La « bonne parole » d’Abbas de Nazareth 

Mansour Abbas, chef de la Liste arabe unie, également connu sous le nom hébreu Ra'am, en Israël, le jeudi 1er avril 2021 (Crédit: AP Photo / Ariel Schalit)
Mansour Abbas, chef de la Liste arabe unie, également connu sous le nom hébreu Ra'am, en Israël, le jeudi 1er avril 2021 (Crédit: AP Photo / Ariel Schalit)

Le monde arabo-musulman nous a habitués à des discours belliqueux et haineux contre les Juifs et l’Etat d’Israël. Depuis 1948 à nos jours nous entendons généralement le même son de cloche : condamnations, désinformation et menaces, un refus catégorique pour une coexistence avec l’Etat sioniste.

Depuis la visite historique du président Sadate à Jérusalem, des dirigeants arabes sont conscients qu’ils ne peuvent plus vaincre les Israéliens sur le champ de bataille. Ils ont enfin compris que l’existence de l’Etat Juif au sein d’un monde arabo-musulman est un fait accompli et irréversible. Ainsi, la Jordanie a suivi l’Egypte, le Soudan, le Maroc et les pays du Golfe normalisent leurs relations dans le cadre des Accords d’Abraham.  

Cependant, les dirigeants palestiniens et les Islamistes refusent d’admettre notre existence au Moyen-Orient et rêvent de créer à notre place un Etat palestinien laïc ou islamiste dont la capitale sera Jérusalem. 

Les dirigeants arabes israéliens ont suivi à ce jour ce narratif en plongeant leur propre population dans l’ignorance et la détresse. La solution du problème palestinien était à leurs yeux prioritaire.              

La défaite de la liste des partis arabes unifiés aux dernières élections législatives prouve que la population arabe est plutôt préoccupée par les maux de la vie quotidienne : le logement et le chômage, la corruption et la délinquance meurtrière. La majorité écrasante souhaite coexister avec les Juifs dans le cadre de l’Etat d’Israël et refuse de vivre ailleurs. 

Le dernier discours à Nazareth de Mansour Abbas s’inscrit donc dans cette logique. Ses propos courageux peuvent changer complétement la donne dans les relations entre Juifs et Arabes, en Israël et dans toute la région. D’ores et déjà, des voix s’élèvent, à Gauche et à Droite, pour apprécier « la bonne parole » notamment au sein du monde juif ultraorthodoxe. 

Ce discours est justement considéré historique puisque pour la première fois un dirigeant arabe israélien est autorisé à diffuser ses propos en direct, en hébreu et en prime time. Une grande première sur toutes les chaînes de télévision.  

Une nouvelle entente avec le parti arabe d’Abbas de Nazareth pourra écarter les extrémistes islamistes. A la veille de nouvelles élections palestiniennes elle jouera une influence positive en Cisjordanie et dans la bande de Gaza. 

Député élu démocratiquement à la Knesset et en se définissant naturellement comme arabo-musulman, citoyen de l’Etat d’Israël, Mansour Abbas de Nazareth défie le Mahmoud Abbas de Ramallah. Il lui prouve que sa politique a été à ce jour contreproductive, désastreuse. Les avantages de la realpolitik prévalent sur le refus systématique de négocier avec les Israéliens au pouvoir. Et qu’en réalité, le rejet de dialoguer et de coopérer éloigne pour longtemps encore la création d’un Etat palestinien indépendant. 

Devant la crise gouvernementale prolongée au risque de nouvelles élections, et face aux déchirures au sein de la société israélienne, le changement de cap de Nétanyahou à l’égard des arabes israéliens, et ses retombées à long terme, s’avèrent justes et efficaces. Une partie non négligeable des arabes israéliens dont le Maire de Nazareth et ses militants ont voté pour le Likoud. Ce vote pour le parti au pouvoir semblait il y a quelques mois, inimaginable. On réalise donc qu’il va dans le bon sens, dans la voie de la réconciliation, la coexistence, la tolérance et la paix.

Bien entendu, le chemin pour y aboutir est encore bien long et semé d’obstacles. Certes, le parti islamiste israélien suit toujours le sillage des Frères musulmans et glorifie les actes terroristes mais il semble demeurer pour l’heure un mouvement social politico-religieux modéré et non nationaliste. 

Dans ce contexte, nous pouvons donc espérer à un changement, un tournant dans la conduite des affaires. Tout dépendra de la sincérité et la bonne foi de Mansour Abbas, mais aussi de la bonne volonté des extrémistes dans les deux camps. Ils devraient faire un grand effort pour pouvoir tourner la page, regarder la réalité en face et coopérer pour trouver avec un respect mutuel une certaine compréhension et des points communs. Ils sont plus nombreux que l’on imagine.

Rappelons que les Arabes israéliens représentent plus de 20% de la population et donc nous devrions tout naturellement encourager leur intégration dans tous les domaines. Le combat commun contre la pandémie du Covid 19 et les vaccinations ont déjà fait leurs preuves.     

Dans les jours qui viennent nous connaîtrions les conditions d’Abbas pour pouvoir soutenir la nouvelle coalition, quel sera le prix à payer, et s’il s’agit d’une duperie comme certains vraiment le pensent. 

Mettons donc tous les leaders politiques à l’épreuve en attendant patiemment des jours meilleurs et enfin une réforme du système électoral.

à propos de l'auteur
Ancien ambassadeur d'Israël. Journaliste-Ecrivain. Fondateur et directeur du CAPE de Jérusalem. Auteur de 25 ouvrages sur le conflit Israelo-arabe et sur la politique française au Moyen-Orient ainsi que des portraits-biographiques de Shimon Pérès, Ariel Sharon et Benjamin Netanyahou.
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