La guerre à Gaza marque un tournant dans les relations Juifs-Arabes en Israël

Le 7 octobre 2023 fera date dans l’histoire des relations intercommunautaires : les Arabes d’Israël n’hésitent plus à affirmer leur appartenance à l’Etat juif et à dénoncer les crimes perpétrés par le Hamas.

La guerre Israël-Hamas aura eu un impact pour le moins inattendu au sein de la société israélienne ; les relations judéo-arabes, tendues depuis la création de l’Etat juif, semblent s’être apaisées pour laisser la place à la solidarité de toute la société civile autour d’un destin commun.

Nul doute que les atrocités commises par les terroristes du Hamas ont marqué un tournant dans les relations entre Juifs et Arabes d’Israël ; pour la première fois peut-être, les Arabes israéliens affirment, à une écrasante majorité, leur sentiment d’appartenance à l’Etat juif et clament qu’ils veulent y rester.

Sous le choc

Les terroristes du Hamas n’ont pas distingué les Juifs des Arabes ; les musulmans, bédouins, druzes et chrétiens, ont été durement frappés par les attaques et comptent de nombreuses victimes.

Les bédouins du Néguev ont été touchés de plein fouet par l’attaque du Hamas : leur communauté compte 20 morts, 7 otages et de nombreux blessés. De même, plusieurs soldats druzes ont été tués en combattant le Hamas dans les kibboutzim du sud d’Israël et lors des combats dans la bande de Gaza.

Comme tous les Israéliens, les Arabes de toutes conditions ont été écœurés par les massacres du 7 octobre : cette fois-ci, et contrairement aux guerres passées, de nombreux membres de la société arabe ont exprimé leur soutien à l’Etat, affirmant ouvertement qu’Israël a le droit de se défendre.

Comportement exemplaire

Certes, il y a eu aussi des membres de la société arabe qui ont pris fait et cause pour les terroristes du Hamas, notamment certains députés de la Knesset. Il n’empêche que la grande majorité des dignitaires arabes a refusé de s’associer aux appels à la solidarité par des actes de violence lancés par le Hamas pour ouvrir un front intérieur, en Israël comme en Cisjordanie.

Les dirigeants de la police israélienne ont même souligné le comportement exemplaire des citoyens arabes ; la crainte était de voir se reproduire les émeutes et affrontements intercommunautaires entre Juifs et Arabes de mai 2021 à l’occasion d’un précédent affrontement entre Israël et le Hamas dans la bande de Gaza.

Or depuis le 7 octobre, aucun incident ni manifestation impliquant des Arabes n’ont été relevés ; de nombreux appels au calme ont été lancés par des élus arabes qui ont fait preuve de courage et de leadership. C’est notamment le cas de Mansour Abbas, député du parti islamiste Raam, qui a dénoncé les massacres et exigé la libération immédiate de tous les otages.

Identification à l’Etat juif

Le tournant que connaît la société arabe vient d’être confirmé par une enquête réalisée récemment par l’Institut israélien de la Démocratie sur les enjeux et défis de la guerre à Gaza.

A la question « Vous sentez-vous partie intégrante de l’Etat d’Israël et de ses problèmes ? », 70 % des Arabes ont répondu par la positive. C’est un taux record jamais enregistré dans le sentiment d’appartenance des Arabes israéliens à l’Etat juif.

C’est là le véritable tournant opéré par la société arabe : les Arabes d’Israël n’hésitent plus à affirmer ouvertement leur identification à l’Etat juif et à déclarer qu’ils ne souhaitent pas aller vivre ailleurs, le tout sans y voir une contradiction avec leur culture palestinienne.

Le taux d’identification est particulièrement fort chez les Druzes et les Chrétiens (84 %) et plus modéré chez les Musulmans (66 %) : il n’empêche que dans toutes les communautés religieuses, cette proportion constitue une majorité significative.

Par ailleurs, une segmentation par âge montre que la plus forte augmentation du sentiment d’appartenance des Arabes à l’Etat d’Israël s’est produite parmi les jeunes âgés de 18 à 24 ans (44 % en juin dernier contre 70 % en novembre).

Reste à savoir comment le gouvernement israélien va saisir cette tendance positive pour renforcer le sentiment d’appartenance des Arabes à leur pays ; des investissements massifs dans l’éducation, l’emploi et le logement comme dans la sécurité individuelle, sont nécessaires pour accélérer l’intégration des citoyens arabes à la société israélienne.

à propos de l'auteur
Jacques Bendelac est économiste et chercheur en sciences sociales à Jérusalem où il est installé depuis 1983. Il possède un doctorat en sciences économiques de l’Université de Paris. Il a enseigné l’économie à l’Institut supérieur de Technologie de Jérusalem de 1994 à 1998, à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 2002 à 2005 et au Collège universitaire de Netanya de 2012 à 2020. Il est l’auteur de nombreux ouvrages et articles consacrés à Israël et aux relations israélo-palestiniennes. Il est notamment l’auteur de "Les Arabes d’Israël" (Autrement, 2008), "Israël-Palestine : demain, deux Etats partenaires ?" (Armand Colin, 2012), "Les Israéliens, hypercréatifs !" (avec Mati Ben-Avraham, Ateliers Henry Dougier, 2015) et "Israël, mode d’emploi" (Editions Plein Jour, 2018). Dernier ouvrage paru : "Les Années Netanyahou, le grand virage d’Israël" (L’Harmattan, 2022). Régulièrement, il commente l’actualité économique au Proche-Orient dans les médias français et israéliens.
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