Lady Mozelle Sassoon : de Bagdad à Port-Breton

Shanghai, en Chine. La Sassoon House se situe dans le quartier historique du Bund de Shanghai. (Crédit Pixabay/Media_Breeze).
Shanghai, en Chine. La Sassoon House se situe dans le quartier historique du Bund de Shanghai. (Crédit Pixabay/Media_Breeze).

Visible le long du circuit Lawrence d’Arabie, le château de Port-Breton est le dernier château du bord de mer de la station balnéaire de Dinard sur la côte d’Émeraude. Il fut construit en 1923 pour Lady Mozelle Sassoon (1872–1964) issue d’une vieille famille juive de Bagdad, connue sous le nom de « Rothschild de l’Orient ». Leur immense richesse, d’abord acquise en tant que négociants et commerçants d’opium, puis en tant que mécènes et collectionneurs d’art, s’étendait de Bagdad à Bombay, aujourd’hui Mumbai, jusqu’aux royal corridors de Grande-Bretagne.

Lady Mozelle Sassoon (née Gubbay) est née le 1er janvier 1872 au château de Malabar, à Malabar Hill, à Mumbai. Elle épouse Meyer Sassoon en juin 1892. Elle était la fille d’A.M. Gubbay et la petite-fille de Sir Albert Sassoon, 1er baronnet, qui était le frère cadet de son beau-père.

Mozelle et son mari Meyer ont eu ensemble un fils, Reginald, un cavalier réputé, qui a reçu la Military Cross (MC) pendant la Première Guerre mondiale. Il est décédé en 1933 des suites d’un accident de cheval. Ils ont également eu une fille, Violet Leah, qui a épousé en 1917 Derek Barrington Fitzgerald des Irish Guards.

La résidence londonienne des Sassoon était située au 6 Hamilton Place, près de Park Lane, à propos de laquelle un visiteur en 1904, faisant référence à l’héritage juif des Sassoon, a déclaré : « Il n’y a aucun signe dans cette maison du départ de la gloire d’Israël ; tout brille du plus grand éclat » (There is no sign in this house of the departure of Israel’s glory; everything shines with the greatest lustre).

En 1941, Mozelle Sassoon s’installa définitivement dans sa résidence de campagne de Popes Manor, Binfield, Bracknell Forest, dans le Berkshire, qui avait été construite vers 1700 (avec des ajouts ultérieurs).

En 1920-1923, elle avait fait construire une grande propriété à Dinard connue sous le nom de château de Port Breton. Le château et son vaste terrain sont désormais la propriété de la municipalité de Dinard.

Mozelle Sassoon était une philanthrope considérable, soutenant diverses œuvres caritatives, de l’aide aux pauvres et aux malades à la restauration de la cathédrale Saint-Paul de Londres après la Seconde Guerre mondiale.

Parmi ses dons les plus importants (financièrement) figuraient dans une liste non exhaustive :

  • ceux de fournir une nouvelle bibliothèque à l’Institut britannique de Paris en 1928 ;
  • de soutenir le logement à bas prix à travers la R.E. Sassoon House, Peckham (du nom de son fils Reginald), qui a été ouverte en 1934 et est aujourd’hui classée Grade II ;
  • d’accorder un don 15 000 £ pour fonder en 1936 le département de radiothérapie à haute tension Mozelle Sassoon à l’hôpital St Bartholomew de Londres ;
  • et enfin d’apporter son soutien en 1938 pour soutenir les Juifs allemands.

En outre, Mozelle Sassoon a soutenu à la fois les arts et d’autres œuvres caritatives grâce à sa collection d’art. En faveur du Royal Northern Hospital, elle a ouvert sa maison londonienne au public pendant trois jours pour mettre en avant sa collection ; elle a fait don d’un buste en terre cuite d’un enfant par Houdon pour la vente de Christie’s les 24 et 25 mai 1939 au profit du Lord Baldwin’s Fund for Refugees (acheté par Agnews pour 441£, le prix le plus élevé de la vente), et pour le même événement d’un petit tableau de Francesco Guardi (lot 243, 30 £, à Gubbay). Enfin, elle a fait don de 250 £ au Leonardo Appeal Fund organisé par le National Art Collections Fund en 1962 pour aider la National Gallery à acquérir le carton de La Vierge à l’Enfant avec sainte Anne et le jeune saint Jean-Baptiste (NG 6337).

