La communauté internationale aux abonnés absents

© Stocklib / Chaz Bharj
© Stocklib / Chaz Bharj

Avec l’apparition du variant Omicron, la lutte contre la pandémie est revenue au premier plan de l’actualité. Le gouvernement israélien a pris très vite les décisions qui s’imposaient dans l’attente d’informations sur la dangerosité du nouveau variant et sa résistance aux vaccins.

Ce nouvel épisode de la mauvaise plaisanterie qui dure depuis près de deux ans met en exergue le manque de coordination de la lutte contre le virus au niveau mondial. Certes, les gouvernements échangent des informations. On sait par exemple que le gouvernement israélien a été très sollicité pour donner les résultats de ses campagnes de vaccination de masse.

Mais à part cela, la communauté internationale brille par son absence. On aurait aimé que dès le début de la pandémie, une conférence internationale par zoom réunisse tous les dirigeants de la planète pour prendre les décisions qui s’imposaient : accélérer la production de vaccins et discuter de l’opportunité de rendre la vaccination obligatoire.

Certains, comme le président Macron, voulaient faire du vaccin un bien mondial qui aurait permis la production de masse sans versement de royalties aux Big Pharmas (quitte à les indemniser). Peine perdue. Le virus ignore les frontières, mais les sociétés multinationales et les égoïsmes nationaux gouvernent encore l’économie de la santé.

La vaccination obligatoire aurait été plus facile à imposer si elle avait résulté d’un accord international. Il ne s’agit pas d’une opinion de droite ou de gauche. En France, c’est le Parti socialiste qui préconise cette mesure. En Israël, c’est un député Likoud, Youval Steinitz, qui vient de s’y rallier. L’Autriche, en proie à une faible couverture vaccinale, est le premier pays à l’imposer.

Pour les autres Etats, il est sans doute trop tard : les antivax ont eu le temps de répandre leurs fake news sur les réseaux sociaux et d’organiser des manifestations où l’obscurantisme triomphe. Il y a encore plus grave. On le voit bien avec ce nouveau variant qui vient d’Afrique du sud : tant que toute la population mondiale ne sera pas vaccinée, le virus continuera à frapper.

Or, en Afrique, c’est seulement 7% de la population qui est immunisée. C’est ici que la communauté internationale avait un rôle à jouer : en créant un fonds international doté de financements conséquents pour fournir aux pays pauvres les doses de vaccin qui sont aujourd’hui accaparées par les pays riches. Un tel fonds a bien été créé par l’OMS, mais il est nettement insuffisant et abondé seulement par des dons volontaires.

Après le semi-succès de la conférence de Glasgow sur le changement climatique, la communauté internationale avait une occasion d’affirmer son existence dans la lutte contre la pandémie. C’est raté.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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