La vieille garde palestinienne dépassée par ses jeunes radicaux

Des membres palestiniens armés du groupe militant du Jihad islamique défilant lors d'un rassemblement marquant le 35e anniversaire de la fondation du mouvement, dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie, le jeudi 6 octobre 2022. (AP Photo/Majdi Mohamed)
Des membres palestiniens armés du groupe militant du Jihad islamique défilant lors d'un rassemblement marquant le 35e anniversaire de la fondation du mouvement, dans le camp de réfugiés de Jénine, en Cisjordanie, le jeudi 6 octobre 2022. (AP Photo/Majdi Mohamed)

Le gouvernement israélien doit se rendre à l’évidence qu’il n’a plus en face de lui les vieux dirigeants palestiniens mais une nouvelle génération de jeunes plus motivés et plus radicaux. Ils ne supportent plus cette Autorité palestinienne affaiblie et impopulaire dont le président n’est plus légitime en l’absence d’élections présidentielles.

Cette nouvelle génération prend des risques énormes à combattre Tsahal sachant cependant qu’ils disposent de plus en plus d’armes automatiques et d’explosifs. Ils ont créé en Cisjordanie un véritable champ de bataille en intensifiant les combats contre les forces de l’ordre israéliennes et en tuant 18 Israéliens tandis que dans le même temps 90 Palestiniens étaient éliminés.

Israël est contraint d’organiser de véritables opérations militaires dans les dédales des rues étroites des villages arabes, en particulier Djénine et Naplouse.

La Cisjordanie n’a jamais connu pareils troubles depuis 2015 alors que l’Autorité palestinienne ne fait rien sur le terrain. Elle est soit débordée par ses jeunes qui veulent en découdre, soit intéressée à maintenir la pression sur Israël et à laisser se développer les troubles pour détourner l’attention sur sa corruption. Les attaques sont perpétrées par des Palestiniens qui n’appartiennent à aucune faction politique face à un vide sécuritaire.

Les jeunes attribuent la situation aux Accords d’Oslo de 1993 qui n’ont pas été totalement appliqués. Ils ne font ni confiance au Fatah et ni au Hamas qu’ils estiment corrompus et préfèrent créer leur propre structure à l’image du groupe armé autonome Lion’s Den basé à Naplouse.

Les accords d’Oslo avaient divisé la Cisjordanie en trois zones : la zone A sous contrôle total de l’AP mais Israël est forcé d’y intervenir devant la carence des dirigeants palestiniens. La zone B sous contrôle sécuritaire israélien mais sous administration palestinienne. La zone C sous contrôle total israélien tant en ce qui concerne la sécurité que l’administration.

Il était prévu que l’AP construise progressivement des structures étatiques pour préparer l’avènement d’un État indépendant mais rien n’a évolué depuis, les responsabilités étant partagées. Selon les accords, l’AP devait collaborer avec Israël pour combattre le terrorisme mais elle a refusé pour ne pas être taxée de collaboratrice, voire de sous-traitante.

Yasser Arafat était puissant, craint et respecté et il imposait le calme qui régnait dans la région jusqu’à sa disparition en 2004. Mahmoud Abbas a choisi au contraire la stratégie de la passivité. Les jeunes le lui reprochent aujourd’hui, et surtout le pressent à recourir à la lutte armée.

La nouvelle génération est écœurée par les luttes intestines entre Hamas et Fatah qui laissent la part belle aux Israéliens. Les jeunes ont mal accepté d’être témoins de combats meurtriers fratricides, comme ceux de 2007 qui se sont soldés par plus de 600 morts Palestiniens. La nouvelle génération ne veut plus croire à l’idéologie périmée des factions palestiniennes et elle déplore la division du mouvement palestinien. Elle estime que Mahmoud Abbas a favorisé cette rupture pour permettre d’une part la survie du Fatah face au Hamas et d’autre part pour empêcher le Hamas de prendre le leadership en Cisjordanie.

Alors les jeunes n’ont plus confiance dans leurs institutions et accusent leurs dirigeants de trahison surtout lorsque l’AP les pousse à déposer leurs armes en échange d’une garantie de sécurité.

Le Shabak, la sécurité intérieure, doit reconstituer tous ses dossiers et toutes ses fiches, car les siens sont périmés avec la nouvelle génération de jeunes adolescents beaucoup plus portés sur les armes et la violence. Cela explique la difficulté de mettre un terme rapidement aux émeutes et aux troubles. L’infiltration parmi cette nouvelle vague est presque impossible.

Les Intifada étaient d’un autre temps. Cela explique surtout la difficulté d’éviter les attaques contre l’armée et contre les implantations. Israël doit changer son logiciel sécuritaire en Cisjordanie sachant, d’autant plus, que l’AP est affaiblie.

Le ministre des Affaires civiles de l’AP et secrétaire général du comité exécutif de l’OLP, Hussein Al-Sheikh, se défend en accusant Israël d’affaiblir l’Autorité palestinienne par des opérations militaires continues mais il ne fait rien pour imposer la loi et l’ordre dans sa région. Il n’a pas empêché les 172 attaques, fusillades et jets de cocktails Molotov contre Tsahal.

Certains experts estiment que la situation qui prévaut aujourd’hui ressemble à celle des deux intifada de 1987 et 2000 avec la différence que les jeunes ne sont plus contrôlés. Leurs actions, spontanées et souvent individuelles, préfigurent un nouveau mouvement radical violent.

Le refus de Mahmoud Abbas de passer la main et de permettre l’avènement d’une nouvelle gouvernance, crée des dissensions internes parmi les prétendants qui se trouvent confrontés à la contestation de la nouvelle génération soutenue, armée et financée par l’Iran via le Djihad islamique. Le Hamas ne veut pas être en reste et fait de la surenchère sachant qu’il a du mal à contrôler ceux qui veulent en découdre avec Israël.

Ce sera le défi auquel sera confronté le nouveau gouvernement et le nouveau chef d’État-major. Si les troubles ne sont pas maitrisés, il est à craindre de la part des résidents des implantations, l’émergence de milices juives privées armées qui chercheront à se défendre par des méthodes non conventionnelles.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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