La fin de la guerre ? Pas dans nos têtes

Les fenêtres de l'appartement d'Élodie Tordjman, détruites par le souffle causé par l'impact d'un missile à proximité de son habitation, en juin 2025 lors de la "Guerre des 12 jours" avec l'Iran. (Crédit : Élodie Tordjman)
Les fenêtres de l'appartement d'Élodie Tordjman, détruites par le souffle causé par l'impact d'un missile à proximité de son habitation, en juin 2025 lors de la "Guerre des 12 jours" avec l'Iran. (Crédit : Élodie Tordjman)

Israël, mardi 24 juin :

Demain il y a école, la guerre est terminée.

J’ai failli tomber de ma chaise en recevant les messages WhatsApp nous sommant de retourner à la normale après 12 jours de bombardements.

Un missile tombé dans le quartier a soufflé les portes fenêtres du salon, qui ne sont pas encore réparées. Le matin même, nous étions réveillés à 5h00 pour nous réfugier dans les abris. J’en suis encore abasourdie.

Allez, tout le monde retourne bosser. Les gosses à l’école, les parents en réunion avec les collègues et clients. Les magasins, esthéticiennes, médecins et garagistes rouvrent leurs portes.

Oh, wow, une seconde, qui a brusquement changé de chaîne ? Est-ce vraiment sûr ? Où sont passés l’Iran, les missiles, les mollahs ?

En Israël, passer à autre chose est une nécessité, mais voila : on est fatigués. Il y a la fatigue physique bien sur ; qui peut s’habituer à un exercice de cardio sous contrainte avec danger de mort imminent ? Se réveiller en sursaut au son de l’alarme agressive du téléphone, courir avec ses enfants vers l’abri antimissile, attendre, regarder avec angoisse les informations, essayer de se rendormir après. C’est un sport-torture qui n’a même pas l’avantage de faire mincir.

Et puis, il y a la fatigue mentale. Cette résilience insupportable qui fait la fierté du pays, qui nous permettra de toujours nous en sortir même si on est épuisés. Dire non à l’islamisme, à la soumission, cela devient une seconde nature, voire une activité à plein temps.

Cela dit, la page ne peut guère être tournée si vite, nous ne sommes pas des ordinateurs à formater du jour au lendemain.

Ce mardi encore, quatre personnes sont mortes dans les bombardements. Quatre décès impossibles. Un jeune de 18 ans – a-t-on idée de mourir si jeune – avec sa maman et sa petite amie belle comme un cœur. Une grand-mère aussi.

Des questions affleurent et restent en suspens.

  • Comment se porte le peuple iranien, et où en est son régime cruel ?

L’affaire n’est pas classée, l’œuvre des mollahs se poursuit en Iran où arrestations et condamnations à mort continuent. À l’étranger aussi le poison islamiste se répand, au gré des élections, sur fond de violence antisémite à New York, Paris ou ailleurs.

  • Et nos otages israéliens ?

L’affaire n’est pas classée, 50, morts ou vifs, ne sont pas revenus de l’Enfer où ils sont prisonniers sans que même la Croix Rouge ne vienne leur apporter un verre d’eau.

  • Et le conflit à Gaza ?

L’affaire n’est pas classée. Mon cœur s’étouffe ce matin à la lecture des nouvelles. Sept soldats dans leur vingtaine ont encore péri dans un attentat atroce à la voiture piégée. Ils avaient la vie devant eux. Le Hamas continue de vouloir anéantir et terroriser les civils palestiniens et israéliens.

  • Finie la guerre ?

Je n’en ai pas l’impression, mais nous n’avons d’autre choix que de nous relever.

Personne ici ne peut se cantonner au rôle reposant de spectateur, pour une raison simple : nous sommes les acteurs de cette réalité dont seul l’Éternel connaît la suite.

Retour à la normale, circulez, il n’y a rien à voir.

À quand date la dernière période « normale » ? Il y a 12 jours ? Il y a 21 mois avant le 7 octobre ? Avant la période COVID, début 2019 ? Nous ne savons plus ce qu’est la normalité.

Tout cela est contrebalancé par de bonnes nouvelles d’une autre dimension :

  • l’affaiblissement du régime des mollahs,
  • le soutien américain,
  • les performances sans précédent des frappes chirurgicales israéliennes,
  • et la puissance des renseignements.

Pourtant, le rythme cardiaque du corps, les sons et les réveils violents sont reliés à notre mémoire. L’être au monde des Israéliens est en dissonance avec les victoires annoncées sur l’arrêt du programme nucléaire iranien et l’injonction de reprendre une vie normale.

Le temps historique s’avance vers la lumière, mais la poussière n’a pas fini de retomber sur nos corps meurtris de fatigue.

On ne peut pas oublier la guerre et les missiles en appuyant sur un interrupteur. Nous ne sommes pas des ordinateurs.

Bonne nouvelle, il a été décrété que la guerre était finie. Une certaine forme de déni ; c’est peut-être la seule voie possible qui fait tenir le peuple juif depuis 3000 ans.

à propos de l'auteur
Née à Paris, Elodie a étudié à la Sorbonne, Sciences Po puis à l'Essec. Elle a travaillé entre autres pour le Gouvernement puis pour des ONG, avant de se tourner vers l'entrepreneuriat et le Marketing. Amoureuse des mots et météo-dépendante, elle vit aujourd'hui pres de Tel-Aviv.
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