La coalition et l’immunité

On s’y attendait : Binyamin Netanyahou a sollicité du président de l’Etat 14 jours supplémentaires pour former son gouvernement. Le délai expirera le 28 mai prochain.

On avait cru que le Likoud, après une victoire sans appel (35 sièges), mènerait promptement les négociations avec des partenaires, qui hormis les partis ultraorthodoxes (16 sièges), sont affaiblis : le sionisme religieux (Union des partis de droite, 5 sièges), la droite laïque et russophone (Israel Beitenou, 5 sièges) et le centre droit (Koulanou, 4 sièges) ne devaient pas formuler d’exigences trop fortes.

C’était oublier que Binyamin Netanyahou a un objectif prioritaire : échapper aux juges. Les petits partis n’hésitent donc pas à jouer de cette circonstance pour obtenir des ministères importants et des budgets supplémentaires.

A l’heure où ces lignes sont écrites, Avigdor Liberman (Israel Beitenou) devrait obtenir le portefeuille de la Défense; le Rav Rafi Peretz (Union des partis de droite), le ministère de l’Education ; Moshé Kahlon (Koulanou) ne retrouvera sans doute pas son poste de ministre des Finances, mais pourrait être nommé aux Affaires étrangères. Seul Betzalel Smotricht (Union des partis de droite) devait être frustré en n’obtenant pas ministère de la Justice qu’il convoitait, Binyamin Netanyahou voulant le confier à l’un de ses fidèles du Likoud (Yariv Levin), ce qui n’est pas un hasard.

Les partis ultra-orthodoxes n’ont pas de demandes particulières en ce domaine, et devraient retrouver les portefeuilles qu’ils détenaient dans le précédent gouvernement. Mais ils s’opposent violemment à toute innovation en matière de conscription des jeunes étudiants de yeshiva, et formulent des exigences nouvelles pour le financement de leurs institutions.

Ils ne sont pas les seuls à se soucier comme d’une guigne de l’équilibre des finances publiques : Israel Beitenou veut que le minimum vieillesse soit fixé à 70 % du salaire minimum, ce qui équivaudrait à un doublement. Au total, les demandes financières nouvelles s’élèvent à 12 milliards de shekels, alors que le déficit du budget de l’Etat atteignant déjà des niveaux inquiétants, l’heure est plutôt aux réductions de crédits.

Mais comme monnaie d’échange, si l’on ose dire, les partenaires de la coalition ont un argument de poids à faire valoir dans la négociation : ils seraient prêts à voter une loi garantissant au Premier ministre en exercice (et sans doute également à tous les ministres et parlementaires) une immunité judiciaire et une autre loi visant à limiter les pouvoirs de la Cour suprême pour qu’elle ne puisse pas invalider la première ainsi que tous les textes contraires aux principes de l’Etat de droit.

On parle déjà de coalition-immunité (coalitsia-hasinout). On n’a pas tort : jusqu’au dernier moment, ce chantage politique s’exercera, et le 28 mai à minuit moins cinq, on saura qu’il a réussi.

About the Author
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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