La sœur de Moïse, Miryam

Crédit : Pierre Orsey
Crédit : Pierre Orsey

וַתִּקַּח מִרְיָם הַנְּבִיאָה אֲחוֹת אַהֲרֹן אֶת־הַתֹּף בְּיָדָהּ

« Miryam, la prophétesse, sœur d’Aharon, prit un tambourin en sa main » Exode 15,20

Miryam (מִרְיָם en hébreu) est la femme de l’amertume, de la mer et de la fête. Le nom de Miryam (Miryam est Maryam en arabe) est constitué de deux mots : « Mir » ou « Mar » (amertume) et « yam » (mer). Moshé (Moïse) et son peuple sont arrivés un jour à une source amère et ont appelé ce lieu Mara (Exode 15,23). La myrrhe est un parfum amer qui a cependant une odeur agréable.

 Miryam est l’espérance d’Israël. Quand les Hébreux quittent l’Égypte, sortis d’une oppression inimaginable, qu’est-ce que Miryam a pensé à emporter avec elle ? Des tambourins, des instruments de musique avec lesquels elle pourrait chanter et louer HaChem ! Du fond de sa misère, elle a gardé en elle la flamme de la résistance au mal et de la victoire assurée.

Miryam est celle qui entraîne le peuple hébreu dans la danse après le passage de la Mer Rouge. Miryam est la reine de la fête, de la danse, de la musique et du chant. Et elle est aussi la femme amère qui accompagne son peuple Israël dans la souffrance. Elle est l’eau qui lave, purifie et guérit. Elle est océan immense et puissant, marée, tempête, pluie, et larmes.

Miryam est celle qui déclenche le processus salvateur, le processus messianique parce qu’elle sent (elle voit) le printemps de la Guéoula (Délivrance). Elle demande à ses parents de s’unir à nouveau pour concevoir un petit frère, Moshé. Ils étaient en effet démoralisés par leur situation en Égypte et ne voulaient plus avoir d’enfants. Ainsi, le rôle de Miryam consiste à permettre à un homme d’exister et d’accomplir sa mission. Selon le Midrach, elle aurait dansé lorsque ses parents se sont « remariés ».

Miryam est celle qui accompagne le nouveau-né abandonné dans son berceau qui flotte sur le Nil. Elle va voir Batia la fille du Pharaon pour lui demander de s’occuper du Messie qui va renverser Pharaon ! Dans le mal elle trouve du bien et du bon. Dans la nuit, elle trouve de la lumière.

Miryam était présente lors de la sortie d’Egypte et du passage de la Mer Rouge qui a donné la fête de Pessah. Dans la nuit du 14 au 15 de Nissan les Hébreux quittent l’Égypte. Ensuite ils marchent un jour et se reposent le shabbat du 17 Nissan. Le soir du 20 Nissan, les Hébreux atteignent le rivage et attendent comme Moshé le leur demande : « Ne craignez pas ! Tenez ferme et vous verrez ce que le Seigneur va faire pour vous sauver aujourd’hui, car les Égyptiens que vous voyez aujourd’hui, vous ne les reverrez plus jamais ; le Seigneur combattra pour vous ; vous, vous n’aurez qu’à rester tranquilles. » (Exode 14, 13-14). Ainsi, Miryam attend dans la confiance que le peuple-Messie traverse la mort, qu’il revienne vivant. Dans la nuit du 20 au 21 Nissan, Israël est délivré : « devant moi, tu as ouvert un passage » (Psaume 30,9) (hébreu 31, TOB). Au lever du jour, les enfants d’Israël entonnent un chant d’action de grâce :

« Miryam, la prophétesse, sœur d’Aharon, prit en main un tambourin et toutes les femmes la suivirent avec des tambourins et des instruments de danse. Et Miryam leur fit répéter : « Chantez l’Éternel, il est souverainement grand ; coursier et cavalier, il les a lancés dans la mer… » » (Exode 15,20-21)

Pour nous aussi, dans une atmosphère spirituelle faite de virtualités superficielles, notre âme se meurt, nous perdons le goût de la joie véritable, nous n’osons pas aimer la vie. Miryam vient nous réveiller, elle nous montre Israël et sa terre. Certes ce pays est lui aussi contaminé par la société individualiste et par la guerre mais c’est pourtant bien en Israël, de manière discrète, que germe le peuple-Messie, la lumière pour l’humanité.

Lorsque Moshé est trop absorbé par le divin pour s’occuper de son épouse Tsipora et de ses enfants, elle lui en fait la remarque. En effet Moshé est tellement « haut » et généreux pour son peuple qu’il en néglige le « bas », sa propre épouse et ses enfants.

Miryam fait danser le peuple qui a passé la Mer, demande à ses parents et à son frère de faire l’amour ; elle aime la vie. Elle est à l’origine de tout bonheur. La Bible ne nous dit pas si Miryam était mariée, mais d’après le Talmud, elle aurait épousé Caleb, le seul des douze explorateurs avec Josué à ne pas avoir médit de la terre promise, et elle aurait donné naissance à Hour. Nous apprenons que Caleb s’est marié avec Myriam dans le verset de Chroniques I, chap 2,19 : « Azouva mourut, et Caleb prit Efrath comme femme et lui enfanta Hour ».

La Guémara explique qu’Efrath était le nom de Myriam après qu’elle ait été guérie de sa lèpre. Efrath signifie « lieu de la fécondité ». Ailleurs, il est dit qu’elle a donné naissance à Betsalel, l’un des artistes ayant œuvré à la construction du Temple. Cinq siècles après sa mort, le prophète Michée reconnaît Miryam comme étant l’une des dirigeantes d’Israël à l’égal de ses frères (Michée 6,4 : « Parce que je t’ai donné pour guides Moshé, Aharon et Miryam »). Elle a donc un rôle essentiel et fait partie du trio messianique, avec ses deux frères Moshé et Aharon.

Dans le nom de Miryam on entend « yam » qui signifie « mer » יָּם et la première lettre de son nom est la même que celle du mot « maïm » מַים (eau). C’est grâce à Miryam que les Hébreux trouvaient des sources dans le désert. Tant que Miryam est avec les enfants d’Israël, ils ont de l’eau. Mais lorsqu’elle meurt, le peuple a soif, il ne trouve plus de puits, plus de source. Elle est donc bien en relation avec l’eau qui vient d’en bas, l’eau dans la terre, la vie qui monte vers le Ciel. Miryam nous conduit à la Source de Vie, au Dieu d’Israël, Celui que les Juifs aiment appeler le Roi Vivant et éternel : מלך חי וקיים

Miryam est l’âme d’Israël, souterraine, cachée, enfouie. Miryam aime la musique, la danse, l’eau et le vin, la sexualité féconde (de ses parents) ou simplement pour le plaisir d’être un couple (Moshé et Tsipora). Elle est tournée vers la Vie. C’est cela l’enseignement de Miryam : elle nous fait aimer la vie.

à propos de l'auteur
Passionné de judaïsme et d'Israël, Pierre Orsey est né en 1971 et habite près d’Avignon.
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