La Tunisie paie son acharnement contre Israël

Le président tunisien Kais Saied à Tunis, lundi 5 avril 2021. (Slim Abid / Présidence tunisienne via AP)
Le président tunisien Kais Saied à Tunis, lundi 5 avril 2021. (Slim Abid / Présidence tunisienne via AP)

Le Liban et la Tunisie étaient réputés pour leur modération à l’égard d’Israël au point de penser qu’ils seraient les premiers candidats à signer un accord de paix. Aujourd’hui, ils figurent parmi les pays les plus haineux contre Israël sous l’alibi fallacieux qu’ils défendent la cause palestinienne. Ils persistent dans leur volonté de vouloir être plus royaliste que le roi, quitte à jouer contre leurs intérêts.

Contrairement aux autres pays arabes, dont le Maroc, qui ont noué ou renoué des relations diplomatiques avec « l’entité sioniste », ces deux pays sont au bord de l’effondrement et certainement en pleine banqueroute. C’est le lot de tous ceux qui ont voulu se distinguer dans le conflit israélo-palestinien alors que, depuis longtemps, les Palestiniens sont sortis de l’agenda des pays arabes qui ont d’autres chats à fouetter.

En complément de l’article sur le Liban de notre chroniqueur Francis Moritz, nous soulevons la situation économique tunisienne dramatique depuis la Révolution du Jasmin qui a porté les islamistes au pouvoir avec comme conséquence l’effondrement économique du pays et la désertion des touristes, première source de revenus.

Les conséquences économiques entrainent une instabilité politique qui a poussé le président tunisien, Kais Saïed, sur la voie d’un régime dur, pour ne pas dire dictatorial.

Le président tunisien nouvellement élu Kais Saied mettant la main sur le Coran pour être assermenté en tant que président tunisien, à Tunis, le mercredi 23 octobre 2019. (Photo AP / Hassene Dridi)

L’agence de notation Moody’s vient d’abaisser la note souveraine de la Tunisie de B3 à Caa1 ce qui n’est pas optimiste pour l’avenir économique du pays. Elle se justifie en précisant que « les perspectives négatives reflètent les risques associés à d’éventuels retards dans la mise en œuvre des réformes ainsi que le financement qui en dépend, ce qui conduirait à la fonte des réserves de change. Des réformes seront nécessaires pour rééquilibrer les finances publiques de la Tunisie et assurer la viabilité de la dette dans un contexte de faibles prévisions de croissance ». Au lieu de poursuivre leur ingérence dans les affaires israéliennes et d’interdire l’accès au pays des originaires de Tunisie munis d’un passeport bleu, la Tunisie s’enfonce de plus en plus dans le malheur.

Le Fonds monétaire international (FMI) est très sévère dans sa publication du 12 octobre sur ses Perspectives de l’économie mondiale. Il prévoit que le taux de croissance en Tunisie sera de l’ordre de 3 % pour 2021 et de 3,3 % en 2022. Parallèlement, la dette extérieure de la Tunisie en 2020 s’élevait à 48,038 milliards de dollars.

Le président du Conseil des affaires Tunisie-Afrique, Anis Jaziri, avait tenté d’obtenir de la Banque Centrale tunisienne un report de la réunion de Moody’s jusqu’en février 2022, le temps d’améliorer la situation, en vain. Pour lui : « Les déclarations désastreuses du président sur les agences de notation internationales et les messages négatifs qu’il a envoyés seront utilisés par l’agence afin de ramener la Tunisie au niveau de risque C. Beaucoup n’ont aucune idée de la catastrophe qui va s’abattre sur la Tunisie et des difficultés que nos institutions et banques vont rencontrer pour obtenir des prêts et acheter des matières premières ».

La seule décision immédiate du président Kais Saïed a été de préconiser la destruction du thermomètre pour avoir une température conforme à ses souhaits. Il insiste pour que les institutions internationales revoient les critères de notation en demandant à ces agences de traiter son pays comme un État souverain. La solution n’est pas adaptée quand le feu est à la maison.

Reda Shakandali, professeur d’économie à l’Université de Tunis El Manar, a fait une constatation dramatique : « les faibles notes attribuées par les agences de notation de crédit donnent une réputation et une image négatives aux investisseurs et donateurs internationaux dans l’octroi de prêts et d’aide internationale à la Tunisie. Le gouvernement de Najla Bouden doit résoudre la situation économique difficile du pays ».

