La conscience

Lorsqu’avec ses affidés, nourris au Kohelet,
Atterré, il vit que contre lui la justice s’entête,
Avec des nationalistes pure crème, l’Homme se renforça
Pour, contre le judiciaire livrer tordu combat.
Sa femme et son fils ont beau faire le tonitru,
Rien n’empêcha que les juges le mangent tout cru.
Cherchant alors refuge comme dans son palais César,
Il se crut à l’abri du bruit et des pétards,
Mais soudain il entendit la foule assemblée, à ses oreilles siffler
Des noms d’oiseaux et des injonctions à très vite s’en aller.

 

Avec effarement, il se vit trop exposé
Et décida de confier aux religieux pur jus, notoirement incompétents,
Quelques-uns des postes-clés de son gouvernement.
Trop heureux de cette occasion inespérée,
Ces furieux impétrants de toute vergogne libérés,
Introduisent beaucoup de théocratie dans un zeste de démocratie,
Déploient sans complexe anti arabisme et conquête de Cisjordanie.
Otages réciproques se tenant par la barbichette,
L’Homme et ses spadassins, en plein balagan le pays entier projettent.
Maître en confusion il crut enfin tout tenir sous contrôle
Mais soudain il se sentit ébranlé dans son rôle
Par le risque de fracture sociale par lui-même provoquée.

 

Par lui-même également provoquée,
La faute existentielle, le tonnerre innommable du 7 octobre
Jeta sur lui l’immense poids d’une ontologique opprobre,
Tous avec lui, armée, renseignement, tous au désastre participèrent,
Tous le reconnurent, sauf lui, ultime responsable,
Qui jamais, ouvertement, franchement, ne se déclare coupable.
Pâle, frémissant, furtif, toujours tacticien, en Père la Victoire
Il se présente et représente, tente à Gaza de réécrire l’histoire,
Tente de contourner le suspens infernal du sort des otages
Sans pouvoir éviter des parents accablés la véhémente rage,
Cependant qu’à Gaza l’inévitable effet de toute guerre,
Jeunes soldats morts, blessés, enfants, civils tués, crise humanitaire,
Population des frontières déplacées, trou économique et financier
Inévitablement se manifeste, du risque électoral il tente se protéger.
Mais soudain, l’unité des citoyens dans l’épreuve retrouvée
Redonne voix et place au peuple et discrédit à son représentant.

 

Alors il tressaille en proie au noir frisson
Que génère chez lui l’éventuelle défaite, suivie de la prison,
D’autant que prenant avantageuse posture,
Lui, s’oppose à l’ami américain, pourtant précieux allié de nature
Et prétend à l’autonomie, contre le monde entier,
Appuyé par son clan, dressé derrière son air altier,
Indifférent à l’explosion mondiale de l’antisémitisme
Ainsi qu’à l’expansion de sa vision sœur, celle de l’antisionisme.
Jusqu’à ce retournement miracle que provoque l’Iran
En ratant son attaque massive, directe, fort piteusement,
Réintégrant Israël dans un cercle de nations de nouveau solidaires,
Contraignant par là même L’Homme à ne plus croiser fer
Avec ses alliés, à se restreindre,
A ne plus les étouffer sous couvert de les étreindre.
Requinqué, se replaçant sans scrupule, sans remord
Sous une protection américaine à laquelle, avant, il donnait tort,
L’Homme, de nouveau, se revoit comme l’homme fort
Mais soudain, de nouveau aussi rivé sur son trône qu’il le crut,
On n’est jamais, comme dit Montaigne, assis que sur son cul,
Alors il perçut que de paix, d’otages, d’économie, d’éducation, on allait parler,
Horreur, d’élections, et que bientôt, son sort serait scellé.

 

Pastiche de Victor Hugo
à propos de l'auteur
Fort d'un triple héritage, celui d'une famille nombreuse, provinciale, juive, ouverte, d'un professeur de philosophie iconoclaste, universaliste, de la fréquentation constante des grands écrivains, l'auteur a suivi un parcours professionnel de détecteurs d'identités collectives avec son agence Orchestra, puis en conseil indépendant. Partageant maintenant son temps entre Paris et Tel Aviv, il a publié, ''Identitude'', pastiches d'expériences identitaires, ''Schlemil'', théâtralisation de thèmes sociaux, ''Francitude/Europitude'', ''Israélitude'', romantisation d'études d'identité, ''Peillardesque'', répertoire de citations, ''Peillardise'', notes de cours, liés à E. Peillet, son professeur. Observateur parfois amusé, parfois engagé des choses et des gens du temps qui passe, il écrit à travers son personnage porte-parole, Jonathan, des articles, repris dans une série de recueils, ''Jonathanituides'' 1 -2 - 3 - 4.
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