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La colère de Monsieur l’Ambassadeur Journès – ma réponse

Frédéric Journès, le 19 septembre 2023 à la résidence présidentielle à Jérusalem. (Crédit : Haim Zach/GPO)
Frédéric Journès, le 19 septembre 2023 à la résidence présidentielle à Jérusalem. (Crédit : Haim Zach/GPO)

SAMMO n°7  – Savoir Analyser les Maux du Moyen-Orient

Monsieur l’Ambassadeur de France en Israel, Frédéric Journès, s’est exprimé dans un OP-ED publié en anglais dans le Jerusalem Post du 25 mai 2026 , affirmant « qu’il ne pouvait plus garder le silence ; trop c’est trop ». Quelle est la cause de ce courroux de la part du citoyen français le plus éminent d’Israël ? Le fait que les Israéliens passent leur temps à critiquer la politique de la France. Cette hostilité serait planifiée et organisée, sous-entendant qu’elle ne serait pas sincère.

La colère de Monsieur l’Ambassadeur témoigne tout à la fois de puérilité, de mauvaise foi, de désinformation, d’arrogance et d’hypocrisie.

Puérilité : Monsieur l’Ambassadeur Journès se lamente, à la fin de son texte, sur le fait que la France avait poussé à des entretiens directs entre Israël et le Liban, mais qu’Israël avait rejeté cette proposition. Finalement Israël aurait entamé des négociations directes une semaine plus tard. Monsieur l’Ambassadeur semble offensé par le fait qu’Israël n’ait pas commencé les pourparlers dès que la France en avait fait la demande, laissant entendre que cela aurait été motivé par une position hostile à l’égard de son pays.

Un enfant pourrait interpréter les faits dans ce sens. Un adulte au contraire comprendrait que la France ayant entretenu une longue « relation particulière » avec le Liban sans malheureusement contribuer à le débarrasser du Hezbollah, a peut-être même aidé au phénomène opposé. Le dialogue israélo-libanais n’a pu commencer qu’une fois que le gouvernement libanais a montré son opposition au Hezbollah.

Non moins puéril fût le fait de reprocher à Israël que la France n’aurait pas été consultée ni même informée préalablement à l’attaque américano-israélienne contre l’Iran le 28 février 2026. Cette frustration enfantine a défini la position stratégique de la France : « cette guerre n’est pas la nôtre ».

Mauvaise foi : Monsieur l’Ambassadeur en use à de multiples reprises. Il ignore complètement l’attitude offensante de la France vis-à-vis d’Israël depuis le 7 octobre 2023. Ces offenses sont très nombreuses. Le Président Macron a refusé de participer à la marche contre l’antisémitisme qui s’est tenue à Paris quelques semaines après le massacre. La France a interdit la participation d’Israël à de multiples foires commerciales. Le Président Macron a menacé Israël quant au fait que ce pays aurait été créé par l’ONU laissant croire à ceux qui savent lire entre les lignes, que cette décision pourrait être renversée un jour. Ce même Président a accusé Israël d’actes de barbarie qui auraient été commis au « Sud-Liban civilisé », oubliant que cette région était occupée par le Hezbollah. Et bien entendu, la reconnaissance de l’État de Palestine par la France est la tâche la plus gênante. La France s’était d’abord engagée à reconnaitre l’État de Palestine sous réserve du respect de certaines conditions (y compris la libération d’otages civils israéliens). Puis, elle a finalement « oublié » ces conditions préalables pour procéder à cette reconnaissance sans aucune contrepartie réelle[i], récompensant par là le terrorisme pur qui lui, pour le coup, s’apparente bien à du barbarisme.

Cette liste n’est pas exhaustive. Reprocher à Israël de ne pas apprécier la France dans ces circonstances requiert une bonne dose de mauvaise foi, ce qui, on le comprendra, ne contribuera pas à améliorer l’image de la France en Israël.

Désinformation : Monsieur l’Ambassadeur estime que la mauvaise image dont souffre la France en Israël trouve sa cause dans le fait qu’Israël aurait perdu « son goût du débat et de la controverse ». Il l’accuse d’émettre des critiques à l’égard de la France dans un premier temps, critiques qui sont ensuite reprises et répétées par tous sans nuance. Il pousse ce raisonnement fallacieux jusqu’à prétendre que cette disparition soudaine du goût au débat entrainerait une prédictibilité fatale et augmenterait la vulnérabilité d’Israël face à ses ennemis.

Il est difficile de comprendre comment Monsieur l’Ambassadeur peut croire que la culture du débat aurait abandonné Israël. Sauf à ce qu’il vive dans une bulle, l’utilisation d’un tel argument est inexplicable. Il est vrai que, en ce qui concerne la France, le peuple israélien et même les politiques sont unis comme ils ne l’ont jamais été depuis le 7 octobre 2023. Mais au lieu d’essayer de comprendre cette unité, Monsieur l’Ambassadeur la dénonce. Ces dernières années, seuls trois sujets ont réussi à rassembler une écrasante majorité de la population israélienne : le dégoût à la suite des massacres du 7-octobre, la menace iranienne existentielle… et la France.

