La lettre maison

Oui, j’ai dit oui. Le 9 mars dernier vers 16h, Isabelle est devenue mon épouse à Montreuil sur mer. Elle a eu la bonne idée de placer notre mariage sous le signe de la lettre Beth. Cette lettre était imprimée sur notre livret de messe avec plusieurs citations dont une de Marc-Alain Ouaknin :

« Première et seconde à la fois, cette lettre maison dit que le vrai commencement est dans la force de recommencer. Nous ne nous répétons pas mais nous recommençons et en recommençant nous naissons (…) Toute maison porte dans son espace la force du recommencement dont nous avons besoin pour vivre. ».

Et puis il y a eu quelques lectures lues par mon beau-frère Patrick, une de mes belles-sœurs Lydia, des amis, Antoine, Verna, et ces versets de la Genèse lu par ma belle-mère Nicole : « L’Éternel Dieu forma l’homme de la poussière de la terre (…) Un fleuve sortait d’Éden pour arroser le jardin… » etc, mais aussi un passage de l’Apocalypse de Jean lu par notre témoin Robert. Se marier, c’est dire publiquement, par un rituel, qu’un couple construit sa maison commune dans l’amour, aux regards des autres : les familles, les amis, les lointains tout proches.

J’écris ces lignes sous le choc de l’incendie de Notre Dame de Paris survenu le 15 avril dernier. Et bien là encore, il s’agit de recommencer, de construire de nouveau une œuvre dont les racines sont dans la Torah. Mais, humour oblige, et pour mettre des mots sur cette catastrophe, je pense plus à François Rabelais qu’à Victor Hugo. Certes, pour conjurer l’incendie par les mots ou les images, le roman « Notre Dame de Paris » et le dessin animé « Le bossu de Notre Dame » de Walt Disney viennent immédiatement à l’esprit, mais Rabelais rappelle mieux que quiconque que le sacré n’est jamais loin d’un éclat de rire :

« Il (Gargantua) visita la ville : et fut vu de tout le monde en grande admiration. Car le peuple de Paris est tant sot, tant badaud, et tant inepte de nature qu’un bateleur, un porteur de rogatons, un mulet avec ses cymbales, un vielleux au milieu d’un carrefour assemblera plus de gens, que ne ferait un bon prêcheur évangélique. Et tant molestement le poursuivirent : qu’il fut contraint soi reposer sur les tours de l’église notre Notre-Dame. Auquel lieu étant, et voyant tant de gens, à l’entour de soi : dit clairement : « Je crois que ces maroufles veulent que je leurs paye ici ma bienvenue et mon proficiat. C’est raison. Je leur vais donner le vin. Mais ce ne sera que par ris. Lors en souriant détacha sa belle braguette, et tirant sa mentule en l’air les compissa si aigrement, qu’il en noya deux cent soixante mille, quatre cent dix et huit. »

Voilà une scène extravagante ! Un géant s’assied sur les tours de Notre Dame de Paris et « compisse » sur des « Maroufles » en riant. Autrement dit, Gargantua grimpe sur les tours de la cathédrale, tire sa « mantule » de sa « belle braguette » et noie joyeusement d’un jet 260 418 personnes (selon Rabelais), de quoi éteindre plusieurs incendies.

Mais je m’égare et reviens à mon mariage avec Isabelle et à cette belle lettre Beth… La maison… Elle me fait penser au mot « accueil », à la chaleur d’une main tendue. Vous sonnez, la porte s’ouvre, vous n’êtes pas chez vous, mais déjà vous vous sentez en confiance. Les autres sont vos voisins, vos amis, votre famille, votre amour en devenir, ils vous accueillent. Isabelle m’a donné sa main ce jour-là, bonheur partagé à deux de se sentir enveloppés par les Ecritures. Nous avons lu conjointement devant l’assemblée un passage du Cantique des Cantiques :

« Au matin, nous irons dans les vignes, nous verrons si les pampres fleurissent, si le bourgeon s’est ouvert, si les grenadiers sont en fleurs. »

à propos de l'auteur
Olivier est un cinéaste français ayant réalisé notamment 3 films pour KTO, il est désormais correspondant de presse pour le journal "Croix du Nord". Etant mélomane, il est notamment l'auteur de quelques films sur des compositeurs comme Bruno Mantovani, Bohuslav Martinu, etc... ainsi que de deux livres, l'un sur Mozart et l'autre sur Bob Dylan.
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