La semaine de la honte

On croyait avoir touché le fond, mais on se trompait. La Knesset qui a terminé son 25e mandat le 16 juillet, a adopté, pendant sa dernière semaine de travail parlementaire, une série de lois honteuses.
Une loi fondamentale, supérieure aux lois ordinaires, dispose en un article unique : « L’étude de la Torah est une valeur fondamentale du patrimoine du peuple juif et de l’État d’Israël. » Pourquoi introduire dans la législation un texte bref aux allures de déclaration de principe ? Parce que, sur cette base, le législateur pourra justifier tout avantage accordé aux hommes qui se consacrent à l’étude de la Torah à temps complet : l’exemption du service militaire, le bénéfice de bourses et d’allocations en tous genres.
Le scandale ne s’arrête pas là, puisqu’au cours de la même semaine, le service militaire obligatoire des jeunes Israéliens a été prolongé de deux mois. Sa durée passe de 30 à 32 mois et pourrait être portée à 36 mois à brève échéance. Autrement dit, alors que des jeunes sacrifient études, travail et vie de famille pour défendre leur pays, d’autres pourront rester tranquillement devant leurs livres d’études… lorsqu’ils y restent.
Une autre loi a supprimé la réforme de la cacheroute que le « gouvernement du changement » avait instituée afin d’introduire de la concurrence dans la certification, mesure susceptible de faire baisser les prix très élevés de l’alimentation. Cette abolition permettra au Grand rabbinat de retrouver son monopole en la matière. Les hauts dignitaires religieux et leurs partis pourront de nouveau attribuer à leurs fidèles les 4 000 emplois relatifs au contrôle de la cacheroute.
On devine les raisons de cette inflation législative critiquée par l’immense majorité des Israéliens. Á défaut de pouvoir gagner les prochaines élections, Binyamin Netanyahou entend consolider son alliance avec les partis ultraorthodoxes. Une alliance indispensable dans deux cas de figure qui pourraient s’imposer au soir du scrutin le 27 octobre prochain. En cas de victoire de l’opposition, l’ancienne coalition bibiste – groupant le Likoud, les deux partis d’extrême droite et les deux partis ultraorthodoxes – forte de son unité, agirait pour faire tomber au plus vite un gouvernement hétéroclite. En cas d’absence de majorité – comme cela s’est produit entre 2019 et 2021 – le gouvernement actuel resterait en place et continuerait à disposer de toutes les prérogatives de l’exécutif dans l’attente de nouvelles élections. Alors que la guerre n’est pas terminée sur sept fronts, alors que des soldats et des civils meurent tous les jours, alors que l’hydre iranienne relève la tête, alors que le pays n’a jamais été aussi isolé, à Jérusalem, la République bananière légifère. Sans honte de rien.
