La Russie, un tigre de papier

Un convoi militaire russe se déplaçant sur une autoroute dans une zone contrôlée par les forces séparatistes soutenues par la Russie près de Marioupol, en Ukraine, le samedi 16 avril 2022. (AP Photo/Alexeï Alexandrov)
Un convoi militaire russe se déplaçant sur une autoroute dans une zone contrôlée par les forces séparatistes soutenues par la Russie près de Marioupol, en Ukraine, le samedi 16 avril 2022. (AP Photo/Alexeï Alexandrov)

Les Russes ont toujours forcé l’admiration pour leur combativité, en particulier durant la dernière Guerre mondiale face aux armées nazis. Mais ils avaient une raison majeure de survie pour se défendre. Ils trainent avec eux le souvenir des épisodes glorieux. Aujourd’hui, il suffisait que l’Ours rugisse pour que tout le monde se cache dans les abris à fortiori quand il s’agit d’une puissance nucléaire.

Il s’avère cependant que dans une guerre conventionnelle l’armée russe ne fait pas le poids face à des miliciens en haillons, ou presque. Il ne faut pas être expert militaire pour tirer des conclusions mais simplement être observateur des faits. L’armée de Poutine devait balayer celle de Zelenski en quelques jours, à la rigueur en une ou deux semaines mais elle a montré son incapacité à vaincre dans un combat régulier.

L’échec des Russes peut s’expliquer par une impréparation physique et psychologique des militaires et peut-être par leur grande assurance. En fait, il s’avère que l’armée était dans un état de délabrement avancé par manque de moyens et de financements. Les services de renseignement russes ont montré leur incompétence puisque les chefs ont été dégommés rapidement par Poutine. Les services logistiques ont été débordés.

Une armée ne peut avancer sur le champ de bataille que si elle dispose de vivres, de combustibles et de renseignements ce qui a été totalement négligé par l’État-major russe. Des témoignages vivants ont montré des soldats russes affamés quémandant de la nourriture auprès des Ukrainiens dès les premiers jours de l’invasion.

L’armement n’était pas à la hauteur des images montrés dans les défilés. L’invasion a été lancée avec des tanks périmés des années 1970, des chars T-72 utilisés par les armées arabes en 1967 et vulnérables devant les missiles ukrainiens. A court d’essence, ils ont même été abandonnés dans la boue par des équipages aux abois et en manque de communication avec leurs chefs.

L’incompétence de l’aviation a été à l’avenant car les centaines d’avions disponibles n’avaient pas été adaptés pour des tirs précis ni équipés de missiles et cela était pareil pour les hélicoptères d’attaque dont l’équipage utilisait des roquettes non téléguidées. Par ailleurs les Occidentaux ont fait l’acquisition de toutes les armes russes disponibles sur le marché pour les transmettre aux Ukrainiens qui disposent des mêmes armements. La livraison d’armes occidentales aurait été un casus belli pour les Russes.

Face à la lenteur des combats, Poutine a dû se séparer des chefs de renseignements et de certains généraux qui avaient montré leurs limites. Ils avaient trop sous-évalué leurs ennemis en les prenant pour des débutants. Par ailleurs une armée qui part au combat sans motivation et sans information sur les objectifs finaux, est très vite mise en déroute parce que les soldats n’ont rien à gagner et ne sont pas prêts à offrir leur vie à des chefs planqués au Kremlin.

Alors, devant les désastres répétés et la mort au front de trois généraux et d’un amiral russes, ainsi que la perte de milliers de soldats, Poutine a été contraint de faire appel à des mercenaires, des Syriens, des Tchéchènes et des Wagner attirés par l’appât du gain et l’amour du sang. Le 29 mars, les Russes faisaient état de 1.351 morts et 3.825 blessés dans les rangs de l’armée mais des sources occidentales estiment, quant à elles, que les pertes russes sont beaucoup plus lourdes, de 7.000 à 15.000 hommes.

Mais il n’y a pas pire qu’un chien blessé. Devant cet échec flagrant, Poutine a donc choisi la politique de la terre brûlée en canonnant toutes les villes sans distinction des civils et des militaires, en rasant les villages, en violant et en tuant des civils. Mais cela ne suffit pas face à des Ukrainiens déterminés qui ont progressivement reçu des armes modernes de plusieurs pays. Alors il a voulu montrer ses biceps à défaut d’utiliser l’armée nucléaire.

D’abord il a utilisé des armes à sous-munitions aux dégâts considérables puis il a gâché des millions de roubles en envoyant des missiles supersoniques Kinjal disproportionnés par rapport aux cibles. Il fallait faire peur aux ennemis et surtout aux Occidentaux qui sont restés tapis dans leurs bunkers de l’Otan. Mais cela, au contraire, a donné plus de détermination à l’armée ukrainienne qui savait que le recul était la mort assurée.

En fait la Russie ne dispose que d’une armée de lâches uniquement capable de viser les civils syriens et les malheureuses populations apeurées d’Ukraine. Elle ne fait peur que parce qu’elle est capable d’actionner le bouton rouge en cas d’extrême nécessité. Et pourtant les Russes sont en quelque sorte les alliés tacites des Israéliens parce qu’ils les laissent agir en toute liberté dans le ciel syrien ce qui explique la modération d’Israël qui refuse d’envenimer ses relations. La guerre a ses raisons que la raison ignore.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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