La bataille pour le Likoud

Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prenant la parole lors d'un rassemblement du Likoud à Tel Aviv, le 17 novembre 2019. Photo de Tomer Neuberg / FLASH90
Le Premier ministre Benjamin Netanyahu prenant la parole lors d'un rassemblement du Likoud à Tel Aviv, le 17 novembre 2019. Photo de Tomer Neuberg / FLASH90

La primaire du Likoud fixée au 26 décembre 2019 est présente dans tous les esprits, ceux de droite, bien sûr, mais ceux du centre-gauche aussi. Et presque pour les mêmes raisons.

En théorie, le vainqueur devrait être le mieux placé pour conduire son parti à la victoire le 2 mars prochain. Mais les choses ne sont pas aussi simples, car le calendrier judiciaire vient bouleverser le calendrier électoral.

Jeudi 19 décembre, une semaine avant le choix des militants, le conseiller juridique du gouvernement, Avichaï Mandelblit, devrait dire si dans le cas où son parti l’emporterait, le député Netanyahou serait habilité à former un gouvernement. Une réponse négative (que la Cour suprême, saisie en appel, ne devrait pas infirmer) créerait une crise à droite.

Se voyant interdire l’accès au poste de Premier ministre, c’est un Binyamin Netanyahou affaibli qui conduirait la liste du Likoud. Un autre élément crée le trouble de ce côté de l’échiquier politique : les sondages montrent qu’avec Binyamin Netanyahou, le Likoud emporterait plus de sièges, mais qu’avec Gideon Saar, le bloc de droite serait plus fort. La contradiction n’est qu’apparente.

Binyamin Netanyahou, le leader charismatique qui domine le Likoud de la tête et des épaules depuis des décennies, mobilise plus d’électeurs en faveur de son parti. Mais avec Gideon Saar, les voix perdues par le Likoud se reportent sur d’autres partis de droite, et les plus petits peuvent alors franchir le seuil d’éligibilité (3,25%, soit 4 sièges).

C’est d’ailleurs un des arguments développés par le challenger du Premier ministre : « Avec Saar c’est l’unité, avec Netanyahou c’est l’immunité » (Im Saar, zé ahdout, im Netanyahou zé hasinout). Car Binyamin Netanyahou a encore quelques semaines pour demander à une commission de la Knesset de lui accorder l’immunité. Il se murmure que pour cela, il serait prêt à abandonner la politique.

C’est d’ailleurs la condition mise par Benny Gantz pour prendre en considération cette demande. Pourtant, le chef de l’opposition n’y a pas intérêt. D’abord pour des raisons d’affichage : son parti se présente comme le champion de la lutte anti-corruption.

Ensuite pour des raisons électorales : Gideon Saar serait un concurrent bien plus dangereux pour le bloc de centre-gauche, car, on l’a vu, il arriverait à mobiliser plus d’électeurs de droite, y compris ceux – les déçus de Bibi – qui se sont laissés tenter par d’autres options le 17 septembre dernier.

On l’aura compris : les quelques 120 000 membres du Likoud feront un choix décisif le 26 décembre. Binyamin devrait l’emporter. Avec 80% des voix, il serait requinqué pour affronter tous ses adversaires : ses rivaux à droite, ses adversaires au centre-gauche, et last but non least, les juges. Avec 60%, il perdrait de sa superbe. Et sans doute les élections.

à propos de l'auteur
Philippe Velilla est né en 1955 à Paris. Docteur en droit, fonctionnaire à la Ville de Paris, puis au ministère français de l’Economie de 1975 à 2015, il a été détaché de 1990 à 1994 auprès de l’Union européenne à Bruxelles. Il a aussi enseigné l’économie d’Israël à l’Université Hébraïque de Jérusalem de 1997 à 2001, et le droit européen à La Sorbonne de 2005 à 2015. Il est de retour en Israël depuis cette date. Habitant à Yafo, il consacre son temps à l’enseignement et à l’écriture. Il est l’auteur de "Les Juifs et la droite" (Pascal, 2010), "La République et les tribus" (Buchet-Chastel, 2014), "Génération SOS Racisme" (avec Taly Jaoui, Le Bord de l’Eau, 2015), "Israël et ses conflits" (Le Bord de l’Eau, 2017). Il est régulièrement invité sur I24News, et collabore à plusieurs revues.
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