La médisance : un boomerang !!!

La beauté du jour de Kippour est que chacun d’entre nous doit faire une introspection des actions de l’année.

Je me suis souvent demandé si cette introspection pouvait être collective mais en lisant une des plus belles prières de Kippour : « Haténou », « Nous avons pêché », j’ai remarqué que médire est plus grave que voler.

La médisance a été très présente cette année et aucun peuple, aucune religion n’a pu s’empêcher d’en faire.

Comme nous le verrons, la médisance se retourne souvent contre le médisant.

Nous avons assisté cette année à une montée sans précédent de paroles haineuses. Paroles qui se sont retournées contre ceux qui les ont proférées et, plus grave, contre le peuple juif en général.

Le voile, le burkini

Beaucoup ont critiqué le fait que certaines musulmanes portent le voile en ville et mettent un burkini pour aller à la plage.

Tout d’abord, je dois vous confesser que pour moi, cacher les cheveux d’une femme est une aberration.

Certains membres de la communauté juive ont expliqué que nous sommes en France et que tous les citoyens de ce pays doivent se comporter comme des Français. C’est d’ailleurs écrit à plusieurs reprises dans la Talmud : « La loi de ton pays est ta loi. »

Ces mêmes personnes auraient dû quand même réfléchir à deux fois avant de crier haut et fort que le voile est un scandale, que le burkini est une ineptie car, comme je l’écrivais un peu plus haut, cela s’est retourné contre la communauté juive.

Ainsi certains politiques (je ne parle pas des extrêmes droite et gauche) ont déclaré que tout signe religieux doit être banni de l’espace public. Ils ont même précisé que la kippa faisait partie de ces signes. Certaines femmes juives religieuses ont été interdites de plage car elles n’avaient pas une tenue « assez légère » pour se baigner.

La Synagogue devient un forum politique

Le 1er juin dernier sont invités à débattre en la grande Synagogue de la Victoire M. Zemmour et le grand Rabbin Bernheim sur le thème « Qu’est-ce qu’être Français et Juif ? »

Certaines mosquées sont critiquées et, cela à juste titre, quand leurs prêches sont des prêches politiques et non religieux.

Organiser un débat comme celui de la Victoire aurait pu se passer dans une maison communautaire qui, elle, n’est pas un lieu de culte. La grande Synagogue de la Victoire n’a pas de maison communautaire. Ainsi le débat a eu lieu dans un lieu de culte. Personne ne pourra nier que ce débat était un débat politique.

Ceux qui ont préparé cette soirée auraient dû lire l’article 26 de la loi de 1905 qui stipule qu’« Il est interdit de tenir des réunions politiques dans les locaux servant habituellement à l’exercice d’un culte. »

En dehors de toute considération juridique, tout antisémite pourra dire que si la Synagogue offre une tribune à une personne qui défend l’idée que le régime de Vichy a sauvé les juifs français de la déportation, alors pourquoi ne pas défendre ouvertement la collaboration et crier « vive Pétain. ! »

Les enfants doivent avoir un prénom français

Le 6 septembre dernier, ce même Eric Zemmour a déclaré lors de l’émission « C à vous » que « donner un prénom qui n’est pas français à son enfant, c’est se détacher de la France ».

Certains membres de la communauté juive ont applaudi cette déclaration sans réfléchir que les prénoms Haïm, Moshé, Rivka, Haya… ne sont pas des prénoms plus français que Mohamed, Abdel, Malika ou Fatima et que pour les adeptes de M. Zemmour, appeler son fils Haïm ou Mohamed, c’est la même chose, c’est-à-dire une volonté de se détacher de la France.

Comme nous avons pu le voir, la médisance peut se retourner contre soi et plus vite qu’on le pense. Bien sûr il est permis, même conseillé de critiquer son voisin mais ces critiques doivent être constructives et réfléchies car comme l’écrivait Gustave Flaubert « L’excès de critique engendre l’inintelligence ».

Eric Gozlan

About the Author
Éric Gozlan est né en 1964. Il a vécu une grande partie de sa vie en Israël au kibboutz et a servi dans une unité combattante de Tsahal pendant la première guerre du Liban et la première Intifada. Il étudie l’économie en Israël. De retour en France, il est reçu au troisième concours de l'École Nationale de la Magistrature et a travaillé de nombreuses années dans le milieu bancaire et au Conseil de l’Europe. En dehors de son parcours professionnel, Éric a toujours été intéressé par le social et les relations interreligieuses. Il pense qu’il est possible d’arriver à la paix par la religion (puisque les guerres partent souvent de celle-ci). C’est pour cette raison qu’il s’emploie en France à travailler sur le dialogue interreligieux et ce notamment avec l’Imam Chalghoumi Il a été nommé il y a peu par le roi des Roms ambassadeur de sa cause pour la France et a reçu la médaille de la paix en Roumanie. Éric est souvent invité à des congrès pour la paix pour donner son expertise sur certains problèmes Il a participé à deux nombreux colloques sur la paix et le dialogue inter religieux en Corée, Russie, Etats-Unis, Bahreïn, Belgique, Angleterre, Italie, Roumanie… Il est Directeur exécutif de l’Union des Peuples pour la Paix Eric Gozlan écrit dans plusieurs revues dont le Nouvel Observateur en France, Times of Israël en Israël et a publié dernièrement, suite à une demande du Vatican, une étude sur l’apostasie dans le Judaïsme
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