Journée mondiale des réfugiés 2021 : comment la communauté juive peut s’engager davantage

Tchad/Réfugiés du Darfour - Une volontaire communautaire de HIAS rencontre Amneh Yakum Abbakah, 40 ans, qui a appris à fabriquer des paniers grâce aux activités de HIAS et gère maintenant sa propre boutique avec les revenus qu'elle a générés en les vendant. Le 6 novembre 2013 - Photo par Glenna Gordon
Tchad/Réfugiés du Darfour - Une volontaire communautaire de HIAS rencontre Amneh Yakum Abbakah, 40 ans, qui a appris à fabriquer des paniers grâce aux activités de HIAS et gère maintenant sa propre boutique avec les revenus qu'elle a générés en les vendant. Le 6 novembre 2013 - Photo par Glenna Gordon

Tout au long de l’histoire, les Juifs ont été des réfugiés, contraints de fuir leurs pays d’origine pour échapper aux persécutions. Alors que nous célébrons la Journée mondiale des réfugiés le 20 juin, presque toutes les personnes juives, partout sur la planète, ont la chance de vivre en sécurité et bénéficient de leur propre État. À notre tour maintenant de donner en retour et de soutenir celles et ceux qui sont dans le besoin.

Mon organisation HIAS, fondée il y a plus d’un siècle à New York, a aidé plus de quatre millions de Juifs européens à échapper aux persécutions et a opéré pendant des années en Autriche et en Grèce ; pourtant, nous sommes des novices sur la scène juive européenne. Mon propre bureau, basé à Bruxelles, n’a été établi qu’en 2019. Il supervise les programmes humanitaires dans 13 pays, de la Colombie à l’Ukraine et du Tchad à Israël. 

Nous travaillons aussi en partenariat avec les communautés juives européennes, que j’invite à se rallier à notre travail et à afficher leur solidarité avec les personnes réfugiées. Pour ce faire, elles peuvent soutenir les opérations humanitaires menées à l’étranger par une organisation d’aide juive comme HIAS ou s’engager auprès de personnes réfugiées dans nos communautés. L’une des possibilités s’offrant à elles est le parrainage communautaire.

 

Le parrainage communautaire nous permet d’accueillir une famille de réfugiés au sein de notre communauté locale en les aidant à reconstruire leur vie. Aux États-Unis et au Canada, et dans une moindre mesure au Royaume-Uni, de nombreuses communautés et congrégations juives s’impliquent de cette manière. Ainsi des services sociaux juifs locaux coopèrent-ils avec HIAS aux quatre coins des États-Unis pour contribuer à soutenir et intégrer des personnes réfugiées réinstallées dans leurs communautés.

En Europe continentale, par contre, rares sont les communautés juives à prendre part à ce type d’actions. Il existe quelques exceptions, comme le projet parisien « Exilophone », mené par Emmanuelle Stein, qui rassemble migrants et communautés juives à travers la musique, ou « JewSalsa » de David El Shatran, qui utilise également la musique et la danse comme moyens de faire connaissance avec « l’autre » et de se trouver des points communs.

En principe, tout le monde peut s’engager dans le parrainage communautaire : ONG, synagogues, mouvements de jeunesse, associations étudiantes ou professionnelles ou simplement un groupe d’amis ou de voisins ayant un centre d’intérêt commun. Dans la pratique toutefois, nous constatons que ce sont souvent les communautés confessionnelles locales qui prennent l’initiative d’accompagner les personnes réfugiées dès le jour où elles mettent le pied dans leur nouveau chez-elles et qui les aident à s’épanouir à l’école, au travail ou ailleurs. Les parrains peuvent présenter les réfugiés à leurs amis, familles et voisins, les inviter à un dîner du Chabbat ou à une excursion en plein air ou encore leur proposer de s’impliquer bénévolement dans des associations locales. 

Il y a urgence. En 2020, ce sont plus de 80 millions de personnes qui ont été déplacées de force, dont une petite fraction seulement a pu se réinstaller – un record. Sous l’effet de la pandémie, l’Europe et d’autres pays qui ont la capacité d’aider ont pratiquement fermé toutes leurs portes, transformant une crise latente des réfugiés en véritable catastrophe humanitaire.

La pandémie a exposé les personnes déplacées à des dangers particulièrement graves. Plus de 70 % des bénéficiaires de l’aide de HIAS se sont ainsi retrouvés dans l’incapacité de subvenir à leurs besoins alimentaires de base, contre 15 % avant le début de la crise. En réaction, HIAS et d’autres ont étendu l’aide en espèces, une assistance qui, dans beaucoup de pays, s’est avérée une véritable bouée de sauvetage. En Équateur par exemple, nous nous sommes alliés aux supermarchés locaux pour aider les demandeurs d’asile à acheter de la nourriture à crédit. 

Beaucoup d’entre nous se focalisent actuellement sur les effets de la pandémie sur les membres de notre communauté et nous opérons avec des ressources limitées. Par ailleurs, certains redoutent que des réfugiés, en particulier ceux qui sont originaires de pays à majorité musulmane, arrivent dans nos communautés avec des attitudes antisémites. Même si cela devait être le cas – et nous ne le croyons pas –, nul doute que la meilleure façon de balayer les préjugés est de nouer des relations personnelles.

Parce que quand des réfugiés rencontrent des Juifs, souvent pour la première fois, ils ont tendance à se faire une opinion positive. En Europe, cette première rencontre peut se faire avec un travailleur ou une travailleuse humanitaire de HIAS à la frontière extérieure, par exemple sur l’île grecque de Lesbos, ou avec des membres d’une communauté juive locale au sein de laquelle la personne réfugiée sera intégrée. 

Une chose est sûre : manifester l’empathie juive et favoriser l’intégration locale des réfugiés, notamment à travers la participation à des programmes de parrainage communautaire, est la meilleure stratégie pour vaincre la méfiance mutuelle et promouvoir l’intégration. Le succès de cette intégration dans nos sociétés dépend de la manière dont nous accueillons les réfugiés pour qu’ils puissent devenir des citoyens productifs et constructifs et que nous puissions les aider dans ce processus.

Les exemples de communautés juives déjà impliquées dans ce type de programmes tout autour du globe prouvent que nous pouvons réellement faire la différence dans la vie des personnes réfugiées, y compris dans nos communautés. 

Engagez-vous en contactant HIASEurope@hias.org

à propos de l'auteur
Ilan Cohn est le directeur de HIAS Europe à Bruxelles. Au cours des deux dernières décennies, M. Cohn a travaillé dans le champs de migration pour différentes organisations internationales et différentes agences de l’ONU.
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