La mondialisation des conflits réduira-t-elle l’hégémonie américaine ?

Drapeau américain - Libre utilisation - Pixabay
Drapeau américain - Libre utilisation - Pixabay

Le contexte actuel en politique internationale pourrait nous rappeler le «Grand jeu». Mais sommes-nous face à un jeu traditionnel, tel que connu ? Ou faudra-t-il revoir cette théorie et l’actualiser au contexte du 21ème siècle, plus mondialiste que naguère.

Premier constat, la montée en puissance de la République populaire de Chine et ses alliances mondiales, la performance militaire russe et sa sensation de danger face à l’expansion atlantiste (OTAN) versus la compression économique, démographique et hégémonique du «bloc occidental».

Deuxième constat, la crise irano-saoudienne prouve (en partie) une certaine déliquescence de l’armée américaine (dans la région) à riposter face aux alertes militaires iraniennes par ses « proxies » yéménites, puisqu’une attaque engendrerait nécessairement une escalade régionale grave, avec des répercussions directes sur l’ensemble du bloc atlantiste. Ajoutons à cela la guerre contre la Syrie et l’échec atlantiste à mener à bien son projet de destitution militaire de l’état syrien, par une intervention directe de la coalition internationale inféodée à la politique étrangère américaine ou indirecte via un soutien diplomatique et militaire à la rébellion.

Une preuve supplémentaire que resurgissent les défenseurs du déclin impérial américain. D’autres exemples appuient cette idée comme l’incapacité américaine à mener à bien un coup d’État au Venezuela comme fut le cas auparavant contre le gouvernement de M.Mossadegh ou contre S.Alende.

Alors, quelle est la nature de ce nouveau jeu et quels sont ses ingrédients ?

Il convient de rappeler qu’un tel jeu n’est pas nouveau historiquement. Le « Grand jeu » a juste été déplacé selon les enjeux des superpuissances. L’objectif était alors de protéger le « joyau » de la puissance contre les menaces croissantes d’une autre ou des prétendants.

De nos jours, Zbigniew Brzezinski a relancé le concept « d’échiquier » et en a fait le titre d’un livre en 1997 intitulé « Le grand échiquier : la supériorité américaine et ses exigences géostratégiques ». L’administration Bush a rapidement adopté ce livre et l’a transformée en une politique de resserrement des ressources pétrolières de l’Asie centrale – la mer Caspienne et golfe du Bosphore-, et du reste des ressources pétrolières du monde (y compris le pétrole russe lui-même).

Maintenant, l’Iran, et non l’Afghanistan depuis 2001, est l’arène principale du nouveau jeu, pour deux raisons : premièrement, le contrôle des ressources pétrolières, malgré une relative autosuffisance américaine.

Deuxièmement, parce que l’Iran est géographiquement le seul pays qui borde à la fois le golfe et la mer Caspienne, qui supervise également le détroit d’Ormuz et qui contrôle ce « cercle », permet à sa reine de resserrer son emprise sur chaque échiquier.

Inversement, si Pékin est (pour l’instant) incapable d’utiliser à plein escient son hégémonie, et Moscou en chute constante pour des raisons économiques et démographiques, les 2 néanmoins réussissent à réaliser des gains géostratégiques dans ce grand jeu d’échecs, au point de déstabiliser l’ordre mondial post chute de l’URSS. Leur union s’avère gagnante, malgré un orgueil écorché du géant ours.

La réponse de Moscou et de Beijing.

Les Américains ont été les initiateurs du nouveau « Grand jeu », en grugeant de l’influence dans la région Caspienne afin de contrôler ses ressources pétrolières et de l’utiliser comme tête de pont pour envahir l’Afghanistan et resserrer l’étau sur l’Iran. La réaction de la Russie, puis de la Chine, à cette incursion stratégique américaine à grande échelle a été lente et tardive.

Probablement à cause de la reconstruction russe post-chute URSS et de la dépendance chinoise vis-à-vis de la technologie/économie occidentale. Clairement, leur objectif est d’expulser les troupes américaines d’Ouzbékistan, de mettre un terme aux avancées politiques du renseignement et du commerce de Washington en Azerbaïdjan, au Kazakhstan et au Tadjikistan, de transformer le Traité de Shanghai en un mini-OTAN régional et, surtout, de prendre une série de mesures connexes pour protéger l’Iran des visées israélo-américaines en renforçant le système politique implanté par Khomeiny.

