La faute de M. Bennett

Le Premier ministre israélien Naftali Bennett présidant une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 5 décembre 2021. (Gil Cohen-Magen/Piscine via AP)
Le Premier ministre israélien Naftali Bennett présidant une réunion du cabinet au bureau du Premier ministre à Jérusalem, le dimanche 5 décembre 2021. (Gil Cohen-Magen/Piscine via AP)

Tout allait bien pour lui. Le budget avait été adopté, et il avait réussi à faire revenir rapidement un couple d’Israéliens arrêtés à Istamboul. Soucieux de prendre rapidement les décisions qui s’imposaient avec l’apparition du variant Omicron, il convoqua une conférence de presse et un Conseil des ministres prenant de premières mesures dont deux devaient susciter la polémique : une décision restaurant les pouvoirs du Shabak (Service de sécurité générale) pour suivre les personnes contaminées ; une recommandation faite aux Israéliens d’éviter de voyager à l’étranger.

La première devait s’avérer exagérée lorsqu’on eut le sentiment que le nouveau variant pouvait être combattu par les moyens classiques. La seconde, car la recommandation de ne pas voyager ne fut pas suivie par l’épouse du Premier ministre qui emmena ses quatre enfants en vacances à l’étranger (apparemment contre l’avis de son mari).

Jusqu’à présent Gilat Bennett avait plutôt bonne presse : souriante, discrète et modeste, on ne pouvait s’empêcher de faire certaines comparaisons… Le Premier ministre, quant à lui, n’avait pas fait de graves erreurs depuis sa nomination : les difficultés au sein de sa coalition venaient des différences idéologiques et des intérêts divergents entre les principaux ministres.

Le Premier d’entre eux s’évertuait, souvent avec succès, à mettre fin aux polémiques en adoptant un ton conciliateur effaçant l’image d’extrémiste qu’il avait auparavant. En une semaine, il a accumulé les fautes, revenant sur sa décision concernant le Shabak, et subissant les critiques concernant le voyage de sa famille. Il y eut plus grave : au cours d’une conversation difficile avec le secrétaire d’Etat américain, Anthony Blinken, il a employé un ton susceptible de froisser l’administration Biden.

C’est étonnant de la part de quelqu’un qui connaît bien les Etats-Unis et qui a l’anglais comme langue maternelle (il est né de parents américains et a travaillé pendant cinq ans à New York). Ce n’est pas la première fois que les Israéliens surestiment leur influence à Washington.

On raconte qu’après sa première rencontre avec Binyamin Netanyahou en 1996, Bill Clinton avait dit à ses collaborateurs : « Il se prend pour qui celui-là ? C’est qui la grande puissance ? ». On peut comprendre que le gouvernement israélien soit inquiet des développements du dossier iranien et craigne la signature d’un accord qui n’empêcherait pas le régime des mollahs de devenir une puissance nucléaire.

Mais il y a peu de chances que cela se fasse, et désormais l’option militaire est sur la table. Pour détruire les sites nucléaires en Iran, Israël aura besoin du soutien des Etats-Unis sous une forme ou sous une autre. Et là, M. Bennet devra faire un sans-faute.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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