La Start-Up Nation en voie de disparition ?

© Stocklib / Dmitry Pistrov
© Stocklib / Dmitry Pistrov

L’ère de la Start-Up Nation s’achève-t-elle en Israël ? En 2021, le secteur des hautes technologies est à bout de souffle : la main d’œuvre spécialisée manque, l’Etat se désintéresse et n’investit plus.

L’Autorité israélienne pour l’Innovation vient de lancer un véritable un cri d’alerte : en 2020, seulement 520 sociétés start-ups ont vu le jour en Israël, soit 63% de moins qu’en 2014.

La question de l’avenir de la Nation Start-Up (comme Israël est souvent désigné) vient d’être posée par l’Israel Innovation Authority, organisme gouvernemental qui œuvre à la promotion de l’innovation technologique en Israël.

Dans son Rapport 2021, l’Autorité pour l’Innovation met en garde contre la stagnation, voire le recul, de la haute technologie israélienne et pose sans détour la question : « Est-ce la fin de l’ère de la Nation Start-up en Israël ? ».

Des résultats encourageants

L’année de coronavirus a clairement profité au high tech israélien ; les start-ups ont attiré 11,5 milliards de dollars d’investissements en 2020, contre 9 milliards en 2019.

Certaines branches de la haute technologie ont particulièrement profité de la pandémie pour lever des fonds : la cybersécurité mais aussi les technologies médicales, la santé numérique, le transport intelligent, les télécommunications, etc.

Au total, le secteur du high tech apporte une contribution essentielle à l’économie israélienne : en 2020, il a contribué au PIB pour environ 15%, il a représenté 43% des exportations totales du pays et 10% des salariés y travaillaient.

Jusque-là, les chiffres sont encourageants ; d’où vient alors l’inquiétude des experts de l’innovation qui osent prédire la fin de la Start-Up Nation ?

Créations en baisse

Principalement parce que la création de start-ups est en chute libre : 1.400 start-ups avaient vu le jour en 2014, contre 850 en 2019 et à peine 520 en 2020.

Si le nombre de start-ups connaît une baisse inquiétante au cours des cinq dernières années, comment expliquer que les investissements dans le secteur continuent d’augmenter ?

L’explication est simple : les investisseurs privés délaissent les jeunes pousses et placent massivement leurs fonds dans les grosses sociétés qui ont un avenir certain.

L’Autorité pour l’Innovation avance une autre explication au déclin du high tech israélien : la baisse des investissements publics.

A force de couper dans les dépenses publiques – libéralisme oblige – l’Etat a presque totalement cessé de soutenir le secteur de la haute technologie.

Désinvestissement public

En Israël, les investissements publics dans le high tech ne représentent plus que 0,5% du PIB, soit très en-dessous de la plupart des pays industrialisés : aux Etats Unis et Corée du Sud, le soutien public à l’innovation se situe entre 0,7 et 1% du PIB.

Le désinvestissement public est le résultat de la politique ultralibérale menée par les gouvernements successifs de Benyamin Netanyahou tout au long de la décennie 2010.

Dorénavant, les pouvoirs publics en Israël ne financent plus que 10% des investissements dans le high tech et le privé 90% ; il y a dix ans, la proportion était inversée.

Dans son discours de départ, Benyamin Netanyahou s’est félicité de laisser à son successeur une haute technologie florissante ; oubliant de préciser que l’Etat n’est pour rien dans ces bons résultats.

Une situation qui ne sera pas tenable à long terme : face à la concurrence internationale, le secteur du high tech exige un soutien actif des pouvoirs publics pour se développer.

Le rapport courageux que vient de publier l’Autorité de l’Innovation devrait devenir le livre de chevet des gouvernements de l’ère post-Netanyahou.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998 et à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005. Aujourd'hui, il enseigne l'économie d’Israël au Collège universitaire de Netanya. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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