La situation des banques est douteuse selon Fitch Ratings qui voit dans leur amélioration des bénéfices, des risques cachés car cela dépend de la situation politique fragile de la Tunisie et de l’application obligatoire des normes comptables internationales relatives à l’évaluation des actifs, des prêts et des outils financiers. L’agence note que le revenu net total des 10 plus grandes banques en Tunisie a augmenté au premier semestre 2021 de 37 % par rapport à la même période en 2020, et que le taux de rendement des capitaux propres s’est amélioré à 11 % contre 10,1 % en 2020 et 8,16 % en 2019. C’est pour cela que la note de l’agence a été dégradée B- en raison des risques de liquidité élevés.

Moody’s a abaissé la note de crédit de la Tunisie de B2 à B3 compte tenu de la crise économique que traverse le pays. La Banque centrale de Tunisie fait face à une grave pénurie de ressources financières extérieures et à un déficit de financement du budget de l’année car cette réalité « reflète la crainte des prêteurs internationaux face à la détérioration des notes souveraines du pays ». Elle est à la recherche de prêteurs extérieurs pour « éviter des répercussions non seulement en termes d’inflation mais aussi sur les réserves de devises étrangères et la gestion du taux de change du dinar, en plus de son impact négatif sur les relations de la Tunisie avec les institutions financières donatrices et les agences de notation souveraines ». L’économiste Mohsen Hassan confirme que « la déclaration de la Banque Centrale « est un message clair à toutes les parties et au président Saïed que l’État risquait la faillite compte tenu des besoins de financement élevés, du déficit et de la difficulté de recourir à la FMI et le marché financier mondial en ce moment ».

Les souhaits des anciens nationaux juifs, parfois israéliens, d’aider leur pays natal et de revenir en masse dans leur pays d’origine pour leurs vacances, pour investir dans l’achat de résidences secondaires face à des prix incomparables en Europe et pour favoriser la création d’entreprises en Tunisie grâce à des diplômés locaux en surnombre et une main d’œuvre disponible, sont restés lettre morte. Parce qu’on ne traite pas avec les sionistes. La liste serait longue de grandes marques dirigées par des ténors de l’industrie internationale ayant des origines tunisiennes qui n’auraient qu’un geste à faire pour venir au secours de la Tunisie, leur pays natal, mais ils exigent au préalable qu’Israël ne soit plus voué aux gémonies. Mais c’est trop demander à des idéologues.

La population tunisienne attend des mesures et espère mais la colère gronde surtout si le gouvernement ne résiste pas aux injonctions des institutions étrangères, le FMI en particulier, qui prônent la baisse des salaires, déjà très bas, la suppression des subventions sur l’alimentation, sur l’énergie et sur les services sociaux. La notion de révolution dans ce cas serait faible. Ces préconisations avaient été négociées par l’ancien gouvernement de Hichem Mechichi pour l’obtention d’un prêt de 4 milliards de dollars du FMI soit 10 % du PIB.

L’effondrement économique et social est en marche et les Tunisiens restent sceptiques sur la possibilité de la nouvelle premier ministre Najla Bouden de résoudre la détérioration de la situation économique et financière. Malgré sa diplomatie anti-israélienne forcée, la Tunisie attend toujours l’aide des pays arabes frères qui tarde à venir mais la mendicité n’est pas une solution d’avenir. Les Princes et les Emirs ne remplissent pas les hôtels et ne s’exhibent pas sur les plages. Des actions drastiques sont indispensables : la lutte contre la corruption, l’imposition de la bonne gouvernance, la mise en œuvre de réformes sévères liées au système fiscal, la bonne affectation des ressources financières existantes, et accessoirement la lutte contre la contrebande et l’évasion fiscale.

Enfin, l’ouverture au monde extérieur occidental et l’élimination des islamistes proches du pouvoir sont une condition pour que la Tunisie retrouve les années de Bourguiba. En souvenir des 110 000 Juifs qui ont vécu en Tunisie pendant des centaines d’années et dont il ne reste qu’un millier et pour paraphraser Francis Moritz, Israël doit-il et peut-il sauver la Tunisie ?

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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