La doctrine Macron au Moyen-Orient est trompeuse et contre-productive

Le président français Emmanuel Macron, au centre, s'entretenant avec un manifestant anti-gouvernemental après sa visite à la diva libanaise Fairouz, l'une des chanteuses les plus populaires du monde arabe, à Rabieh, au nord de Beyrouth, au Liban, le lundi 31 août 2020. Macron est retourné au Liban, le lundi 31 août 2020. (Photo AP / Bilal Hussein)
Le président français Emmanuel Macron, au centre, s'entretenant avec un manifestant anti-gouvernemental après sa visite à la diva libanaise Fairouz, l'une des chanteuses les plus populaires du monde arabe, à Rabieh, au nord de Beyrouth, au Liban, le lundi 31 août 2020. Macron est retourné au Liban, le lundi 31 août 2020. (Photo AP / Bilal Hussein)

Le président Macron adore les symboles et commémorer les grands événements de l’Histoire de France. Le symbolisme dans sa politique est ancré dans son esprit. Sa vision du monde est interprétée par une recherche excessive du bon sens et mesure, d’opinion raisonnable en politique.

Un activisme diplomatique tous azimuts et prétentieux dont le but est d’accrocher une bonne place dans l’arène internationale, de dicter un agenda, et obtenir à tout prix un succès rapide, même éphémère.

Cette ligne de conduite caractérise la politique française actuelle dans le monde arabo-musulman. Son dernier voyage à Beyrouth et à Bagdad prouve que le dynamique président français est capable, pour satisfaire ses ambitions, de franchir des lignes rouges et de passer d’un camp à un autre.

Au moment où se forme une coalition arabe pour signer la paix avec l’Etat Juif, et les Américains s’efforcent de relancer le dialogue avec les Palestiniens en donnant un second souffle à l’économie de la région ; alors que des pays européens, le Kosovo musulman et la Serbie vont ouvrir des ambassades à Jérusalem, triste de constater que le président français préfère dialoguer avec des saboteurs de la paix et avec ceux qui exploitent le terrorisme d’Etat.

Les terroristes se moquent éperdument de l’esprit cartésien ou de la diplomatie des symboles. Ils méprisent les faibles et craignent le langage de la force. Dans la jungle du Moyen-Orient, seul le plus fort gagne sur tous les plans.

Ce n’est pas la première fois que des dirigeants, diplomates et élus rencontrent des représentants d’organisations terroristes.

Hier, l’OLP d’Arafat était la favorite, aujourd’hui, le Hezbollah chiite et le Hamas sunnite. Toutefois, le dernier entretien à Beyrouth du Président Macron avec Mohammed Raad, le chef du bloc du Hezbollah au Parlement libanais, confirme clairement une reconnaissance officielle française du mouvement terroriste chiite.

Certes, le président Macron s’explique et nous dit : «Je ne parle pas du Hezbollah dans sa composante militaire et terroriste, sur laquelle la France a toujours été claire et qu’elle condamne. Mais, le Hezbollah en tant que force politique.»

Y-a-t-il vraiment une différence ? Depuis quand un chef d’une milice armée dirige un parti politique démocratique ? Dans quel pays des membres d’une milice font partie d’un gouvernement ?

La seule comparaison que l’on pourrait faire est avec la tristement célèbre milice française…Elle aussi était une organisation politique…Rappelons qu’elle fut placée officiellement sous le commandement du Premier ministre Pierre Laval…

Comment donc oser justifier et encourager indirectement la politique belliqueuse de Nasrallah, celle dictée clairement par les Ayatollahs d’Iran à l’égard de l’Etat Juif. Cette reconnaissance viole également la ferme position de certains Etats européens et des pays arabes sunnites concernant le terrorisme du Hezbollah. Elle renforce aussi les revendications de Téhéran sur le projet nucléaire et la levée des sanctions.

La réaction coléreuse et intempestive de Macron au scoop du journaliste Georges Malbrunot reflète aussi un grand embarras dans la démarche du président français. Au-delà du malaise et la réprimande publique injustifiée, elle dévoile également une méconnaissance sur le rôle du journaliste, la liberté de la presse et ses relations avec le pouvoir.

Malbrunot, ancien otage de l’Armée islamique en Irak, est l’un des rares reporters de la presse française vraiment spécialiste du Moyen-Orient. J’ai eu l’occasion de discuter avec lui à plusieurs reprises.

Je m’oppose farouchement à ses opinions personnelles concernant le règlement du conflit avec les Arabes, mais il faut reconnaître que ses reportages sur le terrain sont passionnants et courageux et ses sources sont généralement crédibles.

Contrairement au journal le Monde ou Libération, Le Figaro remplit parfaitement et sérieusement la mission d’un quotidien d’information tout en séparant la nouvelle brute du commentaire idéologique ou politique.

Le même jour, ce journal a osé publier un article collectif, un appel de 27 personnalités dont l’ancien Premier ministre Emanuel Valls, pour que l’Europe désigne enfin le Hezbollah comme organisation terroriste.

Macron a sans doute de bonnes intentions et souhaite améliorer la situation chaotique au Liban mais sa « politique pragmatique » ignorant une milice armée au sein de l’Etat libanais est contre-productive et vouée à l’échec. Sans le démantèlement de l’arsenal militaire du Hezbollah, le Liban ne pourra jamais sortir de la crise et appliquer des réformes.

Enfin, Macron devrait savoir que la milice chiite détient toujours les Libanais en otage. Son devoir de « frère » est de cesser les provocations quotidiennes du Hezbollah le long de la frontière, où la FINUL demeure impuissante. L’escalade risque de déclencher une troisième guerre meurtrière qu’Israël ne souhaite guère.

Cet article a été publié le 5 septembre 2020 sur le site https://jcpa-lecape.org

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
Comments