La vague bleue et l’Etat bleu et blanc

C’est une petite vague bleue qui a déferlé légèrement sur les Etats-Unis lors des élections de mid-term le 6 novembre. Les électeurs n’ont fait que confirmer ce que prédisaient les sondages. Avant même la publication des résultats définitifs, on sait que les Démocrates emportent la majorité à la Chambre des représentants, et que les Républicains conservent, et devraient même renforcer, leur majorité au Sénat.

Ces élections qui avaient pris l’aspect d’un référendum pour ou contre Donald Trump ne devraient pas bouleverser sa présidence. Il aura simplement plus de difficultés à faire passer certains textes de lois, et de nouvelles commissions d’enquête pourraient lui compliquer la vie. En politique extérieure, rien de tel, car la diplomatie et la défense restent largement des prérogatives présidentielles.

Pour Israël, l’Etat bleu et blanc, rien ne devrait changer, du moins à court terme : le Congrès ne devrait faire guère de problème pour voter chaque année 3,8 milliards de dollars d’aide à la défense de l’Etat juif. A plus long terme, les relations israélo-américaines pourraient pâtir de l’évolution d’une Amérique qui bouge. Car en s’identifiant totalement avec le Parti républicain, le gouvernement israélien a oublié que les Etats-Unis fonctionnent selon le two parties system. Autrement dit, un jour ou l’autre, les Démocrates reviendront au pouvoir.

Or, ces élections ont confirmé l’émergence d’une nouvelle génération de dirigeants démocrates plus à gauche, où les femmes et les représentants des minorités sont plus nombreux. Des Noir(e)s et des Latinos en plus grand nombre, des Asiatiques, des Gays et des Musulman(e)s ont été élus. Certains n’hésitent plus à se proclamer socialistes (ce qui était encore récemment une insulte aux Etats-Unis), et parfois à critiquer la politique pro-israélienne de Donald Trump (sans pour autant soutenir BDS).

Cette génération ne sera certainement pas au pouvoir dès 2020, mais influencera de plus en plus la politique d’une Amérique jeune – en 2016, Bernie Sanders était majoritaire chez les démocrates de moins de 40 ans – et de moins en moins blanche.

Il faudra désormais compter avec des personnalités comme Alexandra Ocasio-Cortez, Latino élue représentante de l’Etat de New-York à 29 ans, ou Kamala Harris, née d’un père jamaïcain et d’une mère indienne, brillante sénatrice de Californie. Avec elles, et tous les autres démocrates, les Israéliens doivent (re)commencer à parler pour ménager l’avenir. Il faudrait aussi pour cela que le gouvernement se réconcilie avec la majorité des Juifs américains qui votent démocrates.

Nous en sommes loin.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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