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La libération des otages, un devoir moral !

Alors que nous assistons en ces jours difficiles à l’échange d’otages israéliens contre des terroristes du Hamas, de l’ordre d’un Israélien contre trois terroristes, se pose la question de la légitimité de cette transaction sur le plan éthique et sécuritaire. Cet échange peut-il être considéré comme légitime face aux menaces futures qui pèsent sur la sécurité d’Israël et le moral de la Nation ? La sainteté de la Vie prime-t-elle sur le chantage de terroristes manipulant les parents angoissés ? L’établissement d’une « équivalence » arithmétique de trois contre un ou dans le cas de Guilad Shalit de mille vingt-sept contre un est-elle éthiquement fondée ? N’y a-t-il point atteinte morale et déni de justice à l’égard des familles des victimes dans le fait de libérer des terroristes jugés coupables d’assassinat et autres exactions ?

La délivrance d’otages : une obligation morale

Dans le cas de Guilad Shalit, soldat franco-israélien, otage du Hamas durant près de cinq ans et demi (1941 jours), « monnayé » contre plus de mille terroristes condamnés pour l’assassinat de centaines de civils, le Premier ministre Benyamin Netanyahou déclare, lors du discours qu’il prononce dès le retour de Guilad Shalit en Israël, que sa décision prise en son âme et conscience « fut difficile… Comme dirigeant qui envoie chaque jour des soldats défendre les citoyens d’Israël, je crois que la solidarité… constitue une des pierres de fondement de notre existence ici… Aujourd’hui, Guilad rentre chez lui, dans sa famille, son peuple et son pays. Il s’agit d’un instant empreint d’émotion… mais c’est également un jour difficile… Nous croyons à la sainteté de la Vie, nous sanctifions la Vie. C’est une antique tradition de notre peuple, le peuple juif ». Le principe de la Vie prévaut sur le droit moral des familles endeuillées, justifie de surcroît le déni de justice et dépasse le besoin fondamental de sécurité de l’Etat hébreu. La Vie d’un être humain n’a pas de prix.

Le patriarche Abraham, pourtant apôtre de la non-violence, pratique le premier le devoir de secours armé à Loth, son neveu prisonnier (Genèse 14 : 14-16). Après lui, les Cananéens ayant capturé des Israélites, les Fils d’Israël les attaquent sans même entamer de pourparlers (Nombres 21 : 1-3). David, plus tard, pressé par les siens et le nombre important de femmes et d’enfants prisonniers dont ses propres épouses Ahinoam et Abigaïl, est rongé par le bien-fondé ou non de prendre d’assaut le camp des Amalécites (I Samuel 30 : 1-31). Le prêtre Eviatar n’hésite point à encourager le roi de lever une troupe armée d’urgence et lui promet un succès total.

La source biblique dans ces trois cas est univoque et prône le recours à la force armée pour la prise d’otages ou de prisonniers hébreux. Ce fut le cas pour Entebbe (1976),  pour l’opération menée pour libérer le soldat Nahshon Wachsman[1] et pour la seconde guerre du Liban décrétée en 2006 après le rapt des deux soldats Eldad Reguev et Ehoud Goldwasser. Cent cinquante soldats et civils y trouvent la mort, suscitant un débat : était-il éthiquement légitime de prendre le risque d’une telle conséquence pour deux soldats morts ? Rappelons également que le gouvernement israélien ne décida d’aucune opération militaire d’envergure afin de contraindre les leaders du Hamas à libérer les quatre israéliens Avera Mengistou, Hisham a-Sayid et le retour des dépouilles des soldats Hadar Goldin et Oron Shaoul.

