La coalition sensible au sort des Arabes israéliens

Magen David Adom - Deux infirmiers à Beer Sheva faisant la prière devant leur ambulance: l'un, juif, tourné vers Jérusalem, l'autre, musulman, agenouillé sur un tapis de prière en direction de La Mecque, le 24 mars 2020. Crédit : AFP
Magen David Adom - Deux infirmiers à Beer Sheva faisant la prière devant leur ambulance: l'un, juif, tourné vers Jérusalem, l'autre, musulman, agenouillé sur un tapis de prière en direction de La Mecque, le 24 mars 2020. Crédit : AFP

Le nouveau gouvernement a compris que son rôle était aussi de s’intéresser à la situation économique des villages arabes israéliens. La communauté arabe a montré sa loyauté durant la crise du covid-19 en se dévouant pour soigner toute la population.

A l’exception d’extrémistes arabes dans certaines villes mixtes, qui seront vite neutralisés, les Arabes et les Juifs ont décidé de jouer le jeu de la collaboration. On le doit au député Mansour Abbas du parti islamiste Raam qui a compris qu’il devait s’insérer plus en avant dans la politique israélienne sans risquer d’être traité de «collaborateur». Il avait visé juste puisque le gouvernement a approuvé un plan quinquennal pour le développement économique des villes et villages arabes israéliens.

Parallèlement au débat sur le budget national 2021-2022, le gouvernement a adopté le 24 octobre 2021 le plan quinquennal de développement économique pour 2022-2026 afin de «combler les lacunes de la société arabe»selon ses propres termes. Pendant les douze années du régime de Netanyahou, les Arabes ont été abandonnés à leur sort. Aujourd’hui, le gouvernement leur a alloué 30 milliards de shekels (9,3 milliards$) pour la période 2022-2026.

Ce plan ambitieux a pour but de développer l’emploi et d’augmenter le nombre de cours pour les professions en demande dans l’économie. L’accent sera mis sur l’acquisition de la maîtrise de l’hébreu afin d’encourager l’intégration qualitative sur le marché du travail. L’activité dans les garderies sera élargie pour pousser les femmes arabes à entrer dans le cercle de l’emploi.

Dans le cadre de l’innovation technologique, le gouvernement réduira les lacunes dans les services de santé parmi les résidents des communautés minoritaires à travers le pays d’au moins 25% dans deux des questions sur lesquelles le plan se concentrera : la santé des femmes, les premières années de vie, le diabète et l’obésité, la santé mentale, le tabagisme et les maladies pulmonaires.

Le plan prévoit des actions pour promouvoir de nouvelles constructions, 5.000 unités résidentielles seront commercialisées en 2022 et jusqu’à 9.000 en 2026. En outre, il est prévu de réhabiliter et de développer les infrastructures dans les quartiers plus anciens, y compris le drainage des eaux de pluie pour prévenir les inondations, les infrastructures électriques, les communications et les risques pour la sécurité, les obstacles à la planification et à la mise en œuvre seront supprimés.

Selon le Premier ministre Naftali Bennett : «Aujourd’hui, nous mettons en œuvre un plan global pour faire progresser le secteur arabe. Notre objectif est de réduire les écarts dans l’éducation, la protection sociale, l’emploi des femmes et la sphère économique et municipale en particulier. Plus nous intensifierons l’enseignement des mathématiques et des sciences dans le secteur arabe et augmenterons la participation arabe au marché de la haute technologie, plus nous y gagnerons tous».

Face à l’augmentation de la criminalité au sein des villages arabes, le gouvernement a décidé de lutter contre la criminalité et la violence en prévoyant un budget de 2,5 milliards de shekels (770.000$) afin de démanteler les organisations criminelles en garantissant la sécurité de la population. Ce plan a été développé à l’initiative de la ministre Merav Cohen (Yesh Atid) en collaboration avec plusieurs ministères et le directeur général de l’Autorité pour le développement économique de la minorité arabe, Hassan Towafra.

Mais tout cela ne fut possible que grâce à la persévérance du député de Raam, Mansour Abbas, qui a été impliqué à chaque étape de l’élaboration du plan de développement économique. Il s’agissait pour lui d’un défi symbolique pour justifier son soutien à la coalition sans aucune connotation personnelle. Les membres de Raam ont participé à la négociation dans les moindres détails pour définir la destination précise des aides votées. Abbas arbore une certaine fierté d’avoir fait le bon choix en rejoignant la coalition et en impliquant la communauté arabe. Raam a l’intention de publier le détail, shekel par shekel, de l’usage fait des fonds alloués.

Mansour Abbas avait anticipé ces décisions en se rendant dans la région du Néguev avec Yaïr Lapid, Meir Cohen, ministre des Affaires sociales et Yoav Ségalovich parce que le gouvernement avait décidé de reconnaitre trois villages bédouins ce qui leur permettra d’être financés et de recevoir des infrastructures. Pour Lapid : «De plus en plus de communautés seront connectées à l’électricité et les trois premiers villages non reconnus passeront par le processus de légalisation. Des changements historiques sont en cours, et la société arabe prend la responsabilité avec nous de faire face à des choses qui ont été négligées pendant des années et qui seront maintenant réparées dans l’intérêt de l’État d’Israël et de tous ses citoyens».

En fait les négociations ont failli être rompues car le gouvernement hésitait dans ses décisions. Mais c’était sans compter sur le ministre des Finances, Avigdor Lieberman, qui a exigé de son ministère qu’il travaille sur les demandes d’Abbas. Il a obtenu satisfaction dans le cadre d’un consensus, chaque partie mettant du sien. Le plan qui a été adopté a été baptisé «Takadum (avancement)».

Netanyahou, qui avait le premier envisagé un accord avec Raam et qui avait préparé son discours faisant l’éloge d’un partenariat entre le Likoud et Raam, a immédiatement critiqué le gouvernement : «Tout en Israël devient de plus en plus cher, pour financer les milliards que Bennett transfère au mouvement islamique». Sa fonction de chef de l’opposition ne lui impose pas une critique systématique des actes du gouvernement, parfois sans fondement.

Cette avancée politique a donné des ailes au député Walid Taha du parti Raam pour présenter une proposition de loi permettant aux maisons arabes et bédouines construites illégalement d’être raccordés au réseau électrique national. Pour les Arabes, il s’agit d’un premier pas important vers un développement économique plus important. Mais ils attendent la mise en œuvre du plan pour être réconfortés sur la volonté effective du gouvernement.

Pour Meir Cohen, ministre du Travail, des Affaires sociales et des Services sociaux : «ceux qui disent que nous vendons le Néguev aux Arabes devraient cesser de blabber (*). La légalisation et l’application dans le Néguev sont des intérêts urgents de tous les citoyens de l’État».

Cependant l’intégration des Arabes à la nation israélienne sera totale le jour où les écoles enseigneront le programme de l’éducation nationale en hébreu, le matin, libres à elles de le compléter par des cours supplémentaires en arabe, à l’instar des écoles juives en France. La langue commune reste le seul ciment d’une nation diversifiée.

(*) Discours vide ou mensonger destiné à éblouir.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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