Mozelle Sassoon possédait une importante collection de flacons de parfum Chelsea, qui furent vendus après sa mort par sa fille (Sotheby’s, Londres, les 4 mai et 12 octobre 1965), mais son intérêt principal portait sur les peintures et œuvres d’art françaises du XVIIIe siècle, notamment les porcelaines de Chantilly, de Vincennes et de Sèvres.

Parmi les objets de Sèvres figurait un vase à fond bleu et son couvercle datant d’environ 1765, qui avaient appartenu à la collection de Yolande Lyne Stephens, l’ancienne propriétaire de La Gamme d’Amour de Watteau (NG 2897).

L’un des tableaux phares de la collection de Mozelle Sassoon était : La Belle Strasbourgeoise de Largillierre (Strasbourg, musée des Beaux-Arts), qu’elle avait achetée, comme Dominique Jacquot l’a aimablement indiqué, à la vente François Coty (Paris, 30 novembre 1936, lot 23, 1 510 000 francs).

Cette œuvre fut vendue par sa fille, Mme Derek (Violet) Fitzgerald lors de la vente, Sotheby’s, Londres, le 3 juillet 1963, lot 5 (145 000 £ à la ville de Strasbourg). Parmi les autres tableaux de cette vente qui avaient appartenu à Mozelle Sassoon, on trouve notamment :

  • le portrait de Jean-Jacques Caffieri par Adolf Ulrik Wertmüller, aujourd’hui conservé au Museum of Fine Arts de Boston, probablement acheté par elle lors de la vente du comte Jean de Lariboisière, Paris, le 27 mars 1936, lot 9, ou peu de temps après ;
  • un portrait du baron de Longepierre, alors considéré comme étant de Jean François de Troy (exposé en 1954-1955, Londres, Royal Academy, n° 133 ; aujourd’hui attribué à François de Troy) ;
  • deux petits paysages attribués à Boucher, Le Moulin de Quiquengrogne à Charenton et Le Vieux Colombier ;
  • enfin, un portrait d’Omai en uniforme militaire par Reynolds.

Après la mort de Madame Fitzgerald en 1970, plusieurs tableaux qu’elle avait hérités de sa mère furent vendus par ses exécuteurs testamentaires :

  • en 1972, un buste de femme de Nattier, La petite nourrice de François Hubert Drouais exposée au Salon de 1763 (n° 118), qui était récemment sur le marché de l’art new-yorkais;
  • l’autoportrait circulaire du même artiste et le portrait de sa femme, tous deux datés de 1764 ;
  • et, en 1976, Jacques Cazotte de Perronneau (NG 6435).
  • Deux tableaux de Jean-Baptiste Pater, La Balançoire et Fête champêtre, furent vendus peu après par un descendant, soulignant l’orientation dix-huitième de la collection de Mozelle Sassoon.

Les Sassoon ont vécu et émigré en Chine, en Angleterre, en France et dans d’autres pays. L’écho des vagues indisciplinées de la côte d’Émeraude a-t-il fait trait d’union avec d’autres arômes agités comme ceux des camélias théiers de Chine et d’Orient pour guider Lady Mozelle Sassoon à pleinement faire épanouir son intuition créative.

Dans un refuge de liberté couleur Émeraude, Lady Mozelle Sassoon gardait des liens avec des personnalités de grande profondeur d’esprit comme Sir Winston Churchill et conservait un goût intact pour l’exotisme à « Dinard, véritable oasis surgie de la pointe d’une langue de terre enchantée, où les camélias fleurissent à l’air libre », comme l’écrivait Eugène Herpin.

à propos de l'auteur
Originaire de la cité corsaire de Saint-Malo sur la côte d’Émeraude, Kevin Lognoné est un analyste en capacités partenariales, managériales et d'innovation. Français du sixième département breton (diaspora), il a réalisé plusieurs tours du monde et publie régulièrement des carnets de voyages qui participent au renouvellement du champ des « borders studies ».
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