La géopolitique du Soft Power iranien, le cas de la Syrie

Le président de la République islamique d'Iran, Hassan Rohani, s'adressant au débat de la 71e assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU à New York, le 22 septembre 2016. Photo par Amir Levy / FLASH90
Le président de la République islamique d'Iran, Hassan Rohani, s'adressant au débat de la 71e assemblée générale des Nations Unies au siège de l'ONU à New York, le 22 septembre 2016. Photo par Amir Levy / FLASH90

Le « Soft Power » au service de la géopolitique iranienne, il est un outil pour la république islamique l’Iran  d’asphalter son influence politique et surtout religieuse au Moyen-Orient. En utilisant la prépotence militaire et le passé civilisationnel perse comme un avantage concurrentiel, à la fois identitaire et culturel, l’influence idéologique devient plus fertile à exploiter. Le commerce et les échanges culturels avec l’Iran demeurent le vecteur de consolidation des liens diplomatiques et militaires.

Les états sunnites reprochent à la Syrie, mais aussi à certains pays alliés de la république islamique, de subir un endoctrinement culturel et de se ranger du bord de l’idéologie « Khomeiniste, voire une sujétion à la Welayat el fakih  » , et depuis 2011, un alignement économique, surtout après les sanctions occidentales et de la ligue arabe. Au fur et à mesure que l’influence religieuse iranienne grandit au sein du prétendu croissant chiite (Liban-Syrie-Irak et Bahrein, un mythe popularisé par le roi de Jordanie dès 2004), son pouvoir au Moyen-Orient augmente et devient un risque pour la sécurité de l’Arabie saoudite.

Après la libération militaire du sud syrien (Deraa, noyau du soulèvement contre Damas) de la joute des groupes djihadistes, le personnel iranien a mis en place des postes militaires et des réseaux de sécurité dans la province de Deraa. Parallèlement, les gardiens de la révolution, leurs supplétifs du Hezbollah libanais et forces auxiliaires ont construit au moins huit centres religieux chiites locaux et cinq écoles religieuses.

Conscient de la situation économique et de la sécurité catastrophiques dans la région, l’Iran offrirait également des emplois aux jeunes résidents sunnites sans les astreindre à prendre les armes. Pour environ 200 dollars par mois, beaucoup de ces jeunes hommes au chômage préféreraient rejoindre les troupes iraniennes dans des rôles non combattants (Sources : Washington institute, divers médias pro-Iran comme Al Mayadeen, Al Manar…).

À l’est, l’Iran a déployé une stratégie d’engagement tribal dans la région de Deir Ezzor, achetant la loyauté locale et fournissant une assistance matérielle. Par exemple, de nombreux membres des Baggara – une tribu sunnite – collaborent étroitement et ouvertement avec les auxiliaires iraniens/irakiens du Hached pour établir des écoles et des centres religieux.

La décision de l’état syrien d’ouvrir des départements et chaires de recherche en langue farsi dans plusieurs établissements d’enseignement, notamment l’Université de Damas, l’Université Baath de Homs et l’Université de Tishreen à Lattaquie, confirme également l’objectif de l’Iran d’ordonnancer une présence transgénérationnelle en Syrie.

Les cours proposés par ces départements comportent un large éventail d’encouragements pour augmenter le nombre de Syriens inscrits : les estudiantins ne sont pas obligés de s’inscrire dans des programmes à graduation pour y étudier, les jeunes non-universitaires sont aussi acceptés, les frais universitaires uniformes peuvent ne pas s’appliquer et les cours comprennent des voyages d’immersion en Iran. Ce dernier désire rétrograder l’influence russe, plus présente et enracinée.

Le président Bachar Al Assad tend à parrainer cette émergence iranienne pour équilibrer et réduire la puissance russe à l’intérieur. L’Iran a ouvert un certain nombre d’institutions et de collèges de langues à Damas, Hama et Deir Ezzor. Les élèves reçoivent également des soutiens financiers dans ces programmes sans y être à temps plein. Tout cela rend l’image des Iraniens appréciable et cela est palpable jusque dans les manuels scolaires* du ministère.

La chercheuse Maura Parisi résume bien la politique iranienne culturelle « Conférences, cours de langues, activités de traduction, création auprès des universités syriennes de diplômes, de masters, de doctorats en langue persane, bourses d’études pour les universités iraniennes, projets de coopération entre différents instituts de recherche, traduction de films et téléfilms iraniens pour la télévision syrienne, bibliothèque multimédias avec quelque 10 000 documents en persan et 4 000 en arabe, sans compter les CD-ROM, les journaux et les magazines »**.

Autre outil apprécié des Syriens, et musulmans en général, la restauration des mausolées et la construction de mosquées avec une sublime architecture perse.

La République islamique jouit d’un autre avantage, comme la Turquie, celui de la diversité ethno-religieuse. Dans le même esprit que les Turcs qui utilisent les Arméniens, les Kurdes et Turkmènes pour leur expansion, la diversité multiethnique, linguistique et religieuse de l’Iran devrait également être considérée comme un socle important de la panoplie d’outils de Soft Power du pays.

L’Iran officiel embrasse cette diversité, non seulement pour son marketing politique extérieur, mais surtout pour assurer la stabilité interne et pour se distinguer de son rival saoudien. Ainsi dévoiler au monde que le pays demeure une société ouverte et bienveillante. Avec un certain nombre de groupes militants, conçus sur des bases ethniques, et souvent ayant des bureaux satellites extérieurs, cette stratégie ambitionne à gagner le cœur et l’esprit des minorités ethniques hors du pays, afin de consolider leur fidélité à leur terre d’origine.

En parallèle, l’Iran use à la fois ses propres congrégations culturelles que celles des autres pays à majorité chiite comme l’Azerbaïdjan, l’Irak ou le Bahreïn, ou ayant des minorités chiites comme le Liban, qui possède une grande mosaïque immigrante mondialisée, ou l’Afghanistan, l’Inde, le Pakistan, le Yémen etc.

Ifilm, Al Manar, Al-Mayadeen, PressTv, Al Alam  et autres médias financés par l’Iran joue un grand rôle dans la politique étrangère vis-à-vis de la Syrie. Une dizaine de chaines télévisuelles a vu le jour avec l’acharnement médiatique des pays du Golfe persique sur la Syrie. Au niveau de la Drama iranienne, le message social / humain passe en premier, tandis que les chaines d’informations se concentrent sur le message politique anti-impérial « américano-sioniste ».

*Histoire moderne et contemporaine des Arabes, Terminale L, Ministère de l’Éducation, Damas, 1993-1994, p.357.

** Talal Atrissy, « L’image des Iraniens dans les manuels scolaires arabes », CEMOTI, n° 22, mars 2005

à propos de l'auteur
Analyste politique région MENA, Walid se préoccupe particulièrement des affaires directes et indirectes concernant le Moyen-Orient et l'Afrique du Nord.
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