Bien entendu, Washington n’est pas resté passif et a réagi sur plusieurs fronts en allumant des feux sur plusieurs fronts sans engager son armée et à moindre coût : sortir du bourbier irakien, devenu une antichambre iranienne, afin de se consacrer à la confrontation avec le dragon et l’ours et le désir d’inclure l’Europe dans le jeu. Cette dernière est plus proche géo-historiquement des pays de l’ex-Union soviétique, en particulier l’Azerbaïdjan, le Kazakhstan, la Géorgie et l’Ukraine, encouragent les mouvances séparatistes en Tchétchénie/Daghestan.

Si l’entité sioniste avait jusque-là le rôle du gendarme au moyen-orient exclusivement, les récentes vagues de naturalisation des relations israélo-arabes laissent envisager une éventuelle union politico-militaire visant à restreindre l’accès à la Chine dans cette région stratégique. Seul le Koweït ose inviter la Chine à s’y installer dans une de ses îles pour profiter de son High-tech, si le projet réussit, verra-t-on un basculement des petits émirats vers le dragon rouge ?

De toute évidence, les conflits entre les trois grandes puissances se déroulent dans une vaste zone géographique. Mais la partie la plus importante de celle-ci était et restera l’Asie et le moyen-orient, chacune pour des raisons différentes. Chose certaine, le jeu sera multiple, la polyvalence des puissances sera mise à l’épreuve, selon les alliances et les parties prenantes actuelles et celles qui montent en puissance comme l’Inde.

Nous le remarquons sur le terrain syrien et de l’Anatolie. En jouant de tous les côtés, avec son ennemi historique turc et son ancienne colonie iranienne, la Russie a réussi à tirer son épingle du jeu et à sauver son allié syrien qui lui confère un accès privilégié à la mer méditerranéenne et des contrats juteux. La Russie se moque des menaces de la Turquie contre le gouvernement syrien.

La Turquie a un plan, celui du néo-ottomanisme comme le décrit l’ancien ministre des Affaires étrangères Davutoglo. Pourtant cette idéologie se contre choque avec les veillées géopolitiques iraniennes, communément appelé le croissant chiite. Et pourtant, les deux unissent leurs efforts dans un sens unique, c’est-à-dire contre l’hégémonisme occidental. Seul gagnant sur ces fronts, les Russes.

Asie du Sud-est et Afrique du Nord

La stratégie navale chinoise devient de plus en plus intimidante, un premier pas d’asseoir sa puissance régionale avant d’étendre son hégémonie vers le détroit de Bab el Mendeb et probablement prochainement au détroit d’Ormuz. Pékin pose ses pions en Méditerranée, notamment au Maroc où il crée une ville économique destinée à implanter ses entreprises. Peut-on croire à une stratégie visant à s’y implanter dans un futur proche, notamment militairement en Algérie ? Cette dernière reste méfiante face au bloc occidental.

Si pour le moment le bloc occidental ne craint aucune influence signifiante dans les domaines militaires et économiques en Afrique du nord, où la distance avec l’Europe n’est que de 15 kilomètres, la crainte est plutôt présente dans la mer de Chine (la langue de bœuf). Les revendications du dragon rouge irritent son voisinage, notamment la puissance nippone.

Il est évident que la puissance modale de toute nation commence régionalement, puis continentale avant de s’étendre vers les quatre coins de la carte. Le bloc atlantiste et ses alliés régionaux du Moyen-Orient oseront-ils dès maintenant mettre fin à cette hégémonie ? Chose certaine, attendre ne fera que compliquer l’équation chinoise au sein des cercles de décision des chancelleries occidentales.

Si guerre mondiale il y a, elle sera sud asiatique. Car les conséquences seront nocives tout d’abord et en premier lieu pour le dragon et son allié russe.

à propos de l'auteur
Politicologue, Walid se préoccupe particulièrement des affaires directes et indirectes concernant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
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