La Tunisie, pays fossoyeur de la Francophonie

Les participants au Sommet de la Francophonie 2018 posant pour une photo lors de la cérémonie d'ouverture à Erevan, Arménie, le jeudi 11 octobre 2018 (Crédit: Davit Hakobyan / PAN Photo via AP)
Les participants au Sommet de la Francophonie 2018 posant pour une photo lors de la cérémonie d'ouverture à Erevan, Arménie, le jeudi 11 octobre 2018 (Crédit: Davit Hakobyan / PAN Photo via AP)

Le 17ème sommet de la Francophonie s’était clôturé le 27 novembre 2016 à Madagascar. La Tunisie avait repris le flambeau pour organiser en 2020 la 18ème édition de ce grand événement sachant que le berceau du Printemps Arabe avait été choisi à l’unanimité par les pays membres. Un entretien téléphonique avait eu lieu, le 19 mai 2020, entre le président de la République tunisienne Kais Saïed et la Secrétaire Générale de l’OIF (Organisation Internationale de la Francophonie), Louise Mushikiwabo, pour envisager la tenue de la 18ème édition du sommet de la Francophonie au mois de décembre 2020.

En effet, Kais Saïed avait proposé de reporter cette édition qui coïncide avec le 50ème anniversaire de la fondation de l’OIF, créée à la suite d’une initiative du président Habib Bourguiba, en collaboration avec des présidents du Niger, du Sénégal et du Prince du Cambodge. Louise Mushikiwabo avait alors proposé d’organiser cette édition à Djerba. Pour mémoire, pour ceux qui l’ignorent encore, Israël n’a jamais été admis dans l’organisation malgré ses 150.000 francophones, en raison du veto libanais.

Le président tunisien comptait beaucoup sur cette réunion pour être mis à la lumière auprès des chancelleries internationales. Il cherchait à se donner une stature internationale. En avril 2020, il avait déjà appelé les États ainsi que les organismes internationaux à mettre en place une stratégie globale pour lutter contre la pandémie qui a frappé l’humanité. Il a estimé que les pays ne devaient pas se contenter de stratégies individuelles de lutte, mais qu’il fallait également une réaction collective. À ce titre, il avait lancé une initiative pour convoquer une réunion d’urgence du Conseil de sécurité afin de lui soumettre un projet de résolution visant la recherche de stratégies concertées à l’échelle internationale pour résister à la propagation du virus. Il avait été entendu puisque le Secrétaire général des Nations Unies, António Guterres, avait lancé un «Plan de réponse humanitaire mondial»contre la pandémie de Covid-19 avec un  appel aux dons à hauteur de 2 milliards de dollars.

Tout en demandant de mettre en œuvre des moyens susceptibles de résoudre la crise sanitaire actuelle, il s’est élevé contre les solutions régionales insuffisantes et injustes. Pour lui la santé représente le pilier primordial de la sécurité générale qui doit être un droit légitime accessible à tous les êtres humains, sans exception.

En plus de chercher à s’afficher auprès des instances internationales, Kaïs cherche à présenter la Tunisie sous un jour positif après toutes les prises de positions anti israéliennes qu’il a affichées ces derniers mois. Mais il existe toujours des trublions qui viennent lui gâcher l’ambiance. Par ses déclarations intempestives, il a poussé les Tunisiens à persister dans leur islamisme suicidaire. Et pour preuve, le député tunisien Rached Khiari a justifié le meurtre du professeur français Samuel Paty : «Celui qui porte atteinte au prophète doit en assumer les conséquences !». Donc pour lui, il est tout à fait normal de décapiter un enseignant qui tente d’expliquer à ses élèves le contexte polémique de ces caricatures.

Mais un autre député s’élève à présent contre l’OIF. Le député Yassine Ayari a demandé au président de la République, Kais Saïed, d’annuler le sommet de la Francophonie, prévu en Tunisie, et qui avait été déjà reporté à 2021 pour des raisons sanitaires liées à la propagation du coronavirus. Cet illustre élu considère que ce sommet auquel prennent part essentiellement la France et ses «anciennes colonies», vise à «consolider les valeurs et la langue françaises à travers des pressions sous couvert de coopération politique, académique, culturelle et économique».

Yassine Ayari estime qu’il est inadmissible d’abriter ce sommet en Tunisie dans un moment où la culture française se permet de «ridiculiser et de mépriser nos croyances et d’imposer des restrictions sur les diverses cultures sur son sol pour des raisons politiques et électorales, loin du respect mutuel».

Telle est cette nouvelle Tunisie gangrenée par les islamistes qui s’affichent ouvertement avec la complicité d’un président qui se déshonore tous les jours. Et comme l’a écrit le Canard Enchainé : «le président tunisien s’est vendu comme un conservateur éclairé. Ce n’est pas vraiment le cas !».

La Tunisie va de plus en plus à la dérive ! Au lieu d’encourager la démocratie laïque au sein de la Tunisie, Kaïs n’a fait que nourrir l’islamisme et, par conséquence immédiate, l’islamisme radical. Il ne faut donc pas s’étonner qu’il enfante des monstres capables de s’attaquer à la culture.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
Comments