José Garson va défier Meyer Habib aux élections législatives

Né le 5 mai 1948 à Oran, d’un père Georges Garson agrégé d’espagnol et d’une mère, Léonie Benillouz, directrice d’école maternelle, José Garson, binational franco-israélien (alyah en 2020), n’est pas un inconnu dans le milieu politique français. Depuis de nombreuses années, en plus de son appartement de Paris, il dispose d’un appartement à Jérusalem et est le père de cinq enfants ; trois vivent en Israël dont un religieux orthodoxe. Il est chevalier dans l’Ordre National du Mérite.

Il représente à lui seul toute la palette nord-africaine avec des origines, marocaines de Tétouan, puis algériennes pendant trois générations à Oran en Algérie et enfin tunisiennes par sa grand-mère Berdah. Il est ce qu’on peut dire un multi diplômé car après des études scientifiques en mathématiques et en physique théorique, DEA physique des hautes énergies à Orsay, il a obtenu le diplôme de Sciences Po et enfin un MBA de la prestigieuse Columbia University, à New York.

Il a d’abord été directeur de l’international à la Banque Populaire d’Alsace avant de créer son propre cabinet d’expertise qui lui permit d’être chargé, pendant quinze ans, de missions auprès des gouvernements africains. Les Nations Unies le nommèrent ensuite au siège de New York pour prendre en charge les projets de microfinances dans les pays en développement. Au terme de sa mission, il entra dans le «civil» en devenant directeur de cabinet du président Steve Gentili à la Bred.

Aujourd’hui il enseigne la géopolitique à Paris à l’INSEEC (Institut des hautes études économiques et commerciales) et à l’Institut Léonard de Vinci et publie régulièrement dans la Revue de Défense Nationale et dans plusieurs médias. En 2012 il se présenta en indépendant à l’élection du Député des Français de l’Étranger dans la 10ème circonscription englobant l’Afrique, sans succès.

Il a décidé de se présenter en 2022 à l’élection de la 8ème comportant Israël, l’Italie, la Grèce, la Turquie, Malte et Chypre. Du fait de ses fonctions antérieures, il dispose dans ces pays de nombreux relais qui, selon lui, reprochent à Meyer Habib d’être trop impliqué dans la politique israélienne ce qui est un handicap à l’Assemblé nationale. En effet, Meyer Habib murmurait à l’oreille de Benjamin Netanyahou qui vient de perdre le pouvoir en Israël.

La candidature de José Garson s’inscrira sous l’égide de la majorité présidentielle et en particulier avec le soutien affirmé d’Edouard Philippe. En tant que candidat professionnel et expert en politique, il pense convaincre de nombreux électeurs à voter pour lui car sur 121.386 inscrits, il n’y a eu en 2017 que 14.201 votants (11,70%). En cause l’absence de poids des candidats présentés.

Au premier tour, Meyer Habib 4.013 voix (35,51%) était arrivé deuxième après Mme Florence Drory 4.150 voix (36.73%). Au second tour Meyer Habib avait gagné l’élection avec 7.998 voix (57,86%) contre Florence Drory 5.825 voix (42,14%) à la suite d’une forte mobilisation en Israël où de nombreux électeurs orthodoxes avaient été mobilisés depuis leurs écoles talmudiques.

Si Israël représente le pays de la circonscription le plus peuplé de Français avec 59.214 inscrits, l’Italie vient en seconde position avec 41.544 voix, puis la Turquie avec 11.694 voix et la Grèce 10.021 voix. C’est dire qu’avec de bons candidats, l’élection peut se jouer au-delà de la seule région d’Israël. C’est d’ailleurs l’objectif de José Garson : mobiliser les abstentionnistes qui n’ont pas eu en 2017 un véritable choix. Il fonde ses espoirs sur deux possibilités.

D’abord, réveiller les électeurs des circonscriptions autres qu’Israël pour qu’ils se présentent devant les urnes sachant qu’il leur apporte un choix nouveau. Ensuite, profiter que les élections auront lieu les 5 et 19 juin 2022 alors que la fête juive de Chavouot (le don de la Torah) tombe précisément à la date du premier tour, interdisant tout déplacement aux Juifs religieux. Or les orthodoxes représentent le gros de l’électorat de Meyer Habib.

Les autres candidats ne se sont pas encore fait connaitre. Il est probable qu’un soutien d’Éric Zemmour se présentera aux élections, compte tenu de la performance de celui-ci aux élections présidentielles avec 53,69% au premier tour, représentant certes seulement 5.829 exprimés sur 59.214 inscrits au Consulat. Reste à connaitre l’impact de Zemmour dans les autres pays de la circonscription. José Garson se voit d’un autre calibre politique et économique qu’Habib, en raison de son expérience politique et de la multitude de ses contacts de haut niveau qui lui donnent une certaine aura et une crédibilité pour intervenir dans les séances de l’Assemblée nationale.

Seulement, l’électeur israélien est peu sensible aux problèmes français et imperméable aux grandes idées politiques car il est vent debout pour Habib et sa proximité avec Netanyahou, et il ne recherche que des avantages israéliens après avoir pratiquement rompu avec la France dès qu’il a posé le pied au bas de la passerelle. L’argumentation politique française ne pèse pas lourd dans ses choix.

José Garson sait qu’il a un défi majeur à relever face à un candidat bien implanté en Israël qui a déjà l’investiture UDI mais pas celle de Macron. Il pense qu’avec le départ de Netanyahou de la scène politique, le vent a tourné pour Habib. Les électeurs décideront.

Article initialement publié dans Temps et Contretemps.

à propos de l'auteur
Jacques BENILLOUCHE, installé en Israël depuis 2007, a collaboré au Jerusalem Post en français, à l'Impact puis à Guysen-Tv. Journaliste indépendant, il collabore avec des médias francophones, Slate.fr, radio Judaïques-FM à Paris, radio Kol-Aviv Toulouse. Jacques Benillouche anime, depuis juin 2010, le site Temps et Contretemps qui publie des analyses concernant Israël, le judaïsme, la politique franco-israélienne et le Proche-Orient sur la base d'articles exclusifs.
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