Kahn Sylvain 1901-1974

KAHN Sylvain (1901-1974) Photo famille Einbinder ©
KAHN Sylvain (1901-1974) Photo famille Einbinder ©
KAHN Sylvain (1901-1974) Photo famille Einbinder ©

Sylvain Kahn nait le 25 septembre 1901 à Epfig dans le département du Bas-Rhin. Il est le fils du marchand de bestiaux Marx Kahn et de Léonie Dreyfus. Marx Kahn est né à Epfig le 3 octobre 1863, fils du marchand de bestiaux Salomon Kahn et de Madeleine Lazarus, il épouse le 16 mai 1900 à Westhouse, Léontine Dreyfuss née le 11 mai 1866 à Westhouse, fille du négociant Samuel Dreyfuss et de Rachel Blum.

La synagogue d’Epfig est construite en 1826 et en 1851, plus de 200 juifs y résident voyant même en 1878 l’ouverture d’une école juive. En 1910, la communauté juive ne compte plus que 39 membres et le nazisme fait disparaitre de nombreux membres, si bien qu’en 1952 la commune ne recense plus que trois juifs. (Source : Alain Kahn, site internet du judaïsme alsacien)

Marc Einbinder, son petit-fils, se souvient d’un homme au caractère aventureux, tourné vers les autres, insouciant des classes sociales ou des titres. Un homme marqué par l’éducation prussienne, très stricte.

En 1918, il est requis pour le Hilfsdienst dans l’armée impériale. Ce service obligatoire est instauré le 5 décembre 1916 et concerne les jeunes Allemands. Sylvain Kahn est âgé de 17 ans. Ce service obligatoire est une sorte de préparation militaire au service actif et l’envoi sur le front. Heureusement, la guerre s’achève avant que Sylvain ne soit mobilisable.

Photo Michel Rothe ©

En 1920, un drame marque à jamais le jeune Sylvain Kahn. Le 20 mai, alors qu’il revenait avec son père d’un marché aux bestiaux, une voiture surgit et fauche Marx, le véhicule ne s’arrête pas et le notable qui conduisait la voiture ne sera jamais poursuivi. Cette injustice révolte le jeune Sylvain qui adhère et milite dès lors au parti socialiste puis au parti communiste auquel il restera fidèle jusqu’à sa mort, attaché aux valeurs de camaraderie et d’entraide plus qu’aux théories communistes.

Mobilisé en 1921, il effectue son service militaire dans l’Armée du Rhin qui occupe la Rhénanie et la Ruhr. Sylvain fait son service à Mayence d’où il envoie une carte postale à sa mère l’informant qu’il fête le Seder et qu’avec 24 autres Juifs de Mayence, ils ont créée l’association des Israélites de Mayence qui était alors le Quartier Général des Armées Françaises.

Photo famille Einbinder ©

Sylvain se marie le 25 juin 1925 à Fellering avec Marie Lévy, née le 2 mars 1903 à Fellering, fille de Mardochée Levy et de Hermine Picard. Il est alors représentant de commerce aux Forges de Lorraine. Viviane nait le 17 avril 1926 à Epfig.

A la déclaration de guerre de 1939, Sylvain est mobilisé au 372e Régiment d’Artillerie Lourde sur Voie Ferrée, au 10e bataillon, spécialisé dans le transport de matériel lourd. Le 12 décembre 1939, il est promu brigadier, puis brigadier-chef le 10 avril 1940.

Il est décoré de la médaille militaire pour avoir sauté sur un wagon en feu au cœur d’un convoi de munitions et l’avoir séparé du reste du convoi, évitant ainsi une véritable catastrophe.

CP 372e R.A.L.V.F. – Châlons-sur-Marne – Collection Christophe Woehrle ©

Lors de la débâcle, le régiment se replie jusqu’au pont de Port-sur-Saône qu’il a pour mission de protéger face à l’avancée allemande. Pris à revers, le régiment doit se rendre le 16 juin 1940, jour de l’entrée en captivité de Sylvain Kahn, non sans avoir résisté et combattu au corps à corps avec des Allemands ivres de victoires. Il est interné à la caserne Turenne de Langres.

Extrait liste officielle des Prisonniers de Guerre n°67 du 24 janvier 1941 – BNF ©

Il est dirigé vers le Stalag XVIIB de Krems-Gneixendor en Autriche où il reçoit le matricule de prisonnier de guerre 35636.

Photo de Sylvain Kahn prise à son arrivée au stalag avec son numéro de matricule. La fiche d’arrivée précise bien qu’il est israélite – Extrait d’une Personalkarte, DAVCC ©

Ce Stalag a la particularité d’accueillir de nombreux prisonniers de guerre coloniaux et juifs qui, sont dans la grande majorité des cas, retenus dans des camps en France. Comme les autres prisonniers de guerre, Sylvain Kahn est envoyé en détachement de travail dès le 31 mars 1941.

Stalag XVIIB – Dessin de Dan Ros 1941 – la barraque est typique du camp principal – Ce dessin montre Sylvain Kahn chaussé de sabots pour éviter les évasions et fumant la pipe, occupation principale des PG qui passaient le temps à fumer avant d’être affectés dans des détachements de travail – Propriété Famille Einbinder, reproduction interdite ©

Ses connaissances de la langue allemande lui permettent d’occuper les fonctions d’interprète. Il a également accès aux documents sensibles comme les listes de rapatriement et organise un réseau d’évasion par la production de faux papiers. Il organise plus d’une centaine d’évasions au Stalag.

Il s’engage également dans l’assistance au prisonniers russes qui se trouvent dans l’autre partie du camp, laissés mourant de faim par les Allemands en leur faisant passer de la nourriture à travers les barbelés.

Les accords entre Vichy et le Reich prévoient le rapatriement en 1942 des marins. Sylvain Kahn se procure les faux papiers nécessaire et bénéficie dans ce cadre d’une mise en congé de captivité. Il est ramené le 22 janvier 1942 au centre de rapatriement de Villingen en Forêt-Noire pour être rapatrié le 27 janvier 1942 en zone libre par le centre de rapatriement de Pont-de-Claix en Isère. Il rejoint sa famille à Saint-Laurent-d’Arce, commune du département de la Gironde puis se réfugie à Toulouse.

Le 23 juillet 1943 il est promu au grade d’aspirant de la réserve dans l’artillerie. De mars 1942 jusqu’en avril 1944 il est affecté au dépôt d’essence de la 17e Région Militaire au Service du Matériel du quai Saint-Pierre de Toulouse et est domicilié à la caserne Gallieni, avenue de Bayonne à Toulouse, il obtient ce poste en faisant valoir sa médaille militaire, alors que les Juifs ne peuvent plus occuper de postes d’emploi public . Le 6 avril 1944, il est affecté à Razengues dans le Gers.

Dès le 22 mars 1942, il rejoint la résistance et les F.T.P.F. du département de la Haute-Garonne. Sous les ordre de Fredo, il s’occupe du transport d’armes, de la fourniture des munitions et du ravitaillement en argent du maquis de Castelnau-Durban en Ariège qu’il rejoint le 20 mai 1943. Dès le 1er janvier 1943, le capitaine Rey le nomme ravitailleur au grade de lieutenant de la Résistance. Il aura le pseudo de « Rhan » puis de « Sylvain ». Son poste au dépôt d’essence permet à la Résistance de ne jamais manquer de carburant pour ses actions.

Photo Rhan au maquis de Castelnau-Durban, Photo famille Einbinder ©

Après la Libération, il est intégré dans l’armée régulière et affecté au 1er régiment de la Haute-Garonne et au 14e Régiment d’Infanterie au grade de sergent-chef, il sera démobilisé le 2 mars 1946. Il apporte soutien et aide aux prisonniers de guerre allemands après la guerre et l’un d’eux réalise pour le remercier, un portrait en remerciement. Il est également chargé de traquer les collaborateurs en liaison avec les services de renseignements. Parmi ces collaborateurs, Sylvain Kahn réussit à faire tomber un Juif nommé Katz qui servait d’indicateur à la Gestapo pendant l’occupation.

Il se retire à Colomiers et obtient le statut d’ancien combattant.

Photo de Sylvain Kahn sur sa carte de Combattant – Photo famille Einbinder ©

Sylvain Kahn est décédé à l’hôpital d’Agen le 2 septembre 1974. Son cercueil fut couvert du drapeau tricolore, hommage au Résistant engagé et militant qu’il fut toute sa vie.

Christophe Woehrle 2021 ©

à propos de l'auteur
Christophe Woehrle est docteur en histoire contemporaine de l'Université de Bamberg en Allemagne, spécialiste de la captivité de la Seconde Guerre mondiale et des prisonniers de guerre français. Il est aussi initiateur des poses de Stolpersteine en France, a été professeur d'histoire-géographie bilingue à l'Académie de Strasbourg.
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