La politique française inchangée à l’égard d’Israël

Le président français Emmanuel Macron rencontrant le président israélien Reuven Rivlin à la résidence du président à Jérusalem le 22 janvier 2020. Photo Hadas Parush/Flash90
Le président français Emmanuel Macron rencontrant le président israélien Reuven Rivlin à la résidence du président à Jérusalem le 22 janvier 2020. Photo Hadas Parush/Flash90

Les Palestiniens ont déposé devant la commission de l’ONU une résolution pour définir «l’occupation continue d’Israël» comme définitive et non provisoire en demandant de revenir à la résolution 242 spécifiant que la présence d’Israël dans les territoires devait prendre fin dans le cadre de négociations : des territoires en échange de la paix.

Le résultat du vote sur le projet de résolution portant sur les pratiques israéliennes «affectant les droits humains du peuple palestinien dans les territoires et Jérusalem-Est» a été clairement en faveur des Palestiniens : 98 États ont voté pour, 17 contre et 52 se sont abstenus. Les Etats-Unis ont voté contre avec l’Allemagne, le Canada, la République tchèque, l’Australie, l’Autriche et l’Italie. La France, quant à elle, s’est distinguée en s’abstenant. La résolution doit maintenant passer devant l’Assemblée générale des Nations Unies afin d’entrer en vigueur.

Le Quai d’Orsay a encore frappé car la France n’a pas fait preuve de solidarité européenne en ayant un vote différent des grands pays de l’UE. Il n’y a rien d’étonnant à ce que la France suive toujours les pays arabes dans les résolutions anti israéliennes. C’est une constante depuis 1958. Le président Macron a toujours montré une réticence viscérale vis-à-vis d’Israël depuis le jour où il a subi en 2016 l’affront de ne pas être reçu en Israël par Netanyahou en tant que ministre de l’Économie du président Hollande.

Il avait d’ailleurs montré par la suite sa mauvaise humeur en annulant la visite qu’il devait faire en 2018 en Israël, sans justification sérieuse. À l’époque, l’Ambassadrice Hélène le Gal, qui était toujours convaincue de la qualité exceptionnelle des relations israélo-françaises, attendait en vain les explications détaillées du Quai d’Orsay pour justifier ce recul. Pour aggraver encore plus les relations, le premier ministre Edouard Philippe avait été contraint lui aussi de reporter sine die sa visite ce qui a poussé le président Réouven Rivlin à en faire autant. Il ne s’agissait pas du simple fait du hasard mais d’une volonté politique affirmée.

En fait à l’époque, la décision de Macron venait à point nommé pour éviter à la France de se mouiller dans le processus de paix initié par Donald Trump. Le chef suprême de la diplomatie française avait justifié en privé cette annulation face à la «répression sanglante» par Tsahal des manifestations près de la frontière entre Israël et Gaza.

Emmanuel Macron avait annoncé lui-même sa visite en Israël lors d’un discours devant 170 ambassadeurs de France réunis à Paris. Il avait alors affirmé : «Il est fondamental que la France continue à peser sur la question israélo-palestinienne, nous poursuivrons nos efforts avec l’Onu pour une solution à deux États, Israël et Palestine, vivant côte-à-côte en sécurité dans des frontières reconnues par la communauté internationale, avec Jérusalem comme capitale des deux États. Je souhaite me rendre à cet égard au printemps prochain au Proche-Orient en visite au Liban, en Jordanie, en Israël et dans les territoires palestiniens».

Le Quai d’Orsay avait alors insisté sur la nécessité de ménager les intérêts économiques français «en ne choisissant pas son camp entre l’Arabie saoudite et l’Iran, les deux grands rivaux régionaux au Proche-Orient. Nous n’atteindrons notre objectif qu’à condition de ne pas entrer dans ces grilles de lecture et nous enfermer dans un camp. Certains ont choisi, c’est une erreur. La force de notre diplomatie est de parler à tous».

Après avoir trop préjugé de ses capacités diplomatiques au lendemain de son élection triomphale, le président avait préféré annuler sa visite. Sous prétexte que Donald Trump avait beaucoup de lacunes en politique étrangère, il pensait se substituer à lui, au nom de l’Europe, pour faire avancer le processus de paix israélo-palestinien. Mais les deux présidents s’opposaient sur plusieurs grands problèmes mondiaux pour envisager d’établir des relations de travail étroites avec Donald Trump.

Netanyahou avait compris le blocage politique avec Macron et il s’était rendu à Paris le 5 juin 2018 pour raccommoder des liens distendus. Mais la rencontre fut froide à l’Élysée avec une leçon du président français : «Il ne faudrait pas que la menace que fait peser l’Iran au Moyen-Orient fasse oublier l’importance cruciale de faire avancer sans relâche le processus de paix avec les Palestiniens». L’Élysée avait aussi condamné «les violences des forces armées israéliennes contre les manifestants» et réaffirmé «la désapprobation de la France à l’encontre de la décision américaine d’ouvrir une ambassade à Jérusalem». Dialogue de sourds.

Parce que Mahmoud Abbas avait dit qu’il ne considérait plus les États-Unis comme un médiateur dans le conflit israélo-palestinien, le Quai avait cru que les Américains étaient marginalisés et que Macron pouvait occuper leur place. C’était sans compter sur l’entêtement de Mahmoud Abbas et sur les liens politiques solides entre Netanyahou et Donald Trump. Le président américain avait pris pour un camouflet personnel le vote à l’ONU de la France en faveur de la résolution condamnant la décision américaine de transférer son ambassade à Jérusalem. Le fil était rompu.

Après avoir voulu exploiter son aura en France pour faire de l’activisme international, Macron a compris qu’il ne jouait pas dans la même division que Trump. Alors il a baissé les bras en décidant de s’impliquer le moins possible au Proche-Orient et d’abandonner le «bébé» aux Américains. Les diplomates français ne cessent de rabâcher que Macron garde de bonnes relations avec Israël et Netanyahou sous prétexte de la coopération sécuritaire réelle existant entre les deux pays. Mais le premier ministre israélien reste sourd face aux attaques diplomatiques françaises puisqu’il n’a jamais tenu compte d’aucun avis français.

Macron n’a jamais compris comment on pouvait lui tenir tête ainsi. Le Quai d’Orsay lui a fait comprendre que son voyage ne se justifiait plus. Pourtant, lors de sa nomination comme premier ministre de transition, Yaïr Lapid avait fait son voyage à Paris. Mais cela n’a entraîné aucune conséquence tangible.  Le président français n’a fait aucun effort face à un intérimaire sans chercher à l’aider pour les élections.

La France sera à nouveau face à Benjamin Netanyahou qui n’est pas en odeur de sainteté en France. La question reste de savoir si Macron restera le seul président français, à l’exception de Mitterrand, Sarkozy et Hollande, à ne pas faire de voyage officiel d’État en Israël. Il avait fait une petite virée au cinquième Forum mondial sur l’Holocauste, le 23 janvier 2020 à Yad Vashem. Il est vrai qu’il a aujourd’hui d’autres chats à fouetter en France pour faire des voyages touristiques.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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