Maïmonide[2] citant plusieurs sources bibliques basées sur l’amour du prochain, affirme qu’il n’existe point de plus noble devoir que celui de venir au secours d’otages[3]. La centralité de cette injonction réside dans le fait qu’elle concentre et renferme en son sein une série de devoirs éthiques prônant l’amour du prochain et la sanctification de la Vie dont nul ne saurait mesurer la suprême et absolue valeur. La jurisprudence juive[4] précise que « celui qui retarde un tant soit peu le sauvetage d’otages alors que son pouvoir lui permet la réalisation sans plus tarder de ce devoir est identifié à celui qui verse le sang ». Dans la même lignée, l’ambassadeur israélien Haïm Herzog, en poste à l’époque, déclare, à l’occasion du Conseil de Sécurité réuni sur la demande du gouvernement ougandais pour condamner le raid israélien sur Entebbe, demande qui sera débouté : « Nous avons un message simple au Conseil : nous sommes fiers de ce que nous avons fait, parce que cela démontre au monde entier que pour un petit pays, Israël en la circonstance… la dignité, la vie humaine et la liberté constituent les valeurs les plus élevées. Nous sommes fiers, non seulement parce que nous avons sauvé la vie d’une centaine de personnes innocentes – hommes, femmes et enfants – mais aussi parce que la signification de notre acte signifie la liberté humaine »[5].

Malgré cette vision, l’option de la punition collective à l’encontre de la population palestinienne visant à faire pression sur le Hamas a toujours été bannie par tous les gouvernements d’Israël.

Une limite au prix de la vie d’autrui ?

La sainteté de la Vie est si cruciale pour les Sages d’Israël qu’ils décident de tracer une limite à l’échange de soldats – à distinguer d’otages à libérer contre une rançon- afin de garantir la sauvegarde du bien collectif au détriment de l’otage : « Le sauvetage d’otages ne peut pas s’effectuer s’il entraîne le dépassement du prix juste à payer et ce, en raison du bien collectif » (Talmud de Babylone, Guitin 45, a).

Un Israélien contre trois terroristes ou contre mille, n’est-ce point là un prix exagéré ?

Le retour historique de Guilad Shalit n’a été permis que par le salaire irrationnel – la rançon- la plus forte jamais « payée » pour un soldat israélien[6], sachant que la plupart des terroristes libérés retournent à leurs activités terroristes, comme le Sheikh Ahmed Yassine et Jibril Rajoub, à l’origine de la première Intifada (1987). Ce prix exorbitant payé pour Guilad Shalit fut approuvé par nul autre que Benyamin Netanyahou, qui pourtant, alors qu’il était ambassadeur d’Israël aux Nations Unies, s’est catégoriquement opposé à la transaction avec Ahmed Jibril : « Dès le début j’ai considéré l’échange Jibril comme un coup mortel à tous les efforts d’Israël pour constituer un front international contre la terreur… J’étais convaincu que la libération de mille terroristes qui entreraient en Judée-Samarie provoquerait inéluctablement une terrible aggravation de la violence, car en effet ces terroristes furent reçus comme des héros que la jeunesse palestinienne imiterait… Les conséquences ne tardèrent point à paraître. Aujourd’hui, il est clair que la libération de mille terroristes constitue une des causes qui… enflamma le feu de l’intifada »[7]. Encore aujourd’hui, Benyamin Netanyahou se voit contraint de libérer un nombre disproportionné de terroristes du Hamas afin de ramener tous les otages en Israël sains et saufs, autant que faire se peut.

Principe de Responsabilité face au principe de Justice

Le Rav Goren[8], s’opposant à la « transaction Jibril », écrit néanmoins que « dans le cas de prisonniers de guerre… alors qu’ils emplissaient…leur tâche de combattant… il n’y a point à tenir compte, lors de leur libération, de la menace sécuritaire que cela risque d’engendrer pour la population et l’Etat, car nous sommes responsables de leur capture… Il ne faut pas leur appliquer le critère « le sauvetage d’otages ne peut pas s’effectuer s’il entraîne le dépassement du prix juste à payer et ce en raison du bien collectif »[9]. Le principe de responsabilité collective à l’égard d’otages prévaut, alors, sur le principe de Justice dont les familles de victimes réclament désespérément l’application.

Le cas présent des familles israéliennes se battant jour et nuit pour le retour de leurs proches, associé à celui de Guilad Shalit, vient rappeler au monde que le peuple d’Israël n’oublie jamais les siens car le prix de la vie est incommensurable. C’est pourquoi, même si la douleur, celle des parents touchés par le drame dû au terrorisme, ne peut aucunement s’effacer, rien ne vaut le retour sains et saufs tant attendu de nos enfants en leur foyer.

