La Surprise du 7 octobre : Insouciance ou Arrogance ?

Des habitants de Gaza célébrant la destruction d'un char israélien près de la barrière frontalière entre Israël et Gaza, à l'est de Khan Younès, le 7 octobre 2023. (Crédit : Yousef Masoud/AP)
Des habitants de Gaza célébrant la destruction d'un char israélien près de la barrière frontalière entre Israël et Gaza, à l'est de Khan Younès, le 7 octobre 2023. (Crédit : Yousef Masoud/AP)

Le 7 octobre 2023, l’armée israélienne (Tsahal) et le service de renseignement israélien (Shin Bet) ont connu un échec inimaginable ; mais cet échec ne résulte pas uniquement d’une faiblesse en matière de renseignement puisque, avant et après cet événement tragique, les services de renseignement ont démontré des capacités exceptionnelles.

Il est regrettable de constater que la politique menée par Netanyahu, basée sur le principe de « diviser pour mieux régner » et l’idée que l’on peut acheter une idéologie djihadiste avec de l’argent, a échoué. Cette erreur stratégique fondamentale a conduit le pays à un manque de vision globale et à des lacunes en matière de sécurité.

Netanyahu, son gouvernement et les forces armées étaient convaincus que le Hamas n’oserait jamais franchir en masse la frontière et perpétrer le pire massacre contre les Juifs depuis la Shoah.

Sur le plan de la sécurité, que s’est-il passé ? Se sont-ils reposés sur leurs lauriers ? Les dirigeants ont-ils compté les uns sur les autres ? Ont-ils négligé les alertes des soldates en charge de la surveillance visuelle des frontières, jour et nuit ? L’une des explications possibles pourrait être une confiance en soi excessive.

Depuis la victoire spectaculaire d’Israël lors de la guerre des Six Jours, un sentiment d’arrogance domine une partie significative de la population. « Personne ne peut nous atteindre ! Personne n’égale notre force ! Personne n’osera s’en prendre à nous ! « . Ce sentiment de supériorité influence la vie quotidienne en Israël et à l’étranger, devenant une caractéristique stéréotypée de l’Israélien moyen.

L’État d’Israël, autrefois admiré pour ses prouesses héroïques, se trouve désormais isolé. La riposte au pogrom du « Samedi noir », perçue initialement comme juste et inévitable par la majorité des Israéliens ainsi que par de nombreux dirigeants du monde éclairé, suscite maintenant colère et haine, alimentant l’antisémitisme à travers le monde.

Netanyahu et ses alliés d’extrême droite semblent ignorer cette réalité. Leur maintien au pouvoir prime sur tout, y compris la libération des otages. Les valeurs fondamentales qui ont longtemps caractérisé le peuple d’Israël, particulièrement le devoir du « rachat des captifs », semblent avoir été oubliées. Dans le Talmud babylonien, il est écrit :

Quiconque sauve une vie en Israël est considéré comme s’il sauvait le monde entier.

Ce commandement semble aujourd’hui devenir une simple expression. Si le dernier otage vivant n’est pas rendu à sa famille, ou que le dernier assassiné n’est pas enterré en terre d’Israël, les membres de la coalition des deux dernières années porteront à jamais le poids de cette culpabilité.

La puissance militaire est cruciale pour la défense et pour répondre à la menace croissante de la militarisation des ennemis, mais son utilisation sans stratégie ni planification pour l’après-guerre peut entraîner des complications tragiques à long terme.

Je crains que les opérations héroïques menées par les forces de sécurité depuis le 7 octobre, à travers le Moyen-Orient et en Iran, ne fassent qu’amplifier le sentiment d’invulnérabilité parmi les nationalistes-fascistes du pays.

L’arrogance de Netanyahu et de ses partisans nuit à l’image d’Israël et à la sécurité des Juifs de la diaspora. Comme le dit le livre des Proverbes :

Qu’un étranger te loue, et non ta bouche.

Aujourd’hui, ce pays isolé devrait s’inquiéter pour son avenir. Une guerre qui ne se termine pas par un accord de paix, ou au moins par un cessez-le-feu durable, n’est une victoire pour aucun des belligérants.

à propos de l'auteur
Né en 1947 à Meknès, au Maroc, il a vécu en Israël de 1962 à 1988 avant de s’installer à Paris. Éditeur franco-israélien, il a conçu et dirigé de nombreux projets culturels à Paris, en particulier : une galerie d’art moderne israélien, un club littéraire et artistique autour du judaïsme contemporain ainsi qu’une librairie-café méditerranéenne. En1998, il a conçu et dirigé, le stand « Israël – hôte d’honneur » (400 m2) au Salon du livre et de la presse à Genève. Auteur d’une thèse de doctorat socio-littéraire sur la littérature israélienne traduite et publiée en français, depuis la création d’Israël (1948) jusqu’à 2005, année de la soutenance. Mickael Pariente a également publié deux bibliographies : 2000 titres à thème juif - 1420 biographies d’auteurs, préfacée par Emmanuel Le Roy Ladurie, ancien président de la Bibliothèque nationale, éd. Stavit, Paris 1998 et Littératures d’Israël, éd. Stavit, Paris 2003. Écrivain bilingue (hébreu-français), il a publié : L’Autre Parnasse – Confessions de femmes dans un café littéraire, roman paru en hébreu et en français en 2011, et en anglais et en espagnol en 2013, éd. StavNet ; A l'Ombre des murailles – souvenirs d'enfance au mellah de Meknès, récit paru en hébreu et en français en 2015, ainsi qu’en anglais et en espagnol en 2023, éd. StavNet ; Israël : politique et société – de Ben Gourion à Netanyahu, paru en français, en anglais et allemand en 2021, éd. StavNet ; Papi, vient vite ! Papi, tu dérailles ?! Papi vient au désert ! – trilogie pour enfants, écrite en hébreu et accompagnée d’une traduction en français, illustrée par Alec Borenstein ; Sarah – Née sous X, roman paru en français, hébreu, anglais et en espagnol, en 2022, éd. StavNet Mickael Pariente publie régulièrement des articles d'opinion dans la presse israélienne : Haaretz, Ma’ariv, Zman Israel, Ynet... en hébreu et en français, Libération, Le Monde, et Times of Israel…
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