La trêve à long terme et après ?

On avait connu le gouvernement israélien plus réactif face aux agressions du Hamas. Pourtant, celles-ci ne manquent pas. Depuis six mois, des « marches du retour », désormais quotidiennes, tentent de forcer la barrière de séparation avec Israël. Des ballons incendiaires ont détruit des milliers d’hectares, et des engins explosifs atteignent le territoire israélien.

Mais il a fallu la destruction d’une maison à Beer Sheva (sans victime en raison de la présence d’esprit de la mère de famille) pour que l’aviation israélienne attaque des sites du Hamas à Gaza et suspende des livraisons de carburants payées par le Qatar destinées à l’alimentation des centrales électriques.

Mais les livraisons ont rapidement repris en raison des « efforts du Hamas pour réduire le niveau des violences » selon le ministre de la Défense, Avigdor Liberman, qui nous avait habitués à plus d’agressivité.

En fait, le Premier ministre israélien ne souhaite pas d’escalade du conflit. Pour deux raisons.

L’une factuelle, permettrait de concentrer les efforts sur la frontière Nord devenue encore plus dangereuse depuis la crise avec la Russie. L’autre, parce que Binyamin Netanyahou veut parvenir à une trêve à long terme avec le Hamas. Pour le mouvement islamiste cela aurait le double avantage de ne pas avoir à reconnaître formellement Israël, et d’être débarrassé du monopole de l’Autorité palestinienne dans les négociations sur l’avenir des territoires. C’est précisément ce qui intéresse Binyamin Netanyahou : en séparant politiquement la bande de Gaza de la Cisjordanie, il interdit à Abou Mazen de signer un accord qui reviendrait pour lui à renoncer à un territoire palestinien.

Israël pourrait alors fort bien s’accommoder d’un mini-Etat palestinien dans la bande de Gaza et même lui faciliter la vie en rétablissant tout ou partie de la liberté de circulation qui manque aujourd’hui aux habitants de la bande. Cela pour mieux conserver le contrôle de la Cisjordanie, y construire toujours plus, développant ainsi une annexion de facto en attendant que la situation internationale permette une annexion de jure.

Derrière les péripéties des livraisons de fuel, c’est toute une stratégie de règlement du conflit israélo-palestinien qui est en jeu.

 

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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