La connexion sino-israélienne

Le Premier ministre chinois Li Keqiang, quatrième à gauche, rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, troisième à droite, dans la Grande Salle du Peuple à Pékin le lundi 20 mars 2017. (Lintao Zhang / Photo de la piscine via AP)
Le Premier ministre chinois Li Keqiang, quatrième à gauche, rencontre le Premier ministre israélien Benjamin Netanyahu, troisième à droite, dans la Grande Salle du Peuple à Pékin le lundi 20 mars 2017. (Lintao Zhang / Photo de la piscine via AP)

La collaboration entre la Chine et Israël a connu un essor considérable. Bien que les relations diplomatiques entre ces pays n’aient été établies qu’en 1992, la Chine est devenue le troisième partenaire économique d’Israël. Les échanges commerciaux ont augmenté de 400% durant la dernière décennie pour atteindre 14 milliards de dollars en 2018. Qui plus est, un certain philosémitisme est patent dans les médias chinois.

Au-delà des liens commerciaux

Israël a connu une économie socialiste jusqu’à l’arrivée au pouvoir de la droite en 1977. L’économie industrielle non étatisée a connu un grand essor et l’investissement massif et réussi en haute technologie a valu à Israël le qualificatif de startup nation.

Le ratio du budget de la recherche et du PNB israéliens est le plus élevé au monde. Après une longue période d’isolement, la Chine a suivi l’exemple du Japon, de Hong Kong, de Singapour, de la Corée du Sud et de Taiwan pour améliorer son niveau scientifique, libéraliser son économie et devenir la deuxième économie au monde.

La Chine et Israël occupent les deuxième et troisième rang au nombre de compagnies listées à la bourse des valeurs du Nasdaq. Les avantages d’une collaboration sino-israélienne se sont dessinés tout naturellement.

Or, l’intérêt de la Chine pour Israël n’est pas seulement d’ordre commercial. La vitalité scientifique et la réussite face à des défis considérables représentent pour les Chinois un modèle de réussite qui mérite d’être émulé. Israël intrigue et le tourisme chinois en Israël a été en constante augmentation (avant la pandémie du Covid). Treize vols hebdomadaires relient la Chine et Israël et il est possible pour un Chinois d’obtenir dans les 24 heures un visa pour Israël valide pour 10 ans. Il y a une idéalisation d’Israël, pays de startups et des Juifs en général. Cet intérêt est palpable eu regard aux nombreux ouvrages chinois qui s’intéressent au judaïsme et à Israël.

Une dizaine de facultés ont des programmes d’études juives et il y a un intérêt tout particulier envers le Talmud. Les échanges scientifiques augmentent et l’institut technologique du Technion à Haïfa a ouvert une école de génie en Chine.

Dans les discours officiels, l’accueil fait aux réfugiés juifs d’Europe qui ont trouvé refuge à Harbin et à Shanghai est célébré, compte non tenu de la fierté d’une présence juive millénaire dans la province de Kaifeng.

Liens commerciaux

Les investissements de la Chine visent les compagnies israéliennes de haute technologie ainsi que des projets d’infrastructure. Les investissements chinois sont estimés à 12 à 25 % du secteur des hautes technologies. Les investisseurs incluent des compagnies œuvrant dans les télécommunications (Huawei, ZTE), le réseau de distribution en ligne (Alibaba), les services Internet mobiles (Tencent), les moteurs de recherche (Baidu) et bien d’autres encore. Les secteurs d’investissements privilégiés de la Chine sont ceux de la robotique, des métadonnées, de la cybersécurité, du traitement de données, des véhicules autonomes et de l’Intelligence artificielle.

Les investissements dans les projets d’infrastructure incluent le métro à Tel-Aviv, le tunnel au mont Carmel à Haïfa, un nouveau port à Ashdod et la gestion du port de Haïfa pour 25 ans ainsi qu’un lien ferroviaire reliant la mer Rouge à la Méditerranée. En outre, la Chine a acquis des compagnies israéliennes telles Tnuva (produits laitiers pour 2,6 milliards) et a pris des parts importantes dans les systèmes de navigation Waze (revendue à Google pour 1,3 milliard), l’agroalimentaire (Adama, 2,4 milliards) et bien d’autres encore. Par ailleurs, un millier de compagnies israéliennes sont installées en Chine, exportant essentiellement des appareillages électroniques et médicaux ainsi que des équipements de photographie.

Inquiétudes américaines

La forte présence chinoise en Israël inquiète les États-Unis qui partagent bien des technologies militaires d’avant-garde avec Israël. La gestion du port de Haïfa par des compagnies chinoises préoccupe les États-Unis car ce port est souvent visité par les navires de la VIe flotte. Déjà en 2000, le président Bill Clinton avait empêché la vente d’un radar israélien Phalcon à la Chine.

En 2005, le président Georges W. Bush s’était opposé à la vente de drones israéliens à la Chine. Tant le conseiller à la sécurité nationale John Bolton que le secrétaire d’État américain Pompeo ont exprimé haut et fort leur inquiétude. Pompeo a déclaré que « l’Amérique ne pourra coopérer avec Israël alors que les investissements chinois en haute technologie représentent un danger tel que nous allons être amenés à réduire la colocation des installations de sécurité. »

De leur côté, les services de sécurité israéliens ont alerté plus d’une fois le gouvernement du danger potentiel de la pénétration des compagnies chinoises qui dépendent directement du gouvernement et plus particulièrement du parti communiste chinois.

Israël et les États-Unis collaborent dans la recherche des missiles de défense Arrow et des technologies anti-tunnel. Israël dispose d’une flottille d’avions furtifs F-35 qui constituent le fer de lance de l’armée américaine et de nombreux projets communs sont en cours avec des compagnies américaines telles Boeing, Raytheon, et Lockheed Martin. L’armée américaine a adopté le système israélien Trophy, qui est un système de protection contre les missiles anti tanks.

Israël ne compte pas introduire la technologie 5G de Huawei. Tout récemment, la compagnie chinoise CK Hutchinson a été écartée d’un contrat de 1,58 milliard de dollars pour construire la plus grande usine de désalinisation au Moyen-Orient à proximité de la base militaire de Palmachim.

Le gouvernement israélien doit prendre en considération les avantages que procurent les investissements toujours croissants de la Chine qui a l’ambition de prendre la place de première puissance mondiale aux États-Unis. Une guerre froide sino-américaine semble être amorcée.

Les exportations israéliennes avec les États-Unis se montent à 17 milliards, comparés à 3,3 milliards avec la Chine. En outre, la coopération militaire avec les États-Unis est des plus précieuses.

Il y aura donc tout lieu de naviguer adroitement entre les perceptions stratégiques américaines et les volontés d’expansion chinoises et veiller à ne pas se mettre à dos la superpuissance émergente de la Chine. En outre, le dossier des droits de l’homme en Chine est également présent dans les esprits et la Chine réagit vivement à toute désapprobation sur cette question.

Israël bénéficie d’une admiration objective en Chine, avec cependant une certaine dose de subjectivité. Il faudra éviter que cette subjectivité reste en deçà des considérations objectives des avantages mutuels que procure une collaboration économique et scientifique aux deux pays.

à propos de l'auteur
Dr. David Bensoussan est professeur d’électronique. Il a été président de la Communauté sépharade unifiée du Québec et a à son actif un long passé d’engagement dans des organisations philanthropiques. Il a été membre de la Table ronde transculturelle sur la sécurité du Canada. Il est l’auteur de volumes littéraires dont un commentaire de la Bible et du livre d’Isaïe, un livre de souvenirs, un roman, des essais historiques et un livre d’art.
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