Arrogance : Monsieur l’Ambassadeur admet des défauts à la France. Mais, prenant modèle sur un jeune débutant à la recherche de son premier emploi, il ne met en avant que des qualités exacerbées : « grande gueule, dire la vérité crue à ses amis et alliés ». Il en oublie l’arrogance française à l’égard d’Israël, qui trouve sans doute son origine dans le passé colonial français, arrogance qui comme on a pu le voir récemment, s’est transformée en complexe d’infériorité face à l’Algérie.

Ce sentiment de supériorité vis-à-vis d’Israël s’exprime aussi lorsque Monsieur l’Ambassadeur déplore un prétendu isolement de l’Etat juif parce qu’il perdrait le soutien de la France et celui d’autres pays européens. Aveuglé par ce sentiment, Monsieur l’Ambassadeur ne voit pas qu’Israël est sur le point de devenir une super-puissance régionale. Il ne voit pas l’extension des Accords d’Abraham, ni l’affaiblissement de son plus puissant ennemi depuis 1979, la République islamique d’Iran, ni le renforcement de l’alliance avec les Émirats Arabes Unis. Il ne voit pas que ces évolutions rendent le soutien de l’Europe pour Israël, de moins en moins significatif. La puissance d’Israël, de sa devise (alors que la paix n’est pas même encore revenue), devrait permettre de convaincre un ambassadeur à l’esprit ouvert.

Hypocrisie : Monsieur l’Ambassadeur prétend que la France fût choquée par les massacres du 7 octobre, « se souvenant du Bataclan et de Nice ». Mais ces attaques horribles sont très éloignées de ceux du 7-octobre. Par leur intensité. Par leur cruauté. Par la prise d’otages. Mais surtout également, par le fait qu’Israël n’a pas agi vis-à-vis de la France comme la France a agi vis-à-vis d’Israël au cours de ces trois dernières années. Le Premier ministre d’Israël s’est rendu à Paris juste après les attentats pour participer à une marche contre le terrorisme. Le Président Macron, lui, était le dernier chef d’État à se rendre en Israël après le 7-octobre. Et en ce qui concerne la marche, il n’avait pas même besoin de se déplacer pour y participer. La marche à laquelle il a refusé de participer, avait lieu juste devant sa porte.

Non moins hypocrite est la fameuse classification par la France de la seule « branche armée du Hezbollah » en tant qu’organisation terroriste. Monsieur l’Ambassadeur porte cette classification au crédit de la France, négligeant le caractère hypocrite de cette distinction, qui est sans doute la cause de l’échec de l’État libanais depuis 40 ans. Cette distinction vient d’ailleurs en complète contradiction avec un autre argument de Monsieur l’Ambassadeur : la France aurait toujours fait preuve de dureté vis-à-vis du régime iranien. Si cela avait été le cas, le Hezbollah, le proxy le plus puissant de ce régime cruel et meurtrier, aurait été considéré comme terroriste par la France dans son entièreté.

Né en France, de culture et d’éducation française, j’ai fait mon alyah en 2008. Mais ces derniers temps, l’attitude de la France suscite à mes yeux plus de honte que de fierté.

Comment entend-on partout en France au sujet d’Israël ? « On a le droit de critiquer la politique d’Israël sans être taxé d’antisémite ».

Monsieur l’ambassadeur de France en Israël, c’est la même chose pour la France. Les Israéliens devraient être en droit de critiquer la politique de la France sans que ces critiques soient disqualifiées par vous de manière très démonstrative et qu’elles provoquent votre colère. La colère est mauvaise conseillère.

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[i] Les soutiens à cette reconnaissance prétendront que, mis à part la libération des otages qui, rappelons-le n’avait pas eu lieu au moment de cette reconnaissance, les autres conditions avaient été respectées. Cela est faux : la condamnation des massacres du 7-octobre par l’Autorité palestinienne, n’en n’était en fait pas une. Mahmoud Abbas s’était contenté d’écrire dans sa lettre à la France, que les massacres du 7 octobre « pouvaient être considérés comme condamnables ». Mais lui, ne les condamnait pas. Quant à la condition d’interrompre le programme de compensation financière pour les auteurs d’actes de terrorisme contre des Juifs israéliens, l’Autorité palestinienne a déclaré tout à la fois qu’elle interrompait ce programme, et qu’elle le poursuivait. Les faits prouvent qu’elle le poursuit.

à propos de l'auteur
Laurent souhaiterait partager ses observations de la vie israélienne et française à travers son regard de Juif français devenu israélien en 2008. Il a pris l'habitude de regarder et analyser les phénomènes politiques, culturels, religieux, géopolitiques, sous un regard différent de celui qu'on a l'habitude de voir. En effet, avant d'arriver en Israël, il a vécu en France, en Allemagne, en Belgique et au Royaume Uni. Il observe les phénomènes humains avec un très large point de vue, puisant dans son expérience de vie et dans son désir d'écrire. Laurent a passé son enfance en Allemagne, fait ses études de management en Alsace et passé sa carrière professionnelle au Royaume-Uni, en France, en Belgique, en Israël.
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