La côte-d’Azur bénit le coronavirus

La Promenade des Anglais à Nice (Crédit : Me - Bhu z Crecelu/Wikimedia commons)
La Promenade des Anglais à Nice (Crédit : Me - Bhu z Crecelu/Wikimedia commons)
Affirmer qu’une région de la côté d’Azur est heureuse du coronavirus peut être considéré comme incongru, voire provocateur. Mais c’est un fait avéré au moins pour Cannes, Juan-les-Pins et Antibes. Ces villes n’avaient plus connu depuis longtemps un tel engouement touristique.
Cette année sera une année record car les Juifs, habitués à se rendre à Netanya et Ashdod, ont été interdits d’Israël et de leur plage attitrée de Lalaland à Tel-Aviv. Aucune exception pour les Juifs et plus grave encore aucune exception pour ceux qui disposent d’une résidence secondaire en Israël.

C’est ainsi que l’on constate que les lois israéliennes sont votées par des technocrates, inconscients des conséquences de leurs décisions. Les parents ont été punis et, ni leurs enfants, ni leurs petits-enfants n’ont eu droit à une quelconque dérogation pour les sortir de la solitude. Quand d’autres imposent des restrictions pour les Juifs, Israël n’a rien fait pour les siens.

Alors les Juifs de la Capitale ont retrouvé le chemin de la «côte et de Juan» pour le grand plaisir des hôtels et des commerçants de la région. Tout a été préparé en un temps record par des organisateurs ingénieux. D’abord une grande plage «casher» a été réservée pour les adeptes d’une nourriture conforme aux lois de la Halakha, la loi juive.

L’interdiction d’utiliser de la monnaie le samedi a été résolue légalement. Les utilisateurs de la plage peuvent commander et payer le jeudi leur «dafina» du samedi, coucous, loubia, pkaila, nikitouche. Ils retrouvent ensuite leurs mets habituels servis au bord de la plage, sans transgresser les lois juives.

Cette plage est bondée, non seulement en raison de la nourriture spéciale, mais par atavisme d’une communauté recherchant toujours le vivre «ensemble», tous entassés, pour le plaisir de rencontrer des amis que l’on n’a pas le temps de voir à Paris.

Et pour les nostalgiques d’Israël, Gérard Sarfati de Levallois a ouvert une petite «gargote» typique où les chawarma, viandes disposées en tranches fines sur une broche tournante, et grillées verticalement, sont servis dans des pitas pour rappeler les plages de «là-bas». Les végétariens ne sont pas oubliés avec les fallafels, ces boulettes de pois chiches broyés et épicées puis frites dans l’huile. La crise du coronavirus ne semble pas être parvenue jusque dans ces villes.

Mais il existe un réel risque pour Israël car les Juifs français peuvent se réhabituer à ce qui avait fait la réputation de la «côte» française. Ils peuvent constater la différence des prix en raison d’un shekel fort, à la fois dans la restauration et dans l’hôtellerie, voire dans les locations d’appartements.

Ils retrouvent la même convivialité. L’an prochain, ils pourraient à nouveau déserter les villes israéliennes devenues trop chères pour un Français moyen. Trois saisons sont en danger, juillet-août bien sûr, mais la période de Pessah, la Pâque juive, et les fêtes de fin d’année juive (Tichri) en septembre.

Israël s’est toujours désintéressé des Juifs français. Après les avoir incités, dans les périodes économiques sombres, à ouvrir des comptes en Israël pour aider l’économie en berne à l’époque, il les a abandonnés en rase campagne quand leurs comptes ont été bloqués par des banques dont l’ingratitude avait dépassé toutes les bornes.

De la même façon, après les différents salons immobiliers organisés tous les ans en France pour favoriser l’achat d’appartements de « vacances » par les Français, le gouvernement leur interdit aujourd’hui de s’y rendre parce qu’ils sont d’abord considérés avant tout comme des étrangers.

Des immeubles entiers sont vides aujourd’hui alors que par solidarité ils auraient pu héberger des propriétaires juifs cherchant un refuge sanitaire en Israël. Certains, écœurés, ont prévu de vendre leur bien à la première occasion ce qui ne manquera pas d’influencer le marché immobilier déjà touché par le coronavirus.

Tout un pan commercial risque de souffrir ou de s’effondrer non seulement par la pandémie, mais surtout par la décision irréfléchie de bureaucrates uniquement penchés sur les courbes de la contamination.

Les organisateurs de banquets, les propriétaires de salles de fêtes et certains kibboutzim vont voir s’échapper une clientèle qui trouvera d’autres lieux pour fêter un mariage ou une bar mitzva. La pandémie risque d’être dramatique économiquement pour les mois à venir en Israël. Juan-les-Pins a donné le signal.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
Comments