Juifs de Jaén : retour sur le bel âge judéo-andalou

La Plaza de los Huérfanos de Jaén. Un patrimoine préservé par la Junte d'Andalousie. Photo: la Junta de Andalucía (droits cédés)
La Plaza de los Huérfanos de Jaén. Un patrimoine préservé par la Junte d'Andalousie. Photo: la Junta de Andalucía (droits cédés)

Arpenter les artères, venelles et raidillons de Jaén, c’est voyager allégrement dans le temps, voire au fin fond de la saga judéo-andalouse du bel âge ibéro-méditerranéen. 

La communauté juive de Jaén est l’une des plus immémoriales de la ronde. Sa saga plonge ses racines aux premières années du 7e siècle, en l’an 612. C’était, plus exactement, lorsque le monarque wisigoth Sidebuto a interdit la détention d’esclaves chrétiens par les Juifs.

C’est sur la Plaza de los Huérfanos et dans les rues de Rostron, Callejón del Gato et Santa Cruz que résidaient les juifs médiévaux de Jaén. De ce passé tout au moins glorieux, nous pouvons encore admirer cette ménorah érigée à l’entrée du ghetto ou alors ces Magen David sculptées dans chacun de ses coins et recoins.

Et c’est en 1483 que cette communauté, établie depuis l’époque romaine, dont le nombre était estimé à environ 1500 personnes au XIVe siècle, a été expulsée par le tribunal de l’Inquisition.

La Judería de Jaén est un quartier-jalon de cette époque reculée. Un repère historique devenu, plus tard, plus connu sous le nom de Judería conversión, en raison de la conversion massive et forcée des juifs andalous aux XIVe et XVe siècles.

Ce Harova Hayehudi (quartier juif) s’étend jusqu’à l’Arco de San Lorenzo. En parcourant la rue Martínez Molina, nos pas nous entraînent vers la rue San Andrés et la rue Raudal de la Magdalena.

Nous pouvons y visiter le monastère de Santa Clara, une ancienne synagogue dont il reste un mur et l’actuelle Santa Capilla de San Andrés, dont l’ancien usage est très semblable à celui d’une synagogue.

Un autre point de repère de ce ghetto demeure la Calle Maestra. Selon de nombreux récits historiques et quelques guides touristiques interrogés, cette rue était remplie de boutiques d’orfèvrerie et de prêt-à-porter, appartenant à des marchands juifs qui travaillaient en étroite collaboration avec les exportateurs amazighs d’Afrique du Nord.

Non loin de la judería, nous pouvons constater la présence de bains publics qui étaient autrefois qualifiés de « maures » ou d' »arabes ». Ils comprenaient un espace dédié aux Juifs, auquel ces derniers pouvaient accéder depuis la Puerta de Baeza.

Il y a une vingtaine d’années, des associations culturelles israéliennes et espagnoles ont commencé à réclamer la récupération du quartier juif de Jaén en tant que patrimoine de la communauté hispano-juive. Pour sa part, la Junta de Andalucía (l’institution par laquelle s’organise l’autogouvernement de la communauté autonome d’Andalousie) reconnaît déjà le passé conquérant des Juifs de Jaén.

Ainsi, en 2005, la ville est devenue membre du Réseau des quartiers juifs, auquel appartiennent près de 20 villes espagnoles. Un nouveau tournant a été franchi avec l’établissement de Jaén comme siège andalou du consortium Sefarad-Israël. Une empreinte ancestrale indélébile.

à propos de l'auteur
Journaliste avec préméditation, auteure en devenir et poétesse du dimanche, Houda voue un amour sans pareil au patrimoine judéo-andalou, un de ses sujets de prédilection. Lors de ses quelques voyages en Espagne (à Cadix, Jaén, et Huelva en Andalousie, mais aussi à Vilajoyosa, une commune d'Alicante en Communauté Valencienne) elle a pu visiter quelques juderías et découvrir les écrits du grand et majestueux Maïmonide sur son long séjour dans le beau Sud ibérique.
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