cabinet, au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 5 décembre 2021. (Gil Cohen-Magen/Pool via AP)

Yair Lapid est devenu un intarissable bavard avec les journalistes et sur les réseaux sociaux. Orfèvre dans la communication et les médias, l’ancienne vedette de la télévision israélienne a bien du mal à réaliser qu’il est aujourd’hui le chef de la diplomatie israélienne, et peut-être demain Premier ministre.

Au départ, il semblait que ses voyages fréquents à l’étranger, ses nombreux entretiens avec ses homologues Arabe, Américain, Russe et Européen étaient fructueux. Lapid flatte Emanuel Macron et met dans l’embarras la communauté juive sur le choix du prochain président français. Il est convaincu que ses interlocuteurs sont des amis sincères et soutiennent la juste cause de l’Etat d’Israël.

Mais voilà que six mois après la formation du gouvernement, la réalité sur le terrain est hélas bien différente, le bilan demeure médiocre, notamment au sein de son propre ministère où de nombreux fonctionnaires s’insurgent contre l’indifférence de leur ministre et décident de se mettre en grève dans plusieurs secteurs consulaires.

A l’aube de la nouvelle année 2022, le ministre des Affaires étrangères constate soudain que sa mission n’est pas une partie de plaisir.

Il prédit qu’Israël sera isolé dans l’arène internationale et que nous devrions affronter d’intenses campagnes cherchant à décrire le pays comme un État d’apartheid.

Lors d’un entretien avec des correspondants diplomatiques, Lapid révèle qu’un nouvel accord va être probablement signé avec l’Iran. Il précise aussi : « quand je serai Premier ministre en août 2022, malgré toutes les pressions internationales, je n’engagerai pas un processus de paix avec les Palestiniens pour préserver la coalition ».

Comment Lapid pense-t-il gouverner ? Quelle est sa véritable stratégie ? Son plan d’action ? Pourquoi refuse-t-il d’affronter les problèmes existentiels de l’Etat d’Israël ? Pourquoi donc se voiler la face ? S’imaginer qu’un danger est supprimé quand on s’abstient de le regarder.

Depuis que Bennet et Lapid dirigent le pays nous constatons que la politique de la dérobade, de l’aveuglement et de l’indifférence prévaut sur tous les plans.

Aucun engagement audacieux pour résoudre les problèmes en cours. Aucun courage et enthousiasme pour relever les défis. Aucune initiative propre.

Toujours laisser à un tiers et reculer devant une obligation, un devoir gouvernemental.

Toujours se contenir et s’incliner timidement devant la fatalité des événements en osant dire avec le sourire : « tout va très bien, tout va très bien…tout fonctionne à merveille. »

Le désarroi est omniprésent dans tous les domaines, frappant dans le combat contre la pandémie du virus et ses variantes. Stupéfiant devant la légèreté et l’incompréhension des dossiers brûlants.

Devant un gouvernement dont la raison d’être est de survivre et non d’agir, les pressions exercées et les sanctions imposées par la communauté internationale se feront plus fortes et plus exigeantes.

En revanche, les sanctions contre l’Iran seront levées et les Ayatollahs poursuivront leur projet nucléaire et leurs intentions hégémoniques, tranquillement, sans contraintes.

Les Palestiniens doubleront leurs efforts pour condamner et boycotter l’Etat Juif dans toutes les instances judiciaires. Les dirigeants du Hamas et du Hezbollah lèveront la tête et intensifieront les attentats terroristes.

Depuis la nuit des temps, le peuple juif a réussi à surmonter difficultés et obstacles, grâce à sa foi inébranlable à sa juste cause.

Avec la renaissance de l’Etat d’Israël, nous avons gagné des guerres, construit un pays et relever de gigantesques défis sans jamais abandonner notre foi et notre désir ardent de vivre en paix.

Un homme d’Etat a le devoir de présenter à son peuple un programme d’actions, une politique claire et une diplomatie cohérente. Voir la réalité en face, résoudre les problèmes sérieusement, et dire toute la vérité à ses compatriotes sans réfléchir aux sondages d’opinion ou avoir peur de perdre le pouvoir.

Prédire des malheurs, plonger dans la déprime sans aucun avenir, sont des mauvais signes qui ne caractérisent pas les combats d’Israël depuis son existence.

Il est temps de changer de cap et d’agir avec détermination selon les principes et l’esprit des fondateurs. Rassurer la population et porter de grands espoirs aux générations futures.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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