La France sceptique sur le plan de paix Trump

Le président français Emmanuel Macron rencontrant le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, le 22 janvier 2020. Photo par STR
Le président français Emmanuel Macron rencontrant le président palestinien Mahmoud Abbas à Ramallah, en Cisjordanie, le 22 janvier 2020. Photo par STR
Fidèle à la politique appliquée depuis des décennies par le Quai d’Orsay, Emmanuel Macron a refusé de s’engager plus en avant dans les méandres de la politique moyen-orientale. Chez les diplomates, en majorité de tendance anti-israélienne, seule la Direction des affaires politiques fait exception grâce à ses néoconservateurs favorables à Trump, donc à Israël.
Le président français n’a jamais réussi à se faire adouber ni par les Palestiniens et ni par les Israéliens comme caution politique pour agir en tant qu’arbitre de leur conflit. De plus, il n’a jamais cherché à s’impliquer auprès du président américain pour tenter de trouver une solution commune pour la région.

En fait il ne croit pas en la réussite du plan Trump et il est convaincu qu’il doit abandonner le dogme de deux États pour deux peuples. Il a justifié son pessimisme sur les chances de réussite du plan Trump : «Il faut être deux pour faire la paix. On ne peut y parvenir avec une seule partie». Il entérine ainsi le fait que les Palestiniens refusent de s’impliquer dans une quelconque discussion sous l’égide des Américains. Ce n’est pas pour autant que l’Europe accepte de s’immiscer dans les affaires palestiniennes.

Emmanuel Macron a jugé maladroit le fait que Netanyahou se trouve aux côtés de Trump lors de l’annonce du plan, en l’absence d’une personnalité arabe tandis que les Palestiniens n’ont pas été consultés pour l’élaboration du plan. Le président français a rejeté ce plan en raison, selon lui, de ses clauses trop complaisantes à l’égard d’Israël.

En revanche, ayant perdu son statut d’arbitre, il sait qu’il ne peut présenter de plan français qui serait d’office rejeté par Netanyahou. Il a préféré éluder les deux aspects positifs d’un projet qui prévoit la création d’un État palestinien et qui attribue une partie de Jérusalem et quelques villages périphériques aux Palestiniens pour y installer leur capitale. Les nationalistes juifs ont dû d’ailleurs avaler des couleuvres pour faire semblant d’accepter ce à quoi ils se sont toujours opposés.

Effectivement Macron n’avait pas apprécié certains passages du discours de Trump à l’intention de Netanyahou : «les territoires que je vous ai donnés», en parlant de certaines implantations de Cisjordanie et de la vallée du Jourdain comme s’il en était propriétaire. Par ailleurs, il avait été choqué de ne pas avoir été mis en copie du plan avant sa publication officielle comme cela se fait entre alliés. Certes, rien ne pouvait l’étonner de la part d’un Donald Trump qui n’est pas dirigeant à se comporter en gentleman vis-à-vis de ses alliés.

Malgré ces réserves, Macron a été contraint de « dicter » au Quai d’Orsay la déclaration diplomatique officielle mais froide de la France : «La France salue les efforts du président Trump et étudiera avec attention le plan de paix. Elle exprime sa conviction que la solution des deux États est nécessaire à l’établissement d’une paix juste et durable et continuera d’agir en ce sens en lien avec les États-Unis».  Plus langue de bois, tu meurs.

Les diplomates français s’attendaient à une réaction ferme du président Macron mais il a préféré choisir la mollesse d’une déclaration équilibrée pour ne pas entrer en conflit avec Israël, déjà très susceptible quand il s’agit d’un texte venant du Quai. Le chef de la cellule diplomatique de l’Élysée, Emmanuel Borne, a tout fait pour empêcher la diffusion d’un texte «aussi minable, une mascarade Trump-Netanyahou réalisée sur le dos des Palestiniens» mais il n’a pas eu gain de cause. Il ne fallait pas envenimer les choses.

Macron a accepté cependant de rectifier le tir en faisant une déclaration au Figaro, puis ensuite en marge d’un diner avec la communauté arménienne. Pour diminuer l’impact du communiqué mou du Quai d’Orsay, Macron a expliqué croire plutôt à «deux souverainetés», une manière sibylline et sémantique de s’éloigner de la solution à deux États sans que l’on sache précisément la signification réelle de ces propos.

Il semble ainsi marquer une évolution de la position de la France sur le conflit palestinien. Mais parler de souveraineté sans parler d’État est une manière d’affirmer son embarras à moins qu’il ne s’agisse d’une prise de position pour favoriser un État binational avec obligation pour les Israéliens, soit de donner les mêmes droits aux Palestiniens, soit de légaliser une sorte d’apartheid.

Il a ensuite chargé le ministre des affaires étrangères, Jean-Yves le Drian, de moduler le communiqué du Quai d’Orsay en annonçant au Grand Jury RTL le 2 février qu’il «saluait les efforts des États-Unis en faveur de la paix». Mais il a annoncé ensuite sa volonté d’organiser une réunion au Conseil de sécurité pour discuter de ce plan. La réaction de Trump a été immédiate ; il n’y aura pas de discussion

Moralité : ni la France et ni l’Europe ne peuvent avoir de position politique commune face à l’intransigeant Trump. Quant à Mahmoud Abbas, qui compte sur l’intervention de l’Europe pour l’aider dans son bras de fer avec Donald Trump, il n’a aucune chance de voir quiconque s’opposer aux Américains. Par son intransigeance, la création d’un État palestinien est remise aux calendes grecques.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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