La révolution économique et sociale française en marche

Les économistes keynésiens en ont rêvé, le libéral Emmanuel Macron l’a réalisé. Au décours de la pandémie de la covid, les premières mesures efficaces contre la dissémination virale ont consisté en un confinement rigoureux.

Le corollaire de ce confinement a été la mise en sommeil d’une grande partie de l’économie reposant sur les échanges inter humains notamment dans le tourisme, la restauration, les transports, l’éducation, les loisirs et la culture.

Les conséquences de ces mesures ont consisté à placer en chômage partiel un million de salariés environ. Cette décision réactive a protégé l’outil économique et industriel pour le maintenir en état de fonctionnement après la crise épidémique.

Il a également été question de subventionner toutes les entreprises en fonction du chiffre d’affaires perdu. Cette stratégie a reposé sur le générique du “quoi qu’il en coûte” défendu par E. Macron. Les sommes d’argent considérables de sauvetage ont été débloquées avec un déficit budgétaire aggravé et une chute du PIB de 11% pour 2020.

Le volontarisme économique et financier pour sortir de la crise majeure de la covid est en contradiction avec l’expectative austéritaire de la gestion bruxelloise. Il met fin au dogme du déficit maximum de 3% et ouvre l’ère d’une économie axée avant tout sur le développement et l’emploi en Europe.

L’existence heureuse d’un état providence a permis d’activer tous les réseaux existants pour assurer une redistribution sociale salvatrice gage d’un lien social minimum et éviter un désastre humanitaire. L’émergence de nouveaux métiers et comportements a recréé une activité résiliente mais très insuffisante au regard de l’importance du confinement et de ses conséquences.

On a réalisé pendant cette crise sanitaire l’importance de l’économie sociale et solidaire et son absence de développement. Les groupes économiques internationaux et nationaux n’ont pas subi la même crise économique et financière que le maillage des micro entreprises très durement impactées. Les disparités sociales se sont aggravées dangereusement malgré les soutiens financiers historiques mis en place.

Le problème est désormais celui de l’après crise et de la reconstruction économique et sociale du pays. Les entreprises devront très probablement être recapitalisées pour une grande partie d’entre elles et cela posera le problème d’un approfondissement de la dette déjà en zone rouge. Le choix décisif d’E.Macron a été de sortir des critères de Maastricht dès le départ par la doctrine du “quoi qu’il en coûte”, et le rubicon étant franchi, il faut désormais aller plus loin.

D’ailleurs dans ce contexte la seule façon de sortir le pays de la crise est de considérer la « dette covid » comme une dette positive d’investissement à très long terme et renégociable à l’infini. A ce titre les keynésiens estiment qu’avec des taux durablement à zéro s’endetter c’est s’enrichir (1).

Comment recréer le lien social ? En recapitalisant nécessairement les entreprises, on ne peut laisser les salariés en dehors de ce processus. Il faut donc envisager la mise en place d’un capitalisme universel compensateur. Le capitalisme universel serait notamment la juste rétribution des données personnelles largement commercialisées par les économies numériques.

Il met en contradiction les idéologies anticapitalistes désarçonnées de facto et apporte une réponse aux frustrations parfois légitimes. Afin de pallier aux pertes d’emploi durables, la mise en place d’un salaire universel (2) venant rémunérer l’économie solidaire et citoyenne bénévole est la condition d’une régénération du lien social.

E.Macron avait soulevé le problème de la prééminence de l’état providence avec sa critique du ”pognon de dingue” de la redistribution sociale française. Il a aujourd’hui la solution en transformant ce “pognon de dingue ” en salaire universel qui est une résolution de la crise de l’emploi. E.Macron a opté judicieusement pour le “quoi qu’il en coûte” pour sauver l’économie française et la paix sociale face à la crise. Le pas suivant serait logiquement l’instauration du capital universel qui contribuerait à l’atténuation des disparités et des confrontations.

Élu sur un programme libéral, E. Macron peut-il assumer en même temps sa métamorphose et tourner le dos à ses soutiens néolibéraux. Ce sera l’enjeu des présidentielles de 2022.

(1) Référence : Texte de Steve Ohana et Homa capital :

“Déficit public : qui s‘endette s’enrichit”. La Tribune du 08/06/2020. https://www.latribune.fr/opinions/tribunes/deficit-public-qui-s-endette-s-enrichit-849582.html

(2) JDD du 13/04/2020:

https://www.rtl.fr/actu/politique/coronavirus-des-elus-locaux-demandent-un-revenu-universel-de-base-face-a-la-crise-7800392084/amp

 

à propos de l'auteur
Docteur en médecine, Gilbert est aussi médecin du travail, acupuncteur, homéopathe ainsi qu'enseignant de neurophysiologie.
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