Laïcité et dialogue judéo-musulman en France

Il y a quelques jours, le 18 février dernier, le président de la République, dans une des communes de la banlieue de Mulhouse prononçait un discours marquant sur la nécessaire mise hors-la-loi du « séparatisme islamique » qui porte atteinte aux lois de la République. Il a rappelé la primauté des lois de la République sur toute autre forme d’autorité. Oui nous ne pouvons que souscrire à ses propos courageux qui rappellent comme l’affirment d’ailleurs les textes fondamentaux du judaïsme que « Dina de Malhouta Dina » – la loi du Royaume (autrement dit de la République) est la Loi.

Sommes-nous concernés par un conflit qui met face à face les autorités de la République et les tenants de l’islamisme ? Devons-nous être des acteurs ou seulement des spectateurs passifs de ce conflit ? D’aucuns seraient tentés de dire que cette tension ne nous concerne pas, que vouloir estimer que nous avons quelque chose à y faire ne peut que se retourner contre nous. Et de rappeler, comme un mantra que oui, nous les Juifs, nous disons la prière pour la République, que oui, nous les Juifs, nous respectons le principe selon lequel la Loi de la République est la Loi et rester dans la posture angélique du bon élève de la République.

Mais nous pouvons néanmoins peser positivement sur tous ces débats qui secouent la société française en agissant sur un tout autre plan, celui du dialogue judéo-musulman, sur le choix des partenaires, que tôt ou tard les partisans juifs du vivre-ensemble devront faire pour favoriser les tendances les plus fraternelles, les plus engagées des institutions musulmanes dans les valeurs de la République.

Nous pourrions être le chaînon qui favorise le rapprochement entre toutes les formes d’identités au sein de la République. Oui nous sommes citoyens d’un pays particulier qui cultive avec bonheur une valeur qui dans l’esprit pourrait s’ajouter au triptyque républicain « Liberté Égalité Fraternité » celle de la Laïcité. Au moment où la République était aux prises avec les congrégations religieuses pour faire émerger la loi de séparation de l’Église et l’État, en 1905, nous étions en pointe avec les protestants pour accepter avec enthousiasme de nous conformer aux différentes modalité de cette nouvelle Loi. Et cette approche de deux acteurs même minoritaires en France a eu un fort impact éthique sur toutes les consciences.

Soyons demain ces acteurs toujours minoritaires, mais prescripteurs incontournables d’une certaine idée que nous nous faisons de la France, non pas malgré notre appartenance au judaïsme, mais bien du fait même de cette appartenance  au judaïsme, et au nom de cette fidélité à la République que nous partageons avec d’autres composantes de France. Renforçons le dialogue et le partage avec nos amis et homologues partisans d’un Islam citoyen et éclairé (avec un I majuscule pour signifier qu’il est culturel et pas cultuel).  Alors nous nous inscrirons encore comme les co-auteurs d’une nouvelle page de l’Histoire de notre pays.

Éditorial de Gad Ibgui, directeur général de l’ECUJE (Espace Culturel et Universitaire Juif d’Europe), publié sur Judaïques FM (94.8) le 1er mars 2020.

à propos de l'auteur
Je défends un judaïsme vivant, ouvert et profondément ancré dans la culture. Un judaïsme qui dialogue avec la société française, avec la création contemporaine et avec toutes les générations. Je mène un combat pour rendre la culture juive accessible au plus grand nombre : transmission des textes, langue hébraïque, pensée, musique, débats, mémoire et création artistique. Je crois à une identité qui se construit dans l’ouverture, la rencontre et le partage, bien au-delà des frontières communautaires. Dans une époque marquée par les replis identitaires et les fractures sociales, je défends un judaïsme exigeant mais inclusif, fidèle à son histoire tout en étant pleinement tourné vers l’avenir. Les projets éducatifs et numériques que je développe poursuivent cette même ambition : transmettre autrement et toucher de nouveaux publics. Ce blog est le prolongement de cet engagement et de ces combats.
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