La poudrière

Palestiniens et Israéliens à l'extérieur de la vieille ville de Jérusalem lors de la Journée de Jérusalem. Dimanche 29 mai 2022. (AP Photo/Mahmoud Illean)
Palestiniens et Israéliens à l'extérieur de la vieille ville de Jérusalem lors de la Journée de Jérusalem. Dimanche 29 mai 2022. (AP Photo/Mahmoud Illean)

On pourrait considérer comme un succès le fait que la « marche des drapeaux » du 29 mai à Jérusalem n’ait pas débouché sur une nouvelle crise comme celle ayant motivé l’opération « gardien des murailles » (Shomer Homot) en mai 2021. Il n’en est rien.

D’abord, parce que le Hamas a déclaré qu’il se réservait le droit de répliquer ultérieurement. Ensuite, parce que la manifestation a été marquée par de nombreuses violences. Les slogans racistes (« mort aux Arabes) n’étaient pas rares, illustrant le renforcement de l’extrême droite dans le public juif. D’ailleurs, son leader, Itamar Ben Gvir, a le vent en poupe dans les sondages.

Chez les Palestiniens, ce sont aussi les extrémistes qui se renforcent, et désormais le Hamas est bien implanté à Jérusalem-est. Car l’intégration de la population arabe (350 000 habitants soit 37 % de la population totale) est loin d’être au niveau souhaité.

Les infrastructures, les écoles, sont souvent dans un état de délabrement, particulièrement dans le camp de réfugiés de Shuafa. La délinquance et la drogue sont l’activité principale de nombreux jeunes de ces quartiers. Le niveau de vie des habitants arabes n’a rien à voir avec celui des Juifs, sauf avec celui des familles ultraorthodoxes qui, elles aussi, sont souvent au-dessous du seuil de pauvreté.

Par ailleurs, les habitants arabes ont le sentiment d’être juridiquement discriminés du fait qu’ils ont le statut de résident et non de celui de citoyen israélien. Ils peuvent demander cette nationalité, mais plus de la moitié des demandes sont rejetées, et les délais sont longs. 2 % des Arabes de Jérusalem seulement sont titulaires de la précieuse carte d’identité.

On l’aura compris : contrairement à la loi fondamentale de 1980 qui proclame « Jérusalem réunifiée, capitale éternelle d’Israël », l’unité de la ville est ce que l’on pourrait appeler une jolie fiction. Tous ceux qui ont vécu dans la ville trois fois sainte le savent : les habitants juifs et arabes ne se mélangent pas et chacun reste dans son quartier.

Les organisateurs de la marche des drapeaux se font une gloire de passer par la porte de Damas, afin de montrer que c’est l’Etat juif qui exerce la souveraineté, mais jamais aucun Juif n’y a habité.

Last but not least, le Mont du temple est devenu une source permanente de conflits entre les pratiquants des deux religions et les affrontements violents y sont fréquents.

En d’autres termes, Jérusalem est plus disputée que jamais et un rien suffit pour enflammer les esprits et pas seulement les esprits.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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