Rappelons-nous que six autres Israéliens détenus ou portés disparus n’ont toujours pas connu le sort heureux de Guilad Shalit et des otages libérés du mouvement terroriste Hamas, dont la petite Abigaïl Idan (4 ans), dont les deux parents ont été tués lors de l’attaque meurtrière du 7 octobre 2023, et Elma Avraham, dont l’état de santé est très grave. Ces Israéliens toujours détenus sont Zékharia Baumel, Yéhouda Katz, Tzvi Feldman (11-06-82); Ron Arad (16-10-86); Guay ‘Héver (17-08-97); Majdi ‘Halabi (24-05-05).

Nous gardons espoir de voir bientôt tous les nôtres, enfants, femmes et hommes, et soldats, otages encore détenus par les mouvements terroristes sévissant à Gaza, parmi nous en Israël !

[1] En 1994 le Premier ministre Yst’hak Rabin refuse de libérer le Sheikh Yassin et ordonne de prendre d’assaut le lieu où est caché Nahshon Wachsman, mais les terroristes l’abattent.
[2] Hil’hot Matnot Aniim Chapitre 8 Hala’hah 10; Talmud de Babylone Baba Batra 8 : b d’après Jérémie 15 : 2.
[3] « Tous ceux qui détournent leurs regards de cette injonction outrepassent aux injonctions suivantes : « tu n’endurciras point ton cœur, ni ne fermeras ta main » (Deutéronome 15 : 7) ; « Ne sois pas indifférent au danger de ton prochain » (Lévitique 19 : 16)… « Sauve ceux qu’on traîne à la mort, ne manque pas de défendre ceux qui vont au supplice » (Proverbes 24 : 11)… etc… ».
[4] Shoul’han ‘Arou’kh, Yore Déah 252, 3.
[5] Haïm Herzog, Heroes of Israel, p. 284.
[6] 1969 : 2 civils et 2 soldats israéliens sont échangés contre 71 prisonniers égyptiens et syriens ; 1978 : un soldat israélien contre 76 terroristes ; 1983 : 6 soldats israéliens contre 4 765 terroristes ; 1985 : Transaction Ahmed Jibril : trois otages israéliens, Hezi Shay, Nissim Salem et Yossef Grof contre 1 150 terroristes palestiniens ; 1998 : les restes d’un soldat israélien (Itamar Illiah) contre des dizaines de terroristes ; 2004 : les corps de 3 soldats israéliens (Adi Avitan, Benny Avraham et Omar Souad) et un civil contre 450 terroristes du Hezbollah ; 2008 : les corps de deux soldats israéliens (Eldad Reguev et Ehoud Goldwasser) contre Samir Kountar, 4 autres terroristes et 199 corps de terroristes libanais ; 2011 : Un soldat israélien (Guilad Shalit) contre 1 027 terroristes.
[7] « Une place sous le soleil » (1995).
[8] Le Rav Shlomo Goren (1918-1994). Grand Rabbin de l’armée (1948-1968) ; Prix d’Israël pour ses recherches sur le Talmud de Jérusalem (1961). Lors de la Guerre des Six Jours, il sonne du Shofar devant le Kotel. Grand rabbin de Tel-Aviv-Yaffo (1968-1983); Grand rabbin Ashkénaze d’Israël (1972).
[9] « Torat Hamedinah » p.424.

à propos de l'auteur
Diplômé de l’Institut des Civilisations et Langues Orientales de Paris (INALCO) et certifié de l’Institut Catholique de Paris (ICP) enseigne la Bible (TaNa’Kh), sa langue, son éthique et son histoire. Installé, depuis son Alya en 1989 à Ashkelon, il participe activement au refleurissement d'Erets Israël. Végétarien par conviction morale, Haïm rêve d'une ère nouvelle où les grandes spiritualités pourraient se rencontrer en vue d'instaurer un monde meilleur. Convaincu que le retour du peuple d’Israël en Erets-Israël annonce la restauration de l'idéal de fraternité abrahamique, il encourage le dialogue interreligieux dans le respect de l'autre
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