La guerre pour le contrôle du Likoud s’intensifie

Photo d'archive, 24 mars 2021, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu saluant ses partisans après les résultats du premier sondage à la sortie des élections législatives israéliennes au siège de son parti Likoud à Jérusalem. (AP Photo/Ariel Schalit, Dossier)
Photo d'archive, 24 mars 2021, le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu saluant ses partisans après les résultats du premier sondage à la sortie des élections législatives israéliennes au siège de son parti Likoud à Jérusalem. (AP Photo/Ariel Schalit, Dossier)

L’accord de plaider-coupable de Netanyahou avait soulagé la direction du Likoud car elle ouvrait la voie à des élections internes pour la direction du parti. Mais le refus de négocier avec le procureur une peine qui exclue la prison a pour conséquence de rebattre les cartes et de maintenir Netanyahou à la tête du parti.

À gauche on pousse un ouf de soulagement car, pour que le doute s’efface définitivement dans un sens ou dans l’autre, il faut une décision de justice afin de statuer sur l’innocence ou la culpabilité de Netanyahou.

Pendant ces deux semaines de négociations, contrairement à son habitude, l’ex-premier ministre a déserté la Knesset. Il s’est borné à publier sur les réseaux sociaux, le 24 janvier, une vidéo dans laquelle il annonce qu’il ne renonce pas au combat politique et judiciaire : «Chers et bien-aimés citoyens d’Israël, ces derniers jours, vous avez prouvé une fois de plus que je ne marche pas seul et que des millions d’entre vous marchent avec moi. Vous m’avez beaucoup ému. Je continuerai à diriger le Likoud et le camp national pour diriger l’État d’Israël, selon la mission que vous m’avez confiée». Netanyahou semble en fait revigoré par tous ses nombreux soutiens qui l’engagent à poursuivre le combat.

Sa décision de rester à la tête du parti a déclenché la stupeur au sein du Likoud car elle signifiait que la bataille pour sa succession était relancée de plus belle. En effet, Netanyahou a refusé la clause de turpitude morale qui se traduisait par un retrait de la politique pendant sept ans, jusqu’à ses 79 ans et qui signifiait la fin de sa carrière politique. Il a donc préféré s’orienter vers un procès qui durera encore quelques années pendant lesquelles il resterait maître du Likoud.

Paradoxalement la coalition respire aussi car l’accord de plaidoyer aurait un impact profond sur le gouvernement de coalition avec le risque qu’il ne survive pas à la nouvelle donne. La politique est toute la vie de Netanyahou et il ne pouvait pas se résigner à sa mort politique. Il sait pourtant que son avenir politique est bloqué et que son avenir juridique est encore plus incertain. Mais rien n’y fait ; il adore le combat et la quête financière qui a été lancée pour payer son procès l’a confirmé dans son entêtement.

Le don de quatre millions de shekels est à la limite de l’indécence quand on sait que le journal sérieux Globes l’a classé en quatrième position des politiciens les plus riches, juste avant Naftali Bennett. La première place est occupée par Nir Barkat, ancien maire de Jérusalem dont la richesse, 128 millions d’euros, a pour origine le secteur du hightech. Erel Margalit est classé n° 2, avec une fortune personnelle estimée à 63 millions d’euros. L’ancien ministre Sylvain Shalom occupe la 3ème place avec 42,8 millions d’euros. Le patrimoine de Netanyahou est estimé à 12 millions d’euros faisant de lui un homme plus riche qu’Obama dont la fortune est évaluée entre 1,7 et 6,1 millions d’euros. Netanyahou possède par ailleurs une maison à Césarée et un appartement dans le quartier de Rehavya à Jérusalem, évalués ensemble à 7 millions d’euros.

Les inconditionnels de Netanyahou estiment que les accusations, fausses de toutes pièces, ont été inspirées par les «gauchistes» et par l’élite du système judiciaire. Comme il fallait s’y attendre, tous les courageux prétendants au leadership du Likoud se sont aplatis en chœur pour publier des vidéos et des messages à la gloire du Lider Maximo, préférant ne pas brusquer les évènements jusqu’à la décision finale du Procureur et de la justice.

D’ailleurs la négociation avec Mandelblit n’est pas terminée mais Netanyahou donne l’impression de refuser tout accord. Quoiqu’il en soit, il ne perdra jamais la confiance de ses partisans et sa popularité restera intacte. Il semble qu’il ait décidé de renégocier dans un mois avec le successeur de Mandelblit qui pourrait lui être plus favorable.

Pendant ce temps, les partisans d’Israël Katz lancent des ballons d’essai faisant croire qu’il négocie la création d’un nouveau gouvernement Likoud avec l’appui de membres de la coalition actuelle.  Le ministre Eli Avidor laisse aussi entendre que des négociations secrètes vont dans ce sens : «Nous savons tous que certains ministres tiennent des dialogues ultra-secrets avec des candidats à la tête du Likoud, assurant le démantèlement de la coalition et conduisant à des transfuges. Nous ne devons pas leur laisser le temps de réaliser leurs plans».

Il est certain que les chefs de la coalition, Naftali Bennett et Yaïr Lapid, préfèrent le maintien de Netanyahou à la tête d’un Likoud affaibli par les problèmes judiciaires de leur leader et par les querelles intestines des prétendants liées à la guerre de succession. En effet, une nouvelle commission d’enquête le menace parce que le gouvernement entend faire la lumière sur des soupçons de corruption autour d’un contrat pour l’achat de sous-marins à la société allemande ThyssenKrupp.

En 2020, Avichai Mandelblit avait refusé d’enquêter sur ce dossier, préférant se concentrer sur les trois autres affaires concernant des accusations de corruption, de fraude et d’abus de confiance. Les accusateurs n’ont pas l’intention de désarmer et ils veulent aller jusqu’au bout d’un procès. C’est surtout l’espoir de ceux qui attendent à la porte du bureau de Netanyahou pour récupérer son bureau.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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