La politique au temps du Corona

Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tenant une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 16 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu tenant une conférence de presse au bureau du Premier ministre à Jérusalem le 16 mars 2020. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Dans son roman « L’amour au temps du choléra », Gabriel Garcia Marquez fait dire à l’un de ses personnages que « [le] royaume de l’amour… est un royaume inclément et mesquin. ». On pourrait en dire autant du royaume de la politique, monde tout aussi inclément et mesquin.

Deux semaines après l’élection du 2 mars, on ignore toujours si sera mis en place un gouvernement minoritaire, un gouvernement d’urgence nationale pour six mois, ou un gouvernement d’union nationale d’une durée plus longue. Ces incertitudes ne doivent rien à la raison mais tout à l’ambition.

On aurait souhaité qu’au temps du Corona, alors que le pays affronte une situation aussi inédite que tragique, les partis auraient eu la sagesse de mettre entre parenthèses leurs divergences  pour former un gouvernement chargé de la lutte contre la pandémie et ses conséquences économiques.

Mais cela revenait à maintenir au pouvoir Binyamin Netanyahou, qui ne pense qu’à y rester alors que tous les efforts de Benny Gantz visent à le faire disparaître de la scène politique. Fort des 61 députés qui ont recommandé au président que le mandat lui soit confié, ce qui est fait depuis le 16 mars, le chef de l’opposition entendait bien faire voter une loi interdisant à un député mis en examen dans une affaire pénale de former un gouvernement. Le scénario était au point. C’était compter sans le Corona qui a conduit à suspendre les travaux de la Knesset. C’est bien le paradoxe de la situation actuelle.

Les discussions pour la formation d’un gouvernement se poursuivent comme si de rien n’était … alors que la situation sanitaire interdit d’agir comme avant pour une période indéterminée. Toutes les manœuvres en cours ne vont pas revaloriser la classe politique aux yeux des Israéliens.

Ils préféreront reporter leur confiance sur les services de sécurité, les services hospitaliers, tous les services publics montrant une efficacité qui ne doit rien au hasard : neutres politiquement, investis de la seule mission de servir le public, ils font preuve d’une compétence et d’un dévouement dont les gouvernants auraient pu s’inspirer.

Mais tout à leurs petits jeux politiciens, ils ont oublié que les élus sont aussi censés servir le pays et non s’en servir. Au terme de cette crise, qui finira bien par se terminer, on peut parier que les Israéliens retiendront le nom de Moshé Bar Siman Tov, directeur général de la santé, plutôt que celui de son ministre Yaacov Litzman, ou celui Shai Babad, directeur général du ministère des Finances, plutôt que celui de Moshé Kahlon.

A l’époque où il est de bon ton de critiquer l’administration comme source de tous les maux, on peut noter que si les responsables politiques font preuve d’un sens de l’intérêt général à éclipses, il y a dans l’appareil d’Etat des hommes et des femmes talentueux sur lesquels le public peut compter. A quelque chose malheur est bon.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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