Joe Biden, un président cacochyme…

Le président des États-Unis, Joe Biden, prenant la parole à la résidence du président à Jérusalem le 9 mars 2016. Photo de Yonatan Sindel / Flash90
Le président des États-Unis, Joe Biden, prenant la parole à la résidence du président à Jérusalem le 9 mars 2016. Photo de Yonatan Sindel / Flash90

Comme tant de gens, j’ai suivi attentivement l’intervention télévisée de l’actuel président des USA, au cours de laquelle il était censé donner des justifications solides de son départ précipité de Kaboul. Il n’en fut rien, dans son propre pays on s’est déclaré insatisfait par son allocution télévisée. Durant 26 minutes, si je ne m’abuse, Biden a tenté d’élargir l’anneau (expression talmudique pour dire qu’on étend la responsabilité de l’acte à d’autres gens ou à d’autres facteurs…), mêlant tous ses conseilleurs, son secrétaire d’État, le secrétaire d’État à la défense, bref tout ce petit monde, aux commandes à Washington, était uni comme un seul homme derrière son président : il fallait évacuer, et le plus vite serait le mieux.

Mais voila, cette ligne de défense ne tient pas puisque Biden n’a pas répondu à la question, laquelle se pose encore, dans toute son acuité : pourquoi ce départ précipité ? Pourquoi cette fuite éperdue, un peu comme un animal qui part la queue entre les jambes, à cette différence près qu’il s’agit de la plus grande puissance militaire au monde, sur laquelle tout l’Occident judéo-chrétien compte pour la défense et l’affirmation de ses valeurs. En rendant opportunément hommage à ses soldats, à ses diplomates et autres, Biden a tenté de faire diversion, mais il n’a pas réussi à tromper la presse outre-Atlantique, ni même de ce côté ci de l’Atlantique.

Biden a dit que le choix était entre partir, d’une part, et rester, c’est-à-dire envoyer encore des milliers de soldats à une mort éventuelle… Ce n’est pas vrai : même ceux qui sont pour le retrait et le renvoi des boys chez eux, personne n’avait pas prévu une telle débandade où on voit le dernier soldat US dans le fuselage d’un avion en marche monter dans l’appareil et quitter cette terre, après deux décennies de combat. Et des fortunes diverses.

Ce que nous reprochons à Biden, ce n’est pas d’avoir évacué, car ce pays, l’Afghanistan n’est pas réformable selon nos critères géopolitiques, ce que nous lui reprochons, c’est la manière dont ce départ a été conçus et réalisé. Et sur ce plan précisément ce fut une honte et une catastrophe. Biden a eu beau se répéter, fermer les yeux pour ne pas montrer qu’i avait le regard embué, appeler à la rescousse une foultitude de gens, le mal est fait : il a gravement déparé l’image de l’Amérique.

C’est la crédibilité de cette dernière qui est en cause. A la parution de mon dernier éditorial dans la TDG, maints internautes m’ont interpellé pour me rappeler que les Américains étaient coutumiers du fait et qu’ils ne se laissaient guider que par leur seul intérêt… Ceci est en partie vrai, mais alors à quoi servent les traités internationaux ?

J’en connais, notamment sur l’île rebelle de Taïwan, qui ne trouvent plus le sommeil la nuit ; car si Biden réagissait de la même manière à Taïpeh qu’à Kaboul, le détroit de Formose est perdu d’avance.

Mais comment expliquer cette incurie, cette impéritie de Biden ? Je ne le crois pas quand il prétend que l’armée nationale afghane comptait 350000 hommes, bien entrainés, bien équipés. Et Biden, grâce à la CIA le savait et il a entretenu ce mythe pour mieux masquer ses intentions. Le problème est que ce pays tribal n’est pas gouvernable selon notre modèle. UN exemple : la plupart des familles plaçait un homme dans l’armée du pouvoir, et un autre chez les talibans. Avez-vous vu que le frère du dernier président afghan a rejoint publiquement les talibans ?

C’est pourquoi je reste sceptique, même lorsqu’agit du combat légitime et courageux des femmes : les Afghans veulent une société à leur image selon leurs critères traditionnels et la place de la femme n’y brille guère par ca généricité ou par son humanisme. Comment pourrions nous leur imposer notre propre vision, eux qui ne sont pas un état mais une amphictionie, une sorte de seigneurie des tribus qui se gouvernent comme ils l’entendent.

Quand il s’est rendu compte de tout cela, et surtout en raison de ses origines politiques, Biden a préféré en finir sans autre forme de procès. Mais sa stratégie, ou plutôt l’absence d’une stratégie, l’a conduit à porter gravement atteinte au moral et à la réputation de son armée.

On avait pourtant entendu dire que l’on ne revivrait plus le Saigon évacué à la hâte, fuyant le Viêt-Cong, un drapeau US plié sous le bras, un hélicoptère sur le toit, en partance pour ailleurs…

A part Taïwan, tous ces pays arabes du Proche Orient qui dépendent des USA pour leur sécurité se posent des questions. Quant aux Mollahs de Téhéran, ces grands amis du Grand Satan, ils se frottent les mains en public comme en privé, se disant que l’Amérique est un tigre en papier…

Et Israël ? Ce pays qui revient de très loin, sait à quoi s’en tenir. Il connait les limites du soutien US et son nouveau Premier Ministre se berce d’illusions s’il croit à un soutien inconditionnel de leur part. L’Amérique se sait embarqué dans une concurrence sans pitié avec la Chine qui rêve de la détrôner de son rang de leader mondial… Même l’Allemagne de la chancelière Merkel qui ne jure pourtant que par l’OTAN commence à douter et se prépare à goûter au multilatéralisme.

La question que tout le monde se pose est la suivante : avec un capitaine cacochyme aux commandes, pourrons nous aller vraiment loin ? Je ne le pense pas.

Il y a un mal congénital avec le parti démocrate des USA. Henry Kissinger en avait parlé jadis, en analysant le cas Carter. IL avait dit ceci : tous les présidents américains ont voulu changer le monde, mais les démocrates se conduisent comme s’ils l’avaient créé.

Israël a donc tout intérêt à trouver les moyens d’assurer sa défense out seul ? Sans le parapluie US. C’est la seule garantie qui soit. En plus de la foi inébranlable en Dieu.

à propos de l'auteur
Né en 1951 à Agadir, père d'une jeune fille, le professeur Hayoun est spécialiste de la philosophie médiévale juive et judéo-arabe et du renouveau de la philosophique judéo-allemande depuis Moses Mendelssohn à Gershom Scholem, Martin Buber et Franz Rosenzweig. Ses tout derniers livres portent sur ses trois auteurs.
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