Juifs en Israël : Fait religieux et religiosité

Brosser un portrait du paysage religieux est quelque chose d’assez fréquent aux Etats-Unis. Nombre d’instituts d’étude s’attellent à la tâche fréquemment aux Etats-Unis dans le dessein de présenter, précisément, ce à quoi ressemble, quelle place occupe les principaux cultes religieux composant leur paysage religieux et spirituel. La chose existe aussi en France, mais elle est plus formelle, moins précise et surtout moins fréquente.
C’est pour vous donner une idée de l’état du Judaïsme et de la Judaïté en Israël que nous vous présentons les résultats combinés d’une enquête du Pew Research Center américain et des données de la Jewish Virtual Library.
Israël, terre des religions abrahamiques où les Juifs sont majoritaires
Israël, son histoire et son territoire, est très lié aux religions dites « abrahamiques ». Son territoire a vu naître et a accueilli le Judaïsme, a connu la Chrétienté et l’Islam. Trois religions monothéistes qui ont marqué ses territoires et sa culture. La société israélienne est une société multiculturelle et pluri religieuse. Bien qu’une religion abrahamique y soit majoritaire, chacun de ses représentants est présent dans le paysage religieux. Les Juifs représentent 89% de la population de croyants en Israël. Les Musulmans 14% et les Chrétiens seulement 2%.
Chacune des trois religions monothéistes présente une grande diversité. Le Judaïsme par exemple, accueille plusieurs tendances en Israël. La Chrétienté également (Chrétiens latins, Chrétien d’Orient, Orthodoxes, Evangéliques). Les Musulmans quant à eux, y sont principalement d’obédience sunnite. D’autres religions non-monothéistes font partie également du paysage religieux israélien.
Elles ont leurs adeptes et témoignent des dynamiques migratoires vers Israël ces dernières années. Bien que les monothéistes de culture Judéo-chrétienne soient majoritaires, on trouve également dans le paysage religieux israéliens des Bouddhistes, des Hindouistes mais aussi des Shintoïstes, dont on peut expliquer la présence par les récentes migrations venues d’Asie du Sud et de l’Est. Le Judaïsme présente des diversités de courants en Israël.
La Judaïté des Juifs israéliens n’est pas homogène. Elle présente également une grande diversité et n’est pas vécue de la même manière chez tous les Juifs israélien. Par exemple, les Juifs « religieux » ne sont pas majoritaires au sein du Judaïsme israélien. C’est une observation à prendre en compte, parce qu’Israël est parfois considéré comme un état religieux dans lequel seuls les « Juifs religieux » ont pignon sur rue.
Cette affirmation est donc une « vue de l’esprit » et ne correspond pas vraiment à la réalité du Judaïsme en Israël. Les statistiques concernant le Judaïsme dans ce pays montrent au contraire que les « religieux » ne composent ni l’essentiel ni la majorité de la communauté juive. C’est d’ailleurs un phénomène que l’on constate dans toutes les communautés diasporiques.
Une importante population de Juifs « laïcs »
Selon une enquête du Pew Research Center datant de 2016 et selon des données combinées fournies par la Jewish Virtual Library, les Juifs israéliens sont majoritairement composés des Juifs qui se définissent comme « laïcs » ou comme « séculiers ». C’est-à-dire qu’il est composé de personnes qui ont hérité de leur Judéité du fait de leur histoire parentale et familiale, mais qui ne sont pas des pratiquants « purs et durs ».
Ils sont Juifs certes, mais combinent leur Judéité aux aspirations et exigences du monde modernes. Certains d’entre eux ne pratiquent pas la religion de manière « rigoureuse ». 40% des 89% de Juifs israéliens affirment être dans ce rapport « laïc » à leur Judéité. Les « religieux » quant à eux, représentent 41% de la communauté juive Israélienne. Ils sont légèrement majoritaires.
Parmi ces derniers, qui pratiquent donc le Judaïsme et accordent une place importante dans leur vie quotidienne à leur identité juive, on trouve 23% de « traditionnels » et 18% « d’ultras-religieux ». Ces derniers sont principalement composés par les communautés Haredim et Orthodoxes. De plus, 52% des Juifs israéliens affirment ne pas appartenir à un courant en particulier.
Cependant malgré cette grande diversité de profils, 47% des Israéliens se définissent d’abord par leur identité religieuse (la Judéité dans ce cas), puis par leur identité nationale (la citoyenneté israélienne). 40% d’entre eux font l’inverse et 13% d’Israéliens juifs essaient d’accorder aux deux versants de leur identité une part égale.
Fait religieux et religiosité chez les Juifs israéliens
Selon les données de la Jewish Virtual Library, 54% des Juifs israéliens sont « laïcs » et 46% se considèrent comme « religieux ». Au sein des « Juifs religieux », on trouve 17% de Juifs qui pratiquent un Judaïsme « traditionnel » ; 4% qui appartiennent au mouvement libéral ; 14% Haredim et 11% d’Ultra-Orthodoxes. En conséquence les « Juifs religieux » comptent plus de Juifs « très religieux ». En effet, les ¼ de cette catégorie appartient à ce que l’on pourrait appeler les « Juifs assidus en religion » (Orthodoxes et Haredim).
La pratique religieuse varie d’un courant à l’autre. En effet, tous les Juifs d’Israël n’ont pas la même manière de pratiquer leur religion. Ils n’y accordent ni le même temps, ni la même intensité. La place de Dieu dans la vie quotidienne, par exemple, n’est pas aussi importante d’un courant à l’autre. A titre d’exemple, selon le Pew Research Center, 32% des Juifs qui se considèrent comme « traditionnels » considèrent que Dieu tient une place « très importante » dans la vie de tous les jours ; alors que 90,5% des religieux (Haredim et Orthodoxes) affirment la même chose.
Le respect des règles religieuses ainsi que la participation aux fêtes ne sont pas vécus de la même manière. Par exemple, 21% des Juifs traditionnels prient au moins une fois par jour alors que 67% des Juifs religieux le font. 79,5% des Juifs religieux affirment se rendre au moins une fois par semaine à la synagogue pour assister à un office religieux, alors que seulement 32% des Juifs traditionnels font la même chose.
L’utilisation des transports en commun le jour du Sabbat est également un élément de la vie religieuse qui distingue « traditionnels » et « religieux ». 41% du premier groupe ne prend pas les transports le jour du Sabbat pour respecter l’interdit religieux. En revanche, 99% des « religieux » ne les utilisent pas. Lors du Sabbat, la communauté juive religieuse déserte les transports en commun pour respecter le repos prescrit par les Ecritures.
La question de l’utilisation des transports en commun lors du Sabbat est une véritable question sociale et politique à certains endroits du pays. En effet, certains quartiers religieux refusent que les transports soient opérationnels sur le territoire le jour de repos. En revanche, les Israéliens sont plutôt pour une gestion consensuelle de la question. C’est-à-dire qu’ils souhaitent « mettre d’accord » les partis en présence.
Cependant, ¼ de la population juive israélienne souhaite que les transports en commun ne soient pas opérationnels le jour du Sabbat. Alors que seulement 20% des Juifs israéliens veulent que le Sabbat ne constitue pas une restriction à la mobilité publique. La majorité des Juifs israéliens souhaitent que le problème soit abordé plus modérément.
En effet, 36% des Juifs israéliens souhaite que les transports publics restent en activité le Sabbat mais qu’il pourrait être intéressant, afin de ne pas aller à l’encontre des « religieux », de faire en sorte que les transports en commun ne passent pas ou ne soient pas opérationnels dans des villes ou des quartiers où les religieux et notamment les ultrareligieux vivent. Ce qui réglerait le problème. On note tout de même à travers ce débat, que la question religieuse est très centrale en Israël.
Dans une société fortement sécularisée comme c’est le cas de la France par exemple, ce genre de débat n’existe pas, ne fait pas partie des préoccupations des gens de manière générale. Certaines fêtes religieuses essentielles dans le Judaïsme sont très respectées et pratiquées par l’ensemble de la communauté juive en Israël. C’est le cas par exemple du Yom Kippour, fête essentielle dans le Judaïsme, qui est respectée à la lettre presque unanimement par les « traditionnels » et les « religieux ». En effet, 88% des premiers affirment respecter l’entièreté du jeûne ; 98,5% au sein de la communauté